Tahra de l’académie de Montpellier dans le Bade-Wurtemberg

Le programme Brigitte Sauzay m’a été présenté lorsque j’étais en 3eme par ma professeur d’allemand Mme D. Je voulais déjà partir en Allemagne à l’époque, mais elle nous en a parlé que vers la fin de l’année, j’ai donc dû prendre mon mal en patience et attendre un an entier.

L’image de l’Allemagne que j’avais était surtout celle d’une grande taverne, avec des tables et des chaises en bois, et des serveuses aux longues tresses, revêtues de robes à corset, servant une dizaine de bière à la fois. Je n’ai vu aucune taverne à Stuttgart, par contre j’ai vu beaucoup de filles à longues tresses.
Pour de vrai, je suis quelqu’un d’assez indépendant et qui bouge beaucoup, alors évidemment l’idée de voyager m’a attirée en premier. En plus, j’étais sûre que j’allais apprendre beaucoup –parce qu’il faut le dire, j’ai d’assez bonnes notes en Allemand au lycée, mais je suis incapable de tenir une conversation correcte, sauf si l’on parle du temps qu’il fait, là je peux facilement gérer et je suis quasiment incollable. Sauf que dans la réalité on ne passe pas une conversation entière sur la forme des gouttes d’eau. L’idée de changer de mode de vie et de culture m’a aussi beaucoup plu. Et puis, bien sûr, je trouve que l’allemand est une langue très intéressante et jolie.
Voilà donc pourquoi j’ai décidé de faire ce programme : j’allais changer de famille, d’amis, de maison, de culture, et en plus j’allais apprendre la langue de mes auteurs favoris. Je n’ai pas vraiment beaucoup hésité.

Je me rappellerais toujours de mon arrivée en Allemagne. Déjà dans le train qui effectue le trajet Strasbourg Stuttgart, la majorité des passagers étaient Allemands. J’étais très excitée à l’idée de parler un jour (j’espérais dans un futur proche) comme eux. Lorsque je suis arrivée, ma correspondante m’attendait avec une sucette énorme en forme de cœur. Par contre, c’est là que je me suis rendue compte que j’étais très loin de mon but (qui est de parler couramment allemand, je le rappelle), car lorsque la mère de famille m’a demandé si j’avais faim, je lui ai répondu que non, je n’avais pas très bien dormi. Quand j’ai –enfin- compris la question, nous sommes donc allées toutes les trois (moi même, H., ma correspondante, et sa mère, E.) dans un café où j’ai dégusté mon premier Brezel mit Butter. Je me rappelle aussi que la conversation était difficile, et je me remerciai intérieurement d’avoir pensé à emmener mon dictionnaire de poche (et je remercie aussi E. et H. d’avoir été si patientes ce jour là car j‘avais un débit d’un mot par minute, ce que nous ne pouvons pas appeler décemment une « conversation », plutôt des babillements).
Mon arrivée en Allemagne peut se résumer en quelques mots : fastidieuse, drôle, et surtout, inoubliable.

On ne peut pas faire un compte rendu complet de l’Allemagne sans parler du système éducatif allemand. Ce qui m’a surprise au début, c’est qu’ils n’ont cours que jusqu’à 13h, et lorsque l’on a pas de chance et que l’on a cours l’après midi, ils n’ont cours que jusqu’à 15h30 environ –heureusement cette dernière situation n’arrivait que deux fois par semaine. Je trouve aussi que le système éducatif allemand est mieux que le système français. Leurs cours ne durent que 45 minutes, ce qui permet de rester concentré sans relâche –et donc de mieux travailler. Á l’interclasse, ce ne sont pas les élèves qui changent de classe, mais le professeur, ce qui fait qu’ils profitent pleinement de leurs 5 minutes de pause car ils n’ont pas à courir pour rejoindre une autre pièce. Ces deux choses combinées font que l’on peut travailler plus efficacement. Le fait d’avoir aussi les après midi de libre est bien, car nous avons le temps de nous consacrer à autre chose et donc de s’épanouir plus. Dans la classe où j’étais, les élèves faisaient beaucoup d’exposés, et souvent, le cours était fait par les élèves. J’ai trouvé cette manière de travailler très intéressante car je pense que lorsqu’un élève fait un cours, les autres comprennent mieux.
Les relations professeurs-élèves sont aussi différentes, je dirais que les professeurs allemands sont plus laxistes et octroient plus de liberté aux élèves, ils leur font confiance (par exemple, les élèves allemands ont le droit de manger en cours), donc les élèves ne se sentent pas obligés de travailler, et travaillent d’eux même, ce qui est mieux que le « travail forcé », car directement l’école n’apparaît plus comme un bagne mais plus comme un endroit où l’on se construit et où l’on s’améliore.

Étant donné que j’avais changé totalement de lieu d’habitation (je suis passée du centre ville à petit village), j’ai donc aussi changé par la même occasion mes habitudes de vie. La famille chez laquelle je suis est une famille très sportive (Je pourrais citer, par exemple, le père d’H., qui effectue très facilement 60 kilomètres à vélo, il peut aller jusqu’à 200 lorsqu’il a le temps et lorsqu’il est en bonne condition), je me suis donc moi aussi mise au sport, avec une heure de natation par semaine, au moins une heure de jogging par semaine et quelques trajets à vélo lorsque l’occasion se présentait. Je dois dire que moi qui n’a pas de vélo chez moi et qui va très rarement courir, ça m’a changée.
En plus du fait que la famille est sportive, chaque membre joue d’au mois un instrument (H. du violon, P. du piano – et c’est un génie du piano, K. de la contrebasse et E. du piano, de l’accordéon et de la flûte), et les parents sont professeurs de musique. J’en ai profité pour me remettre au piano –que j’avais abandonné deux ans plus tôt pour la guitare- et au solfège.
Je dois aussi remercier la famille qui s’est évertuée à me faire connaître les « lieux cultes » dans les environs de Stuttgart. Je suis même allée au Bodensee et en Suisse.

La chose qui a le plus changé pour moi en Allemagne est bien sûr la nourriture. Je me rappellerais toujours de mon premier déjeuner, j’avais du café, avec un brezel, j’ai trempé mon brezel dans mon café –comme je le fais avec les croissants en France, et là j’ai eu une belle surprise, car en fait le brezel était fourré au fromage. Ce que je n’ai pas trouvé mauvais, en fin de compte. Je me suis rapidement accoutumée à ces petit-déjeuners salés. La seconde chose qui change vraiment dans la cuisine allemande c’est l’eau. Les Allemands boivent pratiquement tous de l’eau gazeuse, l’eau gazeuse est la boisson « nationale » et l’eau non gazeuse est même plus chère –alors qu’en France, c’est l’inverse. Je n’ai, par contre, pas réussi à m’habituer à l’eau gazeuse, et j’ai donc acheté de la « Volvic » pour survivre.
J’ai eu droit aussi aux spécialités locales –il faut que je dise aussi que j’étais un coin en Allemagne où ils parlaient le Schwäbisch, un dialecte local- à savoir des « Spatzla », un genre de pâtes au fromage, des « Maultaschen », qui sont des « compartiments » garnis de jambon et d’épinards recouverts de fromage, et bien sûr, les Brezeln. Le chocolat en Allemagne mérite aussi d’être mentionné : en effet, j’ai eu un choc lorsque j’ai vu toutes les variétés de chocolat qu’il y avait (pour en citer quelques unes : chocolat au Marzipan, le « Kuh Schokolade », qui est une tablette de chocolat noir avec des tâches de chocolat blanc qui rappellent une vache, le chocolat au cappuccino, chocolat à la gaufre...) et pour un très bas prix (par exemple, une tablette de chocolat Milka de 100 grammes en Allemagne coûte seulement 70 centimes, contre au mois 1€30 en France). Je suis allée à la fabrique de Ritter Sport à Waldenbuch, et j’avoue que je n’ai jamais vu autant de parfums de chocolat.
Ce qui est différent aussi en Allemagne c’est la manière de dire bonjour : on ne fait pas la bise, mais on se prend dans les bras, ou alors on se serre la main (plus sobre), j’ai donc été complètement ridicule lorsque, dans mes premiers jours, j’essayais –sans succès- de faire la bise.

J’ai bien entendu beaucoup appris, vraiment. Bien sûr au départ c’était dur, mais quand on est « immergé » le mécanisme vient assez vite. Je me suis surprise à penser en allemand dès la première semaine –ce qui ne m’était jamais arrivé avant, et au lieu de tenir des conversations sur le temps, j’ai eu des conversations des plus intéressantes avec les élèves de ma classe, par exemple nous avons un jour entier débattu sur l’existence de dieu, et je dois avouer que si l’on m’aurait dit un mois plutôt que j’allais débattre sur un sujet aussi... épineux à aborder (j’étais dans un lycée catholique), je crois que j’aurais bien ri. J’ai appris beaucoup de vocabulaire, et j’ai renforcé ma grammaire, je suis maintenant bien à l’aise avec les déclinaisons par exemple, et je suis capable de faire des phrases entièrement justes (je crois que juste pour ça, je devrais croire en dieu). J’ai aussi beaucoup progressé à l’oral, je ne réfléchis plus avant de dire une phrase, et j’arrive à parler assez fluidement. Et même si, au début, je ne comprenais presque rien lorsque les gens parlaient, maintenant j’en comprends au moins le sens, et les autres ne sont pas obligés de parler très lentement, j’arrive à comprendre lorsque les gens parlent « normalement ». J’ai même regardé des films en allemand, je comprends les informations à la télévision par exemple, ou la radio. Je pense que c’est dans cette manière que le programme m’a le plus aidée.
J’ai aussi appris du vocabulaire « basique », que l’on apprend pas forcément à l’école, ou encore les différentes expressions toutes faites –par exemple, on ne dit pas « avoir un chat dans la gorge » mais avoir une grenouille dans la gorge.

En ce qui concerne la culture, je trouve que l’Allemagne n’est pas foncièrement très différente de la France, il y a des différences bien sûr (comme la fois où j’ai failli me faire assassiner car j’avais jeté un pack entier de bouteilles à la poubelle, ce qui ne faut absolument pas faire car les bouteilles sont remboursées) mais au fond, on y retrouve les mêmes problèmes sociaux, les mêmes qualités et les mêmes défauts chez les gens. Cependant je noterais qu’ils sont plus écologiques que nous (les poubelles sont toutes séparées entre plastique, verre et papier, même à la gare) et plus sportifs –en ce moment, l’Allemagne entière regarde le tour de France. Il y a aussi plus d’associations sportives, ou de chemins pour les vélos, par exemple. Et puis bien sûr l’école est très différente.

Je pense que si jamais cette occasion se représentait, je tenterais de convaincre mes parents de me laisser partir six mois, et non pas que deux. J’ai vraiment beaucoup appris en deux mois, mais je ne suis capable de lire que des livres pour enfants. Ce qui me gène un peu…