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Hier, aujourd'hui, demain : Jalons d'un programme exemplaire
Mis en place en 1968, léchange franco-allemand de maîtres du premier degré a évolué depuis au gré des politiques nationales et / ou des différents Länder ainsi que des instances (Commissions dexperts en particulier) chargées de la coordination franco-allemande. Son principal objectif est toutefois resté le même : permettre à des enseignant(e)s de passer une ou plusieurs années dans le pays partenaire, dy enseigner leur langue et dy acquérir des compétences (linguistiques et culturelles) telles quils puissent à leur retour enseigner la langue du partenaire.
Environ 2000 enseignants français (instituteurs, professeurs des écoles) et 2 000 enseignants allemands (Grundschullehrer, Erzieher) ont jusqu'à aujourdhui participé à cet échange. Tous nont certes pas pu enseigner lautre langue à leur retour (du fait surtout de la non-prise en compte par les autorités scolaires des compétences acquises pendant léchange), mais tous ou presque sont devenus des multiplicateurs, des militants de la cause franco-allemande. Et ce en grande partie grâce à laccompagnement OFAJ.
Cet accompagnement a lui aussi évolué au fil des années : au début lOFAJ devait surtout assurer le suivi des enseignants sous langle du séjour de longue durée dans lautre pays. Par la suite, le rôle de lOFAJ sest élargi au suivi pédagogique et institutionnel (en coopération avec les instances nationales).
Il est dans cette brochure surtout question de la décennie 1988 - 1997.
Pendant cette période lOFAJ a rempli dans ce programme la fonction qui lui a été confiée, à savoir celle de médiation / formation :
- médiation entre autorités du Ministère de lEducation Nationale et des Länder
- formation pédagogique expérimentale
- suivi « humain », pédagogique et institutionnel
- formation à linterculturel des enseignants, des responsables institutionnels et pédagogiques
La plupart des textes constituant la brochure traitent de cet accompagnement, et plus généralement de la façon dont les différents acteurs - enseignants, formateurs, responsables administratifs et pédagogiques - ont vécu et analysent après coup une expérience que tous ont vécue avec intensité. 1) Je voudrais ici rendre hommage à quelques unes des personnes qui, pour navoir pas de contribution dans la brochure, ont néanmoins joué un rôle important voire essentiel tout au long de ces années : Jean-Paul Peton et Joseph Philipps (du Ministère de lEducation Nationale), ainsi que les représentant(e)s des Länder participants.
La connotation un peu « nostalgique » de quelques contributions est surtout due à la crainte - éprouvée par certain(e)s ces dernières années - de voir le programme déchange mourir de sa belle mort. Il nen fut heureusement rien..., même si lévolution actuelle nest pas réjouissante. Et elle est concomitante dune chute de lapprentissage du français en Allemagne et de lallemand en France. Depuis quelques années en effet les politiques menées quant à lapprentissage des langues vivantes se sont bloquées, en France comme en Allemagne, au même niveau : à savoir que le discours officiel (« Diversification ») se trouve largement contredit par la réalité (une forte tendance au « tout anglais »).
Jusqu'à la fin des années 80, léchange franco-allemand dinstituteurs faisait indiscutablement partie des moyens grâce auxquels une proportion non négligeable denfants se trouvaient en situation de choisir le français ou lallemand en 1ère ou 2ème langue.
Dès lors que lapprentissage précoce des langues est devenu à partir de 1989, en France, en Allemagne, en Europe, un enjeu politique, il y eut tout à la fois augmentation des moyens, multiplication des programmes, diversification des financements, et diminution de limportance de léchange, désormais concurrencé par dautres dispositifs nationaux ou européens, et considéré comme trop coûteux.
De plus la difficulté récurrente à trouver suffisamment denseignants prêts à partir pour un an ou deux dans lautre pays fut interprétée comme une preuve de linadéquation du programme à la réalité. A tort me semble-t-il : la pertinence / qualité du programme nétait pas en cause, mais bien plutôt ce chiffre magique de 100 (enseignants de part et dautre) qui, jamais atteint, avait fini par devenir en négatif le principal critère dévaluation du programme. En fait ce chiffre était irréaliste - et de plus ne correspondait à aucune exigence ou nécessité. Et la difficulté voire limpossibilité datteindre les 100 ne sexpliquait pas par linadéquation du programme, mais par des raisons structurelles - en loccurrence des politiques locales ne relayant pas toujours la politique définie au plan national et scellée par des accord bilatéraux.
Ceci étant, il nest pas faux que certains enseignants préféraient désormais participer à des programmes européens plus courts et moins exigeants. De plus un certain nombre de décisions prises en France en 1995 - en particulier celle recommandant que lenseignement précoce des langues soit dispensé par des maîtres français - ont contribué à relativiser limportance de léchange, même si elles ouvraient du même coup de nouvelles perspectives : parmi les maîtres français susceptibles de dispenser cet enseignement précoce de lallemand, nombreux étaient (sont) ceux qui avaient besoin dune formation à la fois pédagogique, linguistique et interculturelle - et lidée fut alors évoquée de transformer léchange dinstituteurs en échange de formateurs. Plusieurs Länder ayant sensiblement les mêmes besoins se dirent prêts à tenter eux aussi lexpérience, qui finalement ne se fit pas. Cela eût supposé de trop grandes modifications, aussi bien dans le recrutement et la rémunération des enseignants que dans lorganisation de leur séjour et la définition de leurs fonctions dans lautre pays.
Léchange sest donc réduit au fil des années, tant et si bien que pour lannée scolaire 1999-2000 il ne concerne plus que 30 Français et 36 Allemands.
Certes dautres solutions ont été envisagées, et pour certaines mises en uvre, pour que lenseignement précoce des langues continue dêtre assuré aussi par des locuteurs natifs : cest ainsi quen France des assistants allemands ont été
spécialement recrutés pour cela. En Allemagne certains Länder ont fait dimportants efforts financiers pour recruter eux-mêmes des Français(es) capables denseigner.
Ces solutions ne sont pas négligeables. Mais elles ne sont nullement comparables à léchange dinstituteurs, aussi bien pour ce qui est de leur pertinence que de leurs retombées.
Puisse cette brochure contribuer sinon à « relancer » léchange, du moins à démontrer lintérêt dun échange de ce type, tant pour les institutions (Education Nationale, Länder, OFAJ) qui en sont partie prenante, que pour les personnels ayant la chance dy participer. Puisse-t-elle aussi contribuer à convaincre certains responsables politiques et administratifs de lexemplarité dun tel programme en matière déchanges denseignants pour lEurope de demain.
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