|
Echange individuel de moyenne durée
Collège Michel Chasles, Epernon (Eure-et-Loir)
Johannes Kepler Gymnasium, Weil der Stadt (Bade-Wurtemberg)
Echange Avril - Juillet 1991
Compte rendu
Le 29 janvier 1993, je m'envolais pour Francfort dans le cadre d'un échange scolaire de trois mois. L'idée de ce voyage m'avait enthousiasmé dès que mon professeur d'allemand en avait proposé l'éventualité, car je suis avide de découvrir de nouveaux pays, de nouvelles cultures. (...) Je partais donc ravi mais nerveux et inquiet. Je ne connaissais pas du tout ma famille d'accueil, n'ayant eu le temps d'échanger une correspondance et des photos. Je savais seulement que je me rendais chez une fille unique, et craignais de m'ennuyer car je suis issu d'une famille de trois enfants. Je suis aussi élève de troisième, année du B.E.P.C., et j'appréhendais de manquer un trimestre de cours.
C'était perdu dans ces pensées que j'atterrissais et prenais contact avec ma nouvelle famille. Madame Warnke et sa fille Nicole m'attendaient, souriantes. Leur accueil fut très chaleureux et je me sentis très vite en confiance. Monsieur Warnke se révéla lui aussi sympathique et dynamique. (...) Ensemble nous avons visité la région de Francfort, un village médiéval, une exposition de peinture, la vallée du Rhin... J'aimais ces découvertes de l'Allemagne. A la maison/ nous passions peu de temps devant la télévision. Nous lisions, partagions des jeux de société ou discutions des événements mondiaux ou personnels au salon, où quotidiennement une bougie se consumait. J'appréciais ces moments de profonde tranquillité. (...)
Le système scolaire allemand est très différent du système français, voire opposé. (...) Les cours commencent à 8 h et se terminent à 13 h 15, permettant six cours de 45 minutes entrecoupés par des pauses de 5, puis 20 minutes. La pédagogie des professeurs allemands et français diffère largement. Les premiers jours, j'étais surpris par la cacophonie ambiante. Pendant que le professeur expliquait son cours, les élèves parlaient et parfois mangeaient. En fait, je me suis très vite acclimaté à cette atmosphère et j'ai réalisé qu'en Allemagne, I'accent est donné à l'autodiscipline. Il est très rare qu'un professeur requiert le silence total, excepté durant les devoirs, qui sont limités à un par jour et n'excèdent pas trois par semaine. Cette politique libérale donne au cours une ambiance très décontractée; les paroles du professeur sont bercées par un bruit de fond qui n'interfère cependant pas avec le cours. La classe continue d'écouter et de participer, car l'enseignant ne répète pas son cours pour les éventuels distraits.
Une telle ambiance serait inconcevable pour un professeur français. En France, les professeurs disent que l'autodiscipline est impossible car les élèves sont irresponsables. En réalité, ils refusent de faire confiance aux jeunes (...); leur réaction est de pratiquer une discipline stricte et punitive ce qui provoque de la part de l'élève une rébellion sourde, mais grandissante. Sentant ce danger potentiel pour son autorité, le professeur resserre d'autant plus son étau et le cercle vicieux s'enfonce ainsi imperceptiblement .
Dans le collège allemand où j'étais (...), une très bonne entente règnait entre le corps enseignant et les élèves. Le professeur qui sait que la discipline est autorespectée peut donc avancer rapidement dans son programme. Cela lui laisse du temps pour discuter avec ses élèves de sujets d'actualité (...). Je pense que tout ceci est important pour l'épanouissement des adolescents, aussi bien intellectuellement que dans leur relation avec les adultes. En France, (...) nous avons l'impression d'être des pions qui sont déplacés selon les besoins de l'établissement; nous avons l'impression d'être méprisés; ceci renforce nos préjugés et amplifie nos tentations à provoquer. En Allemagne, (...) les professeurs savent qu'eux seuls peuvent changer cette situation et, en étant à l'écoute, des élèves. ils y arrivent parfaitement. Les journées de classe sont plus joviales. J'allais à l'école avec plaisir pour retrouver mes amis et même mes professeurs. (...)
Pendant mon séjour, je me suis fait de nombreux amis à qui j'écris toujours, aujourd'hui. L'accueil qui m'a été réservé à l'école a été très chaleureux. Tout le monde essayait de me parler. Les trois premières semaines ce n'était facile ni pour les Allemands ni pour moi, mais ensuite j'arrivais à suivre une conversation et parvenais à discuter normalement avec mes camarades de classe. Le fait que les cours se terminent à 13 h 15 nous laissaient le temps de faire nos devoirs puis de se retrouver entre amis pour faire du sport, aller au café, discuter, se rencontrer dans un contexte extra-scolaire. (...) Par ailleurs, la présence d'une Française venue dans les mêmes circonstances que moi représentait une aide morale appréciable. (...)
Quand je suis rentré à Lyon, je comprenais pratiquement tout, même à la télévision; je parvenais à exprimer mes idées dans un langage correct, je ne cherchais plus mes mots. Je pense que trois mois est un temps raisonnable, je serais avec plaisir resté plus longtemps car j'apprécie le mode de vie décontracté des Allemands, j'admire leur mentalité bon enfant, bien que leur humour soit plus lourd que le nôtre. Ils sont francs et parlent sans arrière pensée. (...) Cette expérience m'a vraiment donné l'envie de parler parfaitement l'allemand, ce à quoi je suis en partie parvenu.
Olivier Costantini |