| Coopérer, se Comprendre, se Rencontrer |
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de l'échange et de la rencontre Comparaison Quand on quitte son milieu familier, sa classe, son établissement, son environnement scolaire, quand on souvre vers lextérieur, surtout vers létranger, ce quon voit, ce quon fait comme nouvelle expérience nous pousse à comparer. Généralement ce quon rencontre à létranger est décrit à partir de son système de référence, de ses habitudes, de son systèmes déducation, de sa propre culture. Cela se fait souvent sans que nous nous en rendions compte. Nous partons de ce que nous connaissons et nous avons tendance à en venir très vite au jugement : nous goûtons pour la première fois à un plat, une nourriture jusqualors inconnue, nous la situons (comparons) par rapport à un goût connu (ah, cest un peu comme, ça me rappelle...) et formulons vite un jugement du genre : " Jaime ou je naime pas ! ". En cas de coopération, lors dun échange qui vise (entre autres) à " faire connaissance du partenaire ", à " connaître la vie, la culture du pays... " ou très généralement à permettre " un apprentissage interculturel ", il est bon de saccorder du temps et de procéder à une comparaison pas à pas. La curiosité du regard est indispensable à toute ouverture. Louverture elle-même, et la coopération plus encore, exigent que lon se situe soi-même dans son rapport à lautre. On peut par exemple se poser des questions comme :
Dans le cadre de notre approche, il est souhaitable de rester ouvert, même si (et justement quand) une situation nous semble inhabituelle, incompréhensible, et même quand nous nous sentons nous-mêmes fragilisés, remis en question, qui sait même, vexés. Il faut toujours envisager la possibilité dun malentendu, dune mauvaise interprétation due à la langue, à dautres connotations, à un contexte culturel inconnu. Mais comparer, cest aussi procéder à une comparaison plus systématique liée aux objectif douverture dans et par léchange. Quest qui se passe en comparant ? Il va de soi quil ne peut y avoir de comparaison sans mise en relation de deux termes : dans toute comparaison entre lautre et moi-même, eux et nous je suis donc renvoyé inévitablement à dire et à définir ce que je fais " normalement ", ce qui pour moi va de soi. La difficulté vient de ce que cette comparaison est reliée à une relation entre personnes qui sont impliquées aussi affectivement et qui vont prendre conscience en situation de la réalité de certaines choses, de leur caractère relatif et de lattachement quelles manifestent à celles-ci qui sont une part delles-mêmes. Paradoxalement, même si la comparaison est un phénomène naturel, inévitable, il faudra néanmoins (ré)apprendre à comparer (autrement) pour pouvoir coopérer et se comprendre. Ceci peut expliquer entre outre leffet de renforcement didentité que provoquent léchange et la rencontre : après un échange scolaire, les élèves se sentent plus " français " quavant au sens où ils se sont devenus plus conscients de ce qui leur est propre par rapport à tel autre groupe. En même temps, comme nous lavons montré, ce travail de comparaison se fait aussi à lintérieur du groupe national (cf. le projet Martigues-Berlin, un Noël " typiquement " allemand). Mais il peut y avoir aussi un mauvais effet, celui dune confirmation et dun renforcement des préjugés. Dans ce cas, la comparaison est instrumentalisée à seule fin de se valoriser soi ou son propre groupe aux dépens des autres. Comme le démontre Alexandra Schleyer-Lindemann dans le chapitre " Point de vue : la rencontre...", seule la valorisation et la reconnaissance individuelle et collective de lélève permettent de supporter la différence (et donc la comparaison) sans se sentir obligé den faire une arme pour juger. Comme on a pu le constater dans le cadre des " échanges " franco-allemands, pour lEurope qui se met en place, lécole devra mieux préparer les élèves à la réalité dune vie commune où ils devront être capables de vivre et de travailler avec des gens dune autre langue, dune autre culture. Dans cette perspective, apprendre et savoir comparer dans le cadre dune coopération nous semble une bonne préparation à ce défi. On pourrait bien sûr tout autant faire appel aux étrangers (assistante de langue, élève étranger, professeur d'échange) qui sont déjà dans létablissement ou y viennent pour développer cette compétence en matière de comparaison. Cela nous semble une démarche riche (4). Note 4 : Kodron, Christoph: Nouveaux défis, nouvelles démarches compartives. In: Revue internationale déducation CIEP-Sèvres, 1 mars 1994, 87- 95, et dautres articles dans cette même édition. |