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In der Schule des anderen unterrichten:
Gekreuzte Blicke von Lehrern aus Deutschland und Frankreich |
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ALLEMAND : pas toujours été très copain avec lallemand ; ses mots qui claquent sous la langue, vous raclent la gorge et croustillent comme des chips mais quil est parfois difficile de grignoter sans sy casser les dents : Fischers Fritz fischt frische Fische, frische Fische fischt Fischers Fritz. Mais cest pas tout
il y a aussi sa grammaire : stricte, sévère, brutale !, aussi nette et propre quun trottoir de Zürich, ses déclinaisons à coucher dehors, se rouler par terre, fumer la moquette, sucer son pouce
et si encore ce nétait que ça, mais cest pas tout. Il y a aussi ses mots quon coupe en deux comme une tranche de pain et quon recolle à linfini(tif), son datif, son neutre, et ses verbes quon est parfois obligé daller chercher en éclaireur jusquau bout du chemin pour connaître enfin le sens de la phrase
lAllemand que je croyais si rigoureux, si rigide, voilà quil marchait à lenvers ! Philippe Mendel
Pour abréger mes souffrances, je nutilisais par conséquent que des phrases simples et des mots doux, évitant autant que possible les relatives et les acrobaties verbales, les subjonctifs ainsi que les verbes forts pour lesquels javais une faiblesse certaine. Le plus dur cétait davoir beaucoup à dire et den dire si peu. Je parvenais tout juste à faire comprendre aux gens que je ne comprenais rien dans un allemand douteux, lequel ne faisait aucun doute quant à mes origines et mon originalité parmi mes collègues allemands qui par ailleurs comprenaient ma peine et mon désarroi face à tant d'incompréhension et de chahut dans ma classe.
Parfois les gosses me demandaient dun air surpris et souvent même amusé pourquoi je ne parlais pas correctement. Javais beau contre-attaquer en leur faisant remarquer que leur français nétait pas non plus une merveille, ce nétait apparemment pas une raison valable, après tout on était bien en Allemagne et jétais bien un professeur, même si ce dernier détail avait été difficile à faire admettre par certains gamins qui avaient tout lair de se demander ce que faisait ce touriste français dans l école. Encore très surpris lorsque je leur disais : « Je suis ici pour vous apprendre le français et pour que vous mappreniez lallemand ». Oui, bien sûr, il est rare quun professeur sollicite ses élèves pour sinstruire, mais cela peut donner aux enfants un rôle à jouer quils nauraient pas eu autrement. Le tout, cest quils le comprennent. Dailleurs, ceux qui lont compris les premiers sont les étrangers qui avaient dû apprendre la langue un peu dans les mêmes conditions que moi : sur le tard et sur le tas. Ils maidaient à trouver les mots qui convenaient avec rigueur et respect, comme sils avaient trouvé en moi un associé et un maître à panser.
AMICALLEMAND : de temps en temps il est bon dessayer de se mettre à la place dun Allemand, même sil est difficile doublier quon est français parce quon traîne derrière soi une tradition, une éducation, une culture et un camembert qui nous incitent parfois à penser que les autres sont différents mais quon nest pas, nous, différents des autres. Simplement meilleurs, diront certains.
Il faut par exemple essayer de comprendre quune personne amicale que vous connaissez bien ne vous fera pas forcément la bise en vous accueillant chez elle. Nallez donc pas vous imaginer que vous sentez le bouc ou que lon vous témoigne une amitié tout compte fait très limitée. Non, ne vous formalisez pas pour si peu, cest quon ne sembrasse pas à tout va dans ce pays. Peut-être estime-t-on avoir mieux à faire
Mieux à faire que de sembrasser : impossible !, diront encore certains. Et à limpossible nul nest tenu.
BRUTALLEMAND : lAllemand paraît parfois quelque peu brutal ou en tout cas très direct. Et un direct, quil soit du gauche ou du droit, ça fait toujours très mal. Si le Français nen pense pas moins, il y met généralement les formes. Le résultat est sans doute le même, mais cest une question desthétique : il y a du pour et du contre. En outre, limpressionnisme français nétant pas forcément compatible avec lexpressionnisme allemand, les malentendus sont fréquents.
CORDIALLEMAND : lentente cordiale franco-allemande est une invention politique utile et agréable qui permet aux peuples de France et dAllemagne de se tolérer, voire de se comprendre,
et parfois même de sapprécier. Après avoir longtemps excellé dans lart de sentre-tuer, les deux « grands » de lUnion Européenne apprennent peu à peu à se connaître ailleurs que sur les champs de bataille, à vivre et travailler ensemble, à partager plutôt quà se départager, à construire plutôt quà détruire. Mais comme ont pu le faire remarquer quelques politiciens prudents, « la route sera longue »
oui, et dommage quil sagisse dune départementale plutôt que dune autoroute.
Aujourdhui, on dispose même dune brigade franco-allemande qui est une des vitrines de la coopération entre les deux peuples. Disons bien « coopération » et non « collaboration » pour éviter de raviver certains souvenirs douloureux. Dieu merci, la langue française offre parfois des synonymes irréprochables qui adoucissent la gorge et soulagent les mots de tête.
FATALLEMAND : jai fini par my faire, par madapter, y compris aux appels de phares sur lautoroute, aux portes que lon ne retient pas, à la viande de porc à toutes les sauces, aux règlements et aux inspecteurs en civil dans les tramways, je suis même allé jusquà accepter le tri des ordures ménagères, notamment cette fameuse Bio Tonne infecte qui vous amène des asticots et des moucherons. Tout vient à point pour qui sait attendre, entendre, comprendre, observer. Ce qui me paraissait différent ou curieux ou même « inacceptable » devint peu à peu naturel, logique. Je fus surpris lors de mon retour en France de mapercevoir à quel point javais changé. Javais même parfois le sentiment de revoir mon pays avec les yeux dun étranger. Un nouveau sens critique sétait développé, ou peut-être seulement un nouveau regard : après tout je connaissais les deux pays pour y avoir vécu, il y avait des choses à dire et
sans doute aussi des choses à redire, des choses que je trouvais mieux ici, moins bien là, mais cela nengageait que moi.
Mon retour à lécole française fut sans aucun doute le plus significatif et le plus difficile. Moi qui revenais avec lidée de réinvestir ce que javais appris en Allemagne, jai compris assez rapidement que non seulement je nintéressais personne mais quen plus jétais plutôt contesté. Javais le sentiment dêtre mis à lécart, de fait je my mettais moi-même
il y avait finalement davantage de communication lorsque jétais un étranger en Allemagne ! On pouvait au moins sobserver, se comparer, sexpliquer, sans être jaugé, sans être jugé, et avec cette conviction dintéresser les uns et dêtre soi-même intéressé par les autres.
FONDAMENTALLEMAND : les valeurs fondamentales inculquées à lécole primaire en France sont des monuments incontournables. Ne pas en tenir compte en tant quinstituteur est généralement considéré comme une faute. Autant que deux et deux font quatre, il faut savoir dire merci. On peut penser quen Allemagne, les gens ne se formalisent pas pour si peu . Ce nest pas obligatoirement de lingratitude, mais ça en a tout lair aux yeux dun Français. Le tout est de sy habituer et se dire quaprès tout on peut aussi passer pour un peuple maniéré incapable de demander le sel sans faire des courbettes.
HORIZONTALLEMAND : Ah ! Oui. La position horizontale est une réputation que les Français ont bien méritée : les Français font lamour et le revendiquent. Il est vrai quon a déjà beaucoup de mal à engager la conversation avec une jolie femme sans au préalable lui faire part de notre enthousiasme pour ses beaux yeux. Une stratégie que les Allemands ont peut-être tort de ne pas expérimenter. En ce qui nous concerne, à force de dire que nous sommes les meilleurs dans ce domaine, on a fini par le croire.
LITTERALLEMAND : quand on parle aux Allemands de discipline à lécole, ils ont souvent tendance à se représenter un régiment, les petits Français au garde à vous, attendant les ordres. Lorsquau contraire un collègue allemand vous demande de faire quelque chose ou de vous comporter de telle manière, il ny va pas par quatre chemins. Cela peut heurter la sensibilité dun Français en âge de savoir ce quil a à faire. Les mots ont un sens, certes, mais si les Français et les Allemands ne parlent pas la même langue, ils ne parlent pas non plus le même langage.
MACHINALLEMAND : lorsque jai traversé la frontière avec ma petite Peugeot 205 cabossée, je me suis immédiatement rendu compte que javais lair dun touriste. Les grosses machines allemandes qui me doublaient en vrombissant comme des frelons devaient parfois ralentir lorsque, me prenant soudain pour un conquistador, jessayais de dépasser un poids lourd ou une caravane hollandaise. Je gênais.
MAGISTRALLEMAND : le maître parle à ses élèves, les élèves écoutent la voix du maître qui est la voie à suivre. Le « Lehrer » parle à des enfants, il est à lécoute des besoins, des exigences de chacun parce quon ne respecte pas son instituteur simplement parce quil est instituteur. Le respect nest pas une règle établie, il se gagne.
MENTALLEMAND : France-Allemagne : vous êtes pour qui ?
MORALLEMAND : on sen prend pas mal, de tomates, quand on débute dans le métier. Lorsquon arrive dans une école allemande, on peut avoir limpression de recommencer à zéro, ce qui nest à priori pas très bon pour le moral. Dautant quon entre en scène avec ses idées reçues et quon se reçoit brusquement celles des autres comme de véritables tartes à la crème, un peu comme si on avait appris son texte par cur pour se retrouver au milieu dacteurs qui ne joueraient pas la même pièce. Déprimant
NORMALLEMAND : normalement, un Allemand boit de la bière allemande et mange des saucisses allemandes. Il conduit aussi une grosse voiture allemande mais part en vacances à létranger, en direction des mers du sud. On le voit plutôt gras, opulent, bruyant et mal élevé, portant sur le dos les couleurs de son équipe de football et sur la calandre de sa Mercedes un gros fer à cheval de mauvais goût. Il fait la fête jusquà des heures incongrues. Vous parle en Deutschmarks et se déplace sur les plages en Birkenstock et survêtement Adidas : ça ce nest pas un Allemand normal, cest un beauf.
ORALLEMAND : mon petit accent français, même si je pouvais le perdre, serait-ce vraiment une bonne idée ? Les femmes trouvent cela si charmant
et tellement mignon. On a beau dépasser 1m80, on reste toujours un petit Français. A loral on joue déjà son rôle. A suivre
RADICALLEMAND : radicalement différents ils peuvent lêtre, les Allemands. Mais allez sortir un bon vieux Breton de sa terre natale pour le placer en Catalogne, vous aurez aussi des surprises !
ROYALLEMAND : il ny a pas de roi en Allemagne, ou alors il est bien caché. En France, depuis quon lui a coupé la tête, la noblesse saffiche en première page des magazines, les présidents sinstallent sur leur trône et on a créé des grandes écoles
sans doute pour remettre un peu dordre et se faire pardonner.
SALLEMAND : en Allemagne, on a une certaine vision de la propreté. A tel point quon voit des poubelles fleurir un peu partout. Les règles sont strictes, le tri des ordures se fait déjà à la maison, un calendrier de ramassage des poubelles est mis à votre disposition et vous coupe lappétit pour le reste de la journée. On lave ses pots de yaourt avant de les jeter, on balance le biodégradable dans une Biotonne qui finit par donner vie à quelques milliers de bestioles qui se trouvent à laise dans la pourriture. Vous ouvrez la Biotonne, une odeur pestilentielle vous fouette le visage.
« Chéri, tu peux aller mettre les restes de poisson dans la poubelle ? »
« Ah, ça tombe mal, jallais passer un coup de fil. »
Quant au chewing gum, avant de savoir où vous devez le jeter, faites comme à lécole, collez-le donc sous une table.
SOCIALLEMAND : en Allemagne on se rencontre plus volontiers autour dune bière quautour dun repas.
SYNDICALLEMAND : il est puissant le syndicat en Allemagne, à tel point quon trouve toujours son train au départ. Sil nest pas à lheure, cest quil y a forcément une catastrophe naturelle quelque part.
TOTALLEMAND : si les Allemands font les choses totalement, cest quils naiment probablement pas les faire quà moitié. Ainsi, quand les choses sont dites, décidées, votées, cest toute la machine qui se met en branle, on se donne les moyens de mener les projets à terme et on sorganise de telle façon à ne plus revenir en arrière. Parfois, on peut se demander si les Français ne font pas tout le contraire. Le coup par coup manque peut-être de crédibilité, mais nest-ce pas là un trait de caractère typiquement français ?
VERTICALLEMAND : un homme raide comme la justice, cela peut être un militaire, un juge ou un notaire, pas forcément un Allemand.
FINALLEMAND : il y a tant de choses à dire et tant de choses que lon dit qui ne sont pas toujours bonnes à dire. Autant dire que les choses sont difficiles à dire simplement pour dire que les Allemands sont différents. Oui, différents ils le sont. Mais dire pourquoi, dire comment, revient souvent à dire quils le sont tous, cest mettre les Allemands dans un sac et les Français dans un autre. Mais alors que dire des Allemands qui ne réagissent pas tout à fait comme des Allemands ? Des exceptions ? Il faut donc beaucoup dexceptions pour faire un Allemand.
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