Un quart de siècle sur le "Karthause"
Agnès, Claude, Claudine, Isabelle, Aliette, Marie-Josephe, Catherine, Anne, Christine, Laurence, Josette, Chantal, Philippe, Noredine, Nadine, Pierre, Nathalie, Thomas....Ils viennent de Paris, de Dijon, de Lyon, de Nantes et dailleurs, ils amènent un petit vent dOuest français dans notre école de Neukarthause juchée sur une colline de Coblence. En général, ils sinstallent pour un an, parfois deux, dautres y restent...
Pourquoi Koblenz ?
Pourquoi sont-ils venus dans cette ville de Rhénanie-Palatinat située au confluent de la Moselle et du Rhin ? Sur lancien Flugplatz, on a construit un nouveau quartier, au début résidentiel, une école neuve optait pour une pédagogie ouverte et introduisait une langue étrangère au programme, le français en loccurrence. Lidée a plu aux parents et aux enfants; une Française, puis deux, puis trois à la fois arrivèrent pour présenter et représenter la langue et la culture de leur pays. De 1970 à 1998, des institutrices et instituteurs français venus dans le cadre de léchange, choisirent Coblence surtout par hasard. Quant à moi, arrivée en septembre 1971 à Coblence, mon rêve était de vivre une année à Heidelberg, mais le poste ny étant pas vacant, jai laissé agir le sort: après que mes collègues aient fait leur choix, je me suis inscrite là où il ny avait pas encore de nom. Cest une façon de décider ! Certains espéraient trouver garnisons et écoles françaises, quelques uns pensaient à la proximité de la France: ne pas simmerger trop loin du bord, se sécuriser par rapport aux racines, un point commun à beaucoup !
Lécole du Karthause présente lavantage de veiller au suivi de la langue. Depuis 1971, joccupe un poste dans cette école primaire : pendant deux ans, jy ai travaillé dans le cadre de léchange puis ayant décidé de rester un certain temps en Allemagne, jai été employée par le ministère de ce pays pour une durée illimitée et cest ainsi que jassure la continuité de lapprentissage du français qui a acquis une place bien définie auprès des enfants, des parents et des collègues. Il sest intégré dans la vie de lécole. La correspondance avec des enfants de Nevers, ville jumelée avec Coblence, ainsi que les échanges annuels, font partie du rythme scolaire. Une véritable tradition sy est instaurée.
Qui sera le nouveau ?
Cest dans ce cadre que nous arrive chaque année un Français ou une Française, toujours attendu avec impatience et curiosité par les collègues allemands et par moi-même. Chacun deux amène une bouffée dair que personnellement je respire à pleins poumons. Enfin quelquun qui travaillera avec moi en parallèle, quelquun avec qui je parlerai dans ma langue, quelquun qui sera complice, qui maccompagnera un petit bout de chemin ! À chaque fois, cest un renouveau pour lécole et pour les enfants, même si laccueil qui se veut chaleureux nest pas toujours perçu comme tel. Il est par exemple arrivé quune collègue française se sente beaucoup trop entourée par un directeur voulant tout expliquer, doù la réaction : Non mais, je suis adulte, je nai pas besoin quon me suive à chaque pas ! Dautres sont quelque peu effrayés par laccueil Ils ont des attentes, est-ce que je vais être à la hauteur ? Tout le monde est au départ ouvert et curieux de la personnalité de lenseignant français, prêt à le soutenir dans son travail sil le demande.
Déléguée à laccueil.
Toutefois, cest toujours moi la déléguée à laccueil, à laide au compatriote, ce qui, dun côté facilite la compréhension au plein sens du terme, de lautre me donne le rôle de lintermédiaire entre le ou la Française et le corps enseignant allemand. Je fais tampon, je traduis - en filtrant souvent- les informations, dans un souci de bonne entente sociale et culturelle. Dun Il faut dire au directeur quil nous prend pour des bouche-trous, il nous met sans arrêt en remplacement pour une collègue partie en stage !, je transforme en : Nous aimerions faire du travail suivi et garder nos classes dans la mesure du possible. Ou bien La collègue française va avoir des problèmes avec les parents ! Elle est bien trop sévère !, je traduis : Tu sais, les enfants allemands ont une autre forme déducation que les enfants français, il faut les prendre un peu avec des pincettes.
Ce qui se conçoit comme bienveillance pour les uns est perçu comme indifférence chez les autres. Pourquoi ne sadresse-t-on pas directement à eux, sont-ils placés à un degré moindre par rapport à moi ? Ne comptent-ils pas à part entière dans ce système ? Les opinions divergent, les réactions se font sentir : soit un rejet et une déception, soit une prise en mains et une assurance louable marquent leur année scolaire à létranger.
Côté organisation
24 collègues français sont passés dans notre école en lespace de 28 ans et y ont laissé leurs traces. Avec 19 dentre eux, le travail sest organisé sur une base déchanges mutuels et de coopération. Différentes formules ont été reproduites daprès les besoins de lécole et du français précoce.
Au début, nous nous partagions leffectif dune classe toutes les 20 minutes, quatre fois par semaine. À ce rythme, les enfants étaient souvent et intensément confrontés à la langue française mais nous, nous étions submergés par un flot de nouvelles têtes toutes les vingt minutes. Nous avions seize classes par semaine, en moyenne 240 élèves chacun. Ce surmenage commun nous rapprochait et nous faisait chercher des solutions constructives de travail : ..la qualité des échanges entre collègues françaises était réelle, elle allait dans le sens du progrès, de lamélioration, de lefficacité.., remarque L. Nous avons ensuite départagé les premières et deuxièmes classes en deux groupes confiés aux collègues français et jassumais seule les cours en troisièmes et quatrièmes classes. Cette solution, ayant paru sectaire aux collègues français nouvellement arrivés, me valut une acerbe critique.
Au nom de la démocratie au sein de ce cadre pédagogique, nous en sommes revenus à un partage équitable de toutes les classes, de tous les niveaux, à raison de deux heures pleines par semaine. Cette réorganisation a fait dire à A. : ...élèves répartis de façon équitable...et même un échange franco-allemand ! Je bénéficiais dune structure très solide, il ne nous restait plus quà travailler sereinement. Nous revoilà à égalité, avec un rythme et un contenu de travail qui se pourraient être identiques. Mais depuis février 1997 je partage mes horaires de travail entre lécole de Neukarthause et le Studienseminar de Westerburg, ce qui bouleverse lemploi du temps ainsi que la régularité du travail à deux !...
Côté travail
Mon travail dinitiatrice au début de chaque année scolaire me permet davoir des contacts personnels qui évoluent en cours dannée avec chacun de mes collègues français : soit nous mettons beaucoup didées en commun pour travailler en parallèle parce quil est important -daprès L. de continuer le travail entrepris et non pas de tout défricher, ce qui enrichit nos thèmes et favorise nos projets, soit chacun travaille de son côté, en échangeant vaguement des idées ou des photocopies... Consciente de laide que je pouvais apporter par mon expérience et ma connaissance du système éducatif allemand, consciente aussi de lobstacle que je pouvais représenter pour quelquun qui voulait saffirmer par lui-même et développer ses propres idées pédagogiques, jai toujours essayé de laisser la liberté du choix entre le travail individuel ou en commun.
Jai assisté à des situations surprenantes, un épanouissement total chez les uns ou une dépression constante chez les autres selon leur maîtrise du vécu. Ph. résume et conclue ...Isolement certain, mais cest à lexpatrié de faire les efforts nécessaires pour sortir de cet isolement. Après tout, rien ne lobligeait à venir. Les antécédents et les attentes des uns et des autres justifient également leurs attitudes et leurs réactions, la transplantation dans un monde de travail et de culture autre que les leurs les enthousiasme ou les déroute, voire les angoisse. Ceux qui viennent en explorateur jeter un coup dil chez le voisin en y apportant sa contribution a de meilleures chances de survie.
Jai pu constater une nette césure lorsque les enseignants nétaient plus formés par une École Normale mais par un IUFM. Les premiers venaient en éclaireurs, ils semblaient plus souples, plus aptes à sadapter à des situations nouvelles, ils acceptaient plus facilement les changements alors que les nouveaux professeurs des écoles présentaient un caractère plus affirmé. Ayant joui dune formation universitaire et étant plus âgés que les premiers, ils arrivaient avec des idées bien précises de leur engagement, avec un sens plus critique et des attentes désarmantes, tels les propos de ce jeune enseignant : Si vous me faites venir, il faut me procurer un appartement. Vu lancienneté de léchange vous auriez pu mettre depuis longtemps un logement à la disposition du nouvel arrivant.
Côté logement
Le logement ! Cest un sujet inépuisable dinsatisfaction et de controverses, ce chez soi doit remplacer la patrie, être un refuge pendant cette année en Allemagne...Rare est lappartement qui nest ni trop petit ni trop grand ni trop cher ni trop proche de la ville ni trop loin ni trop meublé ni pas assez meublé...Jai cessé de chercher un appartement pour mon collègue français après avoir reçu une lettre de ce genre : Merci de me chercher un appartement très grand et très bien éclairé près de lécole, pas dans un immeuble. Je le veux sans meubles et pas cher.
Lengrenage se remettait en route : les petites annonces, les journées passées à visiter des chambres, à signer des contrats dont personne ne voulait parce que lappartement ne plaisait pas, à garder un appartement dune année sur lautre pour que le collègue français ne soit pas à la rue en arrivant. Mais cétait rarement ce quil fallait : la propriétaire habitait à létage du dessous et en plus elle souhaitait des contacts avec ses locataires ! M. voulait des contacts mais S. voulait son indépendance totale, sans parler de D. qui arrivait avec toute sa famille et à qui il fallait plusieurs pièces à la campagne...Que déchecs ! Je préfère héberger moi-même le nouvel arrivant, même sil amène cinq enfants. Quil cherche ensuite lui-même ce qui lui convient !
Côté pédagogie
Outre les conditions de travail dans cette école spacieuse, moderne, claire et moquettée ainsi que les problèmes de logement, reste tout de même le travail en lui-même, cest-à-dire le contenu, la manière de le transmettre, bref, les problèmes méthodiques et didactiques face à une clientèle de jeunes enfants dont on ne connaît pas bien léducation et dans certains cas, très mal la langue. Ph. qui a fait son premier échange en 1983 conseille de ..préparer davantage les collègues français à lidée quils devront travailler dans un pays aux traditions culturelles et pédagogiques différentes( et il souligne différentes)
Le déroutement initial surmonté, il faut se familiariser avec une didactique de travail à base de jeux et de chants, ce qui fait dire à certains Il fallait me dire tout de suite que cest une colonie de vacances ! Mais là encore, le collègue français nest pas le moniteur principal, il circule de classe en classe. il na pas dattaches spécifiques, il passe : ..notre statut denseignant de passage nous est rappelé lors de prise de décisions au sein de lécole, mais ceci est tout à fait compréhensible !. Compréhensible pour N. mais souvent très mal accepté par dautres. Chacun voudrait, et cest bien légitime, être pris au sérieux, être considéré en tant quenseignant, même si on na au programme que du français. Quand B. dit quelle a eu ..des difficultés à trouver sa place, à y définir son rôle, elle exprime bien son effort dintégration et son désir de participation à la vie du groupe.
Après un an, deux ans parfois, les collègues français souhaitent retourner en France pour avoir leur classe, à eux, ils aspirent à un travail plus concret avec des résultats noir sur blanc, ils ont envie de retrouver leurs responsabilités et surtout de ne plus vivre ce semi-anonymat avec les élèves. Ils veulent renouer des relations personnelles avec les enfants, redevenir le maître de la classe.
Côté découverte
Lécole et la vie dans un pays étranger sont de perpétuelles occasions de découvertes. Cest sur le vif que se vit la culture de lautre : Le directeur de notre école demande un jour à lenseignante française daccompagner une classe à la messe du mardi, de huit à neuf. Il ne peut sagir que dune blague ! Une institutrice française à léglise ? Contrariée par la plaisanterie que le directeur sest permise de faire, la collègue française ne vient à lécole quà neuf heures pour se trouver face à la mine contrariée dun directeur qui voit son autorité mise en cause. Le malentendu éclairci, on entend N. sexclamer : Ah mais cétait sérieux quand, à mon arrivée à lécole, vous mavez demandé, après ma date de naissance, quelle était ma religion ? Maintenant je comprends aussi pourquoi il y a une croix dans ma classe ! Je lai mise dans le tiroir du bureau...
Tous les ans, on fête Noël entre collègues avec un Adventskaffee : un après-midi café-gâteaux, jus dorange et mousseux. La table est décorée comme pour un festin, on allume des bougies et chacun arrive tout endimanché. Notre collègue français ne connaissant pas cette coutume arrive habillé comme pour un feu de camp : gros pull, tennis...et se fait remarquer. Lui non plus nest pas à laise : Même quand on croit savoir, il faut demander comment il faut faire, ici !
Une collègue nous invite à prendre un café en ville : Allez, les deux françaises on va prendre un café chez litalien. Après un moment bien amusant passé ensemble, une cérémonie plutôt lourde autour du tutoiement (Ici, on ne se tutoie pas si simplement, il faut boire quelque chose ensemble en entrelaçant son bras dans celui de celle que lon veut tutoyer), le garçon arrive avec laddition : Geht es zusammen ? Question à laquelle notre collègue répond par un Nein véhément et paie son café avant que nous nayons pu réagir, N. et moi. Je refoulais un terrible fou rire en regardant le visage déconcerté de celle qui sétait sentie invitée et acceptée dans le cercle des collègues.
En revanche, il nest pas facile de faire face aux attentes quon a envers nous en tant que français. Les Allemands ont une grande admiration pour les français : ils sont bons vivants, ils font bien la cuisine, ils savent shabiller, ils ont un goût certain...Ces préjugés ont tendance à nous poser des problèmes. C. a longtemps hésité avant dinviter quelquun chez elle, craignant décevoir dans ses goûts et dans sa cuisine. P. nosait plus entrer dans la salle des maîtres parce quon lui avait dit Vous êtes française ? On simagine une française autrement... ! N. se maquillait outrageusement pour montrer quelle prenait bien soin delle.
Côté rétrospectif
Pour témoigner le plus fidèlement possible sur ces expériences à lécole de « Neukarthause », à Coblence, jai interrogé 21 de mes collègues français. 8 lettres mont été retournées avec la mention : nhabite pas à ladresse indiquée, 8 questionnaires ont été remplis. Les 5 autres nont-ils été retournés par manque de temps, dintérêt, ... ?
Jaimerais donner une idée des réponses qui mont été faites, sous forme de schéma, avec certains mots clés repris de ci de là. Cest le reflet de leur travail, de leurs attentes, de leurs angoisses, cest leur recherche personnelle et ce quil en reste.
| hasard |
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rassurant |
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solide |
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structure |
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chance |
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incroyable |
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idéal |
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équitable |
| participer |
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échange |
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logement |
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partager |
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jeux |
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concertation |
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expérience |
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souplesse |
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matériel spécifique |
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une année à Coblence
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tradition |
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favorable |
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pratique pédagogique |
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petits groupes délèves |
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| école moderne |
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isolement |
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expatrié |
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efforts |
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reconnu |
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passage |
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beaucoup de temps
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préparation |
| accueillant |
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motivé |
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classe de français |
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À ma question : Auriez-vous envie de revenir ou conseilleriez-vous à un collègue de venir à Coblence, Neukarthause ?, jai recueilli des réponses rassurantes mais sincères telles que celle dA. : Ce serait mon voeu le plus cher, ou celle de J. : Cétait un moment très important....cela marque pour une vie, ou celle plus prudente de Ph. : Je pourrais recommander cette école, du moins telle que je lai connue il y a vingt ans. Dautres font bien la part des choses, séparent les rapports personnels avec ceux liés à lécole : L. a le sentiment denrichir sa propre pratique pédagogique et Ph. va dans le même sens quand il écrit : Jhésite à répondre...À tout collègue actif, passionné par son métier : certainement. À un collègue qui serait davantage tourné vers sa vie personnelle : non. Je pense que N. lie contacts personnels et contacts scolaires dans son affirmation : Bien sûr que je conseillerai à un collègue daller à Koblenz (dailleurs, jaimerais y retourner moi-même !). Daprès les réponses faites dans le questionnaire, une grande partie des collègues ayant participé à léchange sont retenus en France pour des raisons dordre privé, dautre nenseignent plus dans le primaire. J. a par exemple poursuivi ses études dès son retour dAllemagne et est maintenant prof. dallemand dans un collège. P. a un poste dans le secteur privé.
Cette ouverture desprit, cet enrichissement mutuel dont profite celui ou celle qui arrive dans une école étrangère, dont profitent aussi tous les collègues, quand ils veulent bien se prendre au jeu, cest ce qui fait le dynamisme et la vie dune école, cest ce qui permet de ne pas tomber dans la routine du quotidien.
Côté futur
Lévolution va dans une autre direction aujourdhui : les enseignants allemands prennent la succession et commencent à faire eux-mêmes linitiation aux langues étrangères dans leur classe. Le collègue français serait toujours le bienvenu mais il prendrait carrément la place dun instituteur allemand, cest-à-dire que ses heures de cours sont maintenant comptabilisées comme sil enseignait une matière principale. La langue française continue dêtre apprise, la culture y est transmise, mais lécole se referme sur elle-même ! Telle est mon impression personnelle.
Face à cette décision du ministère communiquée à lécole par le directeur lors dune conférence , je me suis révoltée demblée mais je suis restée perplexe devant lapparente indifférence collective des collègues allemands. Ne pouvant croire quun tel changement les laisse impassibles, jai insisté : Est-ce que vous vous rendez compte que le collègue français va manquer ? Nous avons des échanges dinstituteurs depuis plus de 25 ans ! Qui va assumer toutes les heures de français dans les classes ? Il faut faire quelque chose, écrire au ministère, demander aux parents dintervenir ! Silence. Haussements dépaules impuissants. On passe au point suivant....
Quand on ne se fait pas entendre dans la collectivité, on essaie de prendre chacun à parti, dans un entretien individuel. Jai parlé à U., à E., à V, à Madame M., à Monsieur T.,.....et jai eu des réponses. Je les ai recueillies par écrit et cest ainsi que jai constaté que ce que javais pris pour de lindifférence nen était pas. Encore une occasion de réfléchir aux différences comportementales !
Dans tous les questionnaires, sans exception, les collègues expriment un regret, le sentiment dune perte, que ce soit dans le domaine pédagogique ou sur le plan humain : Es war ein handgreiflicher Kontakt mit Frankreich, ...eine Bereicherung für das Kollegium und für den Austauschlehrer selbst.
Certains reconnaissent que le collègue français nétait pas considéré comme un collègue à part entière : ..zu wenig Befugnisse. Cest au manque de pouvoir que nous devons, par exemple le fait de ne pas donner de notes ou de ne pas être maître principal dune classe, que nous ne sommes pas reconnus comme instituteur en tant que tel. Un collègue ajoute : Als Franzose ist er (der Austauschlehrer) etwas Besonderes. Cest une façon de voir !
La situation à venir nest pas claire pour tous. À ma question : Welche Auswirkung wird es an unserer Schule haben ?, je lis : Es wird sich zeigen. Heureusement, dautres sont plus clairvoyants et savent quils auront un surplus de travail : Der Schüleraustausch wird schwieriger zu organisieren sein. Jespère que les échanges scolaires se poursuivront car ils dépendront de lengagement du maître de la classe et de lintérêt quil portera à une correspondance entre des enfants français et allemands.
Cest avec plaisir que jai lu : Kürzung am falschen Platz. Bedauerliche Rückwirkung. Le résultat des réformes de lenseignement vont à lencontre de la politique actuelle : Vereinigtes Europa, allgemeine Öffnung, leider nicht in der Schule. fait remarquer E. Il est vrai que les langues prennent une place prépondérante dans lemploi du temps de toutes les écoles mais le temps de sensibilisation à une langue étrangère est réduit à 50 minutes par semaine et par classe. Même si linstituteur allemand maîtrise bien la langue, il regrette lui-même la disparition de linterculturalité que représentait le collègue français : Der Unterricht verliert an Echtheit und Aktualität. Die Fremdsprachenarbeit verliert an Wertigkeit.
Lannée scolaire a commencé, une salle reste vide. Personne ne la encore remarqué.
Un collègue allemand, comme moi, recherche cette bouffée dair qui nous venait de France. Der frische Wind fehlt ! constate E.
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