Frühe Sprachvermittlung
Enseigner dans l’école de l’autre :
regards croisés d’instituteurs

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1986

à l'école
les enseignants sont... allemands


Les enfants de l'école Saint-Maur apprennent par le jeu.

Le 10 mars prochain, 30 professeurs allemands qui enseignent leur langue dans l'Ouest de la France, se réuniront à Blainville pour échanger sur leurs méthodes pédagogiques. A Coutances, l'allemand est enseigné de cette manière dans les écoles primaires depuis sept ans.

"Wie geht's? Sehr gut, gut, geht so, schlecht oder sehr schlecht?". Une affiche collée sur le mur d'une classe de l'école d'application Saint-Maur permet de répondre facilement à la question. Un visage avec un large sourire pour "sehr gut" et un visage triste pour "sehr schlecht". Mais pour l'instant, la demi-classe d'enfants de 9 à 10 ans qui viennent d'entrer est plutôt "sehr gut". Il faut dire qu'ici, on n'apprend pas la tête fourrée dans un manuel comme dans les cours supérieurs. Ici, on joue. Gunter Krauke, 35 ans, de Berlin, et à Coutances depuis deux ans, propose justement un jeu. Deux enfants se placent devant un tableau où sont écrits des chiffres. Il en dit un et c'est au premier des deux enfants à reconnaitre ce chiffre et à l'entourer sur le tableau. Gunter, la barbe rousse épaisse et une forte carrure, a le profil de ces Verts du Bundestag ; il se dit d'ailleurs volontiers écologiste.
Autre jeu, les enfants jubilent. Gunter sort un paquet de cartes sur lesquelles il a dessiné des objets. Il montre une carte et plusieurs doigts lévent pour donner la réponse en allemand.

apprendre en jouant
"Ici, commente Gunter, on n'apprend pas l'allemand comme en 6e avec un manuel. Ce qui compte en primaire, c'est de créer une ouverture sur une langue, un pays et une culture".
En fait, le but de l'opération, c'est de donner aux enfants juste quelques bases pour qu'ils sachent demander leur chemin s'ils vont en Allemagne :
"Il faut montrer à l'autre que je fais des efforts - cela facilite la communication. Si un Allemand vient en France, il est mieux accueilli s'il fait des efforts"...
Quant aux enfants, ils sont ravis ;
Gunter Krauke leur donne des petits sketches à apprendre. Il n'est pas sévère, il n'y a pas d'obligation, mais ils les apprennent quand même et se disputent pour aller les jouer au tableau. "C'est parce qu'on aime bien, et pour pouvoir se débrouiller si on va là-bas", dit l'une. "On s'amuse en apprenant", commente un autre garçon. Enfin, une petite fille sérieuse annonce : "Si je vais en Allemagne, j'emporterai mon cahier".

l'allemand plus difficile que l'anglais
Sur un groupe de 10 enfants, deux ont déjà décidé de faire de l'allemand leur première langue en 6e. Et l'anglais ? Annette Piekarczyk, 30 ans, de Lohr en Bavière, enseigne à Claires-Fontaines ; elle répond : "L'intérêt de commencer par l'allemand, c'est que, étant une langue plus difficile que l'anglais, elle est donc plus longue à apprendre".
En juin, Gunter et Annette quitteront Coutances pour retourner dans leur pays. Gunter a deux enfants de 5 et 6 ans qui doivent maintenant retrouver un cycle normal d'études à Berlin. Si Gunter avait quitté la RFA, c'était pour changer de vie : "Je voulais connaître une autre manière de vivre, loin d'une grande ville comme Berlin. Cinq semaines de vacances dans un pays étranger, ça n'est pas la même chose que d'y vivre. Mon objectif était de travailler en France pour mieux ressentir les différences et les ressemblances de nos cultures".
Aujourd'hui, si on lui donnait à choisir entre les deux nationalités, Gunter ne sait plus très bien ce qu'il ferait.
En septembre 1986, ce sont deux nouveaux professeurs qui viendront de l'autre côté du Rhin, dans le cadre de ces opérations d'échange patronnées par l'Office franco-allemand pour la Jeunesse
(1). Sur le mur de la classe, une affiche publicitaire de Berlin rappelera aux enfants le passage de Gunter.
P.D.C.

(1) L'OFAJ, créé après la guerre à linitiative du chancelier Adenauer et du Général de Gaulle, vise à rapprocher les deux cultures par les échanges, l'éducation, le sport... Il dispose pour cela d'un budget annuel de 140 millions de francs. 140 personnes participent, de chaque côté du Rhin, à ce programme.

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