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1.2. LE CONTEXTE DE LA RENCONTRE FRANCO-ALLEMANDE 1.2.1. LA RENCONTRE INTERCULTURELLE Les conditions de départ sont donc bien différentes d'un séjour touristique, ou d'un voyage de classe, ou même d'une situation d'immigration par exemple, où l'immigré n'a d'autre solution que de s'adapter au pays d'accueil. La rencontre, telle que nous l'entendons ici, c'est-à-dire un programme binational en tiers lieu, présente tout d'abord un caractère occasionnel et factice : les participants se retrouvent généralement en vase clos pour un temps limité, en un lieu donné, coupés de leurs problèmes et de leur cadre de vie ordinaire. Dans ces conditions exceptionnelles et artificielles, face à ce que l'on pourrait appeler un "vide social" (cf. DAUSENDSCHÖN-GAY, 1995, p.90) (qui doit s'adapter à qui ?), les participants sont poussés à composer un personnage pour réagir et s'adapter à cette situation déstabilisante. C'est ce choc social qui va provoquer une prise de conscience et un retour sur soi-même. Par ailleurs, le propre de la rencontre est constitué par le phénomène même de communication qui s'instaure entre les participants. En effet, la rencontre donne la priorité à la relation interpersonnelle. Certes, les participants évoluent dans un cadre d'activités plus ou moins flexible, mais celui-ci est plus là comme support à l'échange et à la communication que comme fin en soi, et une marge importante est laissée au contact informel. Le plus intéressant par rapport aux activités est même de donner au groupe la responsabilité de la détermination et de l'organisation du programme officiel du séjour : c'est en effet au travers du processus de prise de décision et de réalisation commune que les participants seront le plus confrontés à la différence. La réalisation de l'objectif commun passant par la négociation, le choc culturel vécu pourra déclencher la remise en question des valeurs propres. (cf. LIPIANSKY, 1987) La situation de rencontre présente cependant un certain nombre de dangers qui peuvent compromettre le bon déroulement de la communication interculturelle. Il en est ainsi par exemple de ce que l'on nomme la "dénégation des différences" (cf. LIPIANSKY, 1987). La sensation d'appartenance est un sentiment auquel aspire tout participant pour se sentir bien au sein d'un groupe. Or celle-ci n'est accessible que par la cohésion du groupe. Certes, un certain climat solidaire est positif vis-à-vis des relations inter-personnelles car il pousse les participants à mettre leur agressivité en sourdine et à adopter une attitude peut-être plus tolérante que dans une situation de la vie normale. Cependant, ce phénomène peut également inciter les participants à refouler toute forme de confrontation ou de conflit pour préserver ce sentiment d'harmonie et d'unité. Ils atténueront au maximum différences et divergences pour aboutir à un communautarisme et à un conformisme certes rassurants, mais inintéressants sur le plan de l'échange inter-personnel. Il est donc important de maintenir une certaine tension dans le groupe pour que chacun puisse revendiquer son individualité en exprimant librement ses opinions et en n'effaçant pas ses particularités. Dans la rencontre interculturelle, ce problème se trouve renforcé par la peur que l'affirmation des différences ne soit interprétée comme une tendance discriminatoire et n'aboutisse à une ségrégation au sein du groupe. La dénégation des différences est donc une manière de se réfugier derrière une conception universaliste de l'humanité (nous sommes tous en premier lieu des individus) pour refouler d'éventuels conflits interculturels. Cependant, comme le dit Lipiansky : "C'est souvent à travers un "travail du négatif" que la communication peut s'approfondir et progresser car le négatif existe même s'il n'est pas manifesté et pèse d'autant sur la rencontre qu'il reste non dit." (cf. LIPIANSKY, 1987, p.73) Il est donc important de laisser s'exprimer les différences, dans la mesure où l'objectif de la rencontre n'est sûrement pas de supprimer les particularités : il s'agit au contraire de faire prendre conscience aux participants des différences qui les animent et il est pour cela très important qu'elles s'expriment au grand jour.
1.2.2. LE FRANCO-ALLEMAND Le passé historique commun entre la France et l'Allemagne va conditionner la représentation que les jeunes se font de l'autre pays. L'Allemagne, même encore aujourd'hui, continue d'être associée par les jeunes Français à Hitler. Quant à la langue allemande, parodiée de manière caricaturale dans les films français d'après-guerre, elle sonne toujours de manière criarde et hachée aux oreilles de nombre de Français. Comme le dit une jeune Allemande revenant d'un stage d'un an subventionné par l'OFAJ et effectué dans le secteur franco-allemand d'une association française : "Il a été dur pour moi de voir quelles images les gens ont (toujours et de nouveau) de l'Allemagne et des Allemands. Les clichés de la choucroute, du travail, de la discipline et de la tendance à vouloir reconquérir le monde sont tenaces." (cf. TARADE, 1993, p.7) D'un autre côté, la force économique de l'Allemagne suscite chez les Français une sincère admiration : elle inspire un respect ambigu, mêlé de crainte (comme on a pu le constater lors de la réunification), mais constitue une réelle référence dans le discours politique et journalistique français. L'image des Français en Allemagne comporte également deux facettes. Bons vivants d'un côté, détenteurs d'un savoir vivre que les Allemands leur envient, ils sont aussi vus avec les défauts de leurs qualités : superficiels, désorganisés, individualistes et nationalistes. C'est avec toutes ces images et ces représentations positives et négatives que les jeunes arrivent à la rencontre interculturelle et vont tenter d'entrer en contact avec les participants de l'autre nationalité. |
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