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Les Projets

Description analytique

Le theme de travail

Comme nous l’avons indiqué plus haut, nous avions d’emblée proposé de travailler sur un thème commun. Le thème choisi la première année était " Moi, mon quartier, ma ville ". Il était dicté par deux raisons :

  • relier le projet pédagogique à l’ensemble du projet de recherche où les rapport entre identité et territoire sont analysés de façon comparée entre Marseille et Francfort ;
  • permettre aux élèves de faire connaître leur cadre de vie quotidien.

Ce sujet a été bien perçu par les élèves, même si de grosses difficultés sont apparues dans la mesure où la constitution et le fonctionnement des groupes de part et d’autre étaient très différents (cf. recrutement des élèves et groupe(s) de référence). Elles ne tenaient cependant pas au thème en tant que tel mais au fait que le choix d’un thème commun suppose un déroulement parallèle dans la phase qui précède la rencontre et donc une concertation renforcée et constante.

Pour la rencontre en tiers-lieu, iI n’y avait en outre aucun lien entre le lieu et le thème et donc aucune possibilité de se " rattraper " en effectuant des recherches sur place qui n’auraient pu être faites auparavant et/ou d’exploiter les ressources du lieu à des fins thématiques. Le groupe de la ERS II, spécialement constitué pour ce projet et regroupant les élèves de plusieurs classes mais d’une même catégorie d’âge, avait procédé pendant tout un semestre à un travail sérieux de préparation au thème de la rencontre (recherches systématiques sur le quartier sous forme d’un reportage photographique). Il est donc arrivé à Strasbourg avec toutes ses productions dans l’attente légitime de pouvoir poursuivre ce travail avec son groupe-partenaire supposé avoir fait un travail semblable. Les partenaires n’avaient malheureusement fait que collectionner en dernière minute des prospectus touristiques !

La rencontre de 1994 à Elbtal avait pour thème " Des envoyés de tous les pays se rencontrent au château ", première référence explicite au lieu dans le choix du thème. Malheureusement, ce qui avait été prévu n’a pu être réalisé que très partiellement par manque de préparation (manque de costumes, de recettes des pays d’origine et de symboles divers représentant ceux-ci). D’autre part, le sujet n’avait pas de rapports apparents avec le pays d’origine et les connaissances que les élèves en avaient. D’autre part les enseignants eux-mêmes n’avaient pas suffisamment " accroché ".

Cette expérience a amené certains constats :

  • il faut distinguer le thème " explicite ", " externe ", choisi à la suite de différentes discussions entre enseignants et élèves, et le thème " implicite ", " interne ", celui de l’identité et du travail sur l’identité dans et par la rencontre qui est, de fait, omniprésent, même s’il n’est pas formulé comme tel. Pour les élèves certaines thèmes ou même, dans certains cas, le principe même d’un thème de travail est perçu comme une contrainte extérieure qui ne vient que perturber para des exigences inutiles ce qui se passerait bien mieux sans : la " spontanéïté " des rapports entre jeunes.
  • il doit assumer plusieurs fonctions :
    1) être ou pouvoir être mis en rapport avec les élèves et leur vie et la réalité scolaire,
    2) permettre une structuration avant et pendant la rencontre,
    3) tenir compte, si possible, du " génie du lieu " (Ce n’est pas un hasard si les lieux retenus à partir de ce moment ont une atmosphère ou un caractère particulier)
  • le thème choisi a évolué vers la fiction, l’imaginaire qui remplit en quelque sorte une fonction comparable au tiers-lieu. Un thème en dehors du quotidien, de ce qui est familier qui permet de prendre ses distances, de se donner plus de liberté, d’expérimenter, d’inventer, de produire ou de ressentir un effet de dépaysement.

Le projet de 1995 à Buoux, dans le Lubéron, marque un tournant et constituera par la suite une référence positive. Les raisons tiennent à différents facteurs positifs qui sont autant de conditions de réussite (cf. les autres catégories : préparation, accueil, coordination/concertation, équipe pédagogique, groupes d’élèves, etc.)

Pour ce qui est du thème, il reprend ce qui a été dit précédemment tout en y ajoutant un élément décisif : il s’agit d’un château inachevé, resté à l’état d’ébauche. Il incite donc par ce côté à finir, à compléter, à inventer. Le lieu même incarne donc ce qui est à la base de cette pédagogie : celle d’une dialogique avec le lieu, du besoin de remplir les trous, d’investir l’endroit. Ceci est renforcé par le caractère mystérieux de certaines pierres dont on ne s’explique ni l’origine, ni la fonction qui constitueront une sorte de leit motiv de la rencontre.

L’année suivante, en 1996, à Sargenroth, le thème était celui de " Jean l’équarisseur / Schinderhannes " et avait été en partie dicté par l’historie du lieu. Il s’agit d’une sorte de bandit de grands chemins mais au grand coeur et donc d’une question sociale et historique. Cas unique dans l’histoire de cette collaboration, il s’agit d’un personnage historique. Ceci a donc permis de travailler dans le sens d’une dramatisation, par l’élaboration de personnages, d’invention de vie, (reconstitution imaginaire de sa biographie) et de mise en scène (décors, costumes). Les différents éléments (en partie préparés avant la rencontre) ont pu s’intégrer dans un spectacle qui a surpris par sa grande qualité.

Le choix d’une île, celle des Îles du Frioul dans la rade de Marseille, en 1997 marque aussi une innovation : un lieu qui de par sa nature même se prête à la rencontre dans un contexte soustrait au monde (le continent), isolé et isolable et aussi à l’exploration dans tous ses replis (territoire limité) et à la découverte. Ce qui explique que l’équipe pédagogique (et non les élèves) ait choisi comme thème celui d’une rencontre de sociétés, de groupes dans un territoire où les uns seraient chez eux, les " autochtones " et les autres, les " étrangers ", débarqueraient. Aux yeux des enseignants pour la plupart déjà longuement impliqués dans ce travail et ayant fait une évaluation sérieuse, un tel thème s’imposait en quelque sorte : la question de la migration et de la rencontre des cultures était le thème implicite de tout ce travail et l’île, le lieu-symbole d’une société à inventer. Un important travail de préparation a eu lieu pendant lequel le thème a été structuré et transposé en un dispositif de travail. Il n’a toutefois pas eu l’écho qu’on pouvait en attendre, même si cela n’est vraisemblablement pas à mettre au compte d’un mauvais choix thématique (cf. équipe pédagogique, raisons particulières). Cela montre simplement qu’il ne faut pas surestimer le rôle que peut jouer le thème dans les processus complexes qu’implique la rencontre.

En 1998, là encore, c’est la nature du lieu qui a dicté le choix du thème : un village médiéval, situé à 30 km au sud de Darmstadt. Même si la découverte de ce lieu ne procédait nullement d’une recherche systématique. C’est en fait, comme bien souvent, des effets de hasard (disponibilité d’un lieu à une certaine période, problèmes des dates possibles de rencontre entre deux calendriers scolaires, etc) et nécessité d’organisation (éloignement, accessibilité, coûts, etc.) qui entraînent ce choix. Il est intéressant de souligner toutefois que le mot " médiéval " a déclenché chez les intervenants extérieurs (danseur et musicien) une recherche sur les activités possibles avant et pendant la rencontre. Ceci a amené de fait un approfondissement thématique que les enseignants de l’équipe n’envisageaient pas comme tel au départ, dès lors que les " artistes " leur ont proposé, lors d’une seconde rencontre de préparation, de travailler sur le thème du marché / foire médiéval qu’ils avaient soigneusement découpé ! Cela a relancé une fois de plus la discussion sur le degré de contrainte qu’implique :

  • le choix d’un thème
  • le découpage nécessaire en activités proposées et nécessaires
  • pour aboutir à un spectacle, un produit fini, présentable
  • les exigences de travail et de qualité selon l’origine culturelle et professionnelle (opposition entre " Français " et " Allemands " et enseignants-pédagogues et artistes.

Le travail a toutefois bien réussi, même si les exigences thématiques ont été réduites par rapport à ce qu’elles étaient à l’origine.

Le lieu_le tiers-lieu suite 2

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