Arbeitstexte de travail

L'animation de rencontres franco-allemandes
Nouvelles perspectives

Rédaction du rapport de synthèse : Jeanne Kraus (U.F.C.V.)

 

Sommaire

I. Le miroir des pratiques ou les convergences

Les convergences

Tout d'abord, il apparaît au travers de nombreuses situations de rencontres que l'animation est en France, comme en RFA, une fonction de type clérical, séparée de la vie affective, familiale et sociale des animateurs. Ce cléricalisme n'est pas propre, nous semble-t-il, aux associations confessionnelles. C'est en fait le passage du statut de clerc, de prêtre à l'instituteur puis au travailleur social qui se poursuit aujourd'hui dans l'ensemble de la société (cf. Les socio-clercs, ouvrage collectif, Paris, Maspéro, 1976). Leur "militance" dans les associations leur tient lieu d'engagement politique, c'est-à-dire que leur pratique n'est jamais interrogée par rapport à sa signification politique, ni sur le plan national, ni sur le plan international. Cette "militance" est d'ordre social et culturel.

Bien entendu, cette militance a une signification politique. On peut cependant dire que la plupart des discours de l'animation sont a-politiques au sens où les conceptions et les pratiques se réfèrent à des objectifs sociaux et culturels, comme s'il était possible de les atteindre dans n'importe quelle organisation politique de la cité. Réclamer, par exemple, que l'épanouissement de l'homme et de la femme soit rendu davantage possible est un langage a-politique, puisque rien n'est dit sur ce qui entrave cet épanouissement et ce contre quoi on milite sur le plan politique, ici et maintenant, et quelles solidarités on développe avec quels mouvements sociaux.

Dans les séjours résidentiels, on est souvent coupé du monde. L'animation privilégie ce qui se passe dans la rencontre. De plus, souvent les jeunes ne sont pas vraiment associés pleinement à l'organisation du programme. Ils sont objets d'une animation et pas suffisamment sujets de leurs propres intérêts. Dans ce cas, on peut dire que l'animation tend à devenir une fin en soi et qu'elle ne facilite pas l'appropriation par les jeunes de leur propre vie.

Elle sépare de la vie courante, de l'environnement du stage. Elle stagifie l'existence des participants, ce qui renforce sa domination psycho-socio-logisante. Elle est de nature intégrative, même lorsqu'elle prétend travailler les "différences" parce qu'elle obère complètement la dimension politique au profit des ressentis. Finalement, elle paralyse davantage qu'elle ne prend en compte toute différenciation au terme de laquelle une reconnaissance mutuelle serait possible et, partant, une prise en charge par le groupe de ses objectifs. Actuellement dans les stages de recherche, l'animation est capable d'assumer sans trop d'angoisses la séparation, les clivages, les ruptures, mais elle n'est pas encore en mesure de passer à la phase des confrontations mutuelles et à la reconnaissance réciproque des différentes tendances existantes dans un groupe 7 .

Les structures actuelles du travail de jeunesse privilégient, encore souvent, des stages résidentiels, de préférence à la campagne, dans des lieux inaccessibles et éloignés de tout. Cet enfermement, où la survie de l'individu dépend uniquement du groupe, pose problème. De même l'insertion dans la vie sociale du lieu d'accueil, si elle est parfois souhaitée, n'est pratiquement jamais réalisée. Elle en reste souvent à des contacts superficiels, à des rapports touristiques.

L'animation privilégie l'activité qui occupe, plutôt que celle qui permet d'exister. Pourquoi les stagiaires, animateurs eux-mêmes, viennent-ils en stage de formation avec un tel besoin de réparation par rapport aux difficultés qu'ils rencontrent dans leur vie sociale ?

Vue de cette manière, l'animation représente un activisme sur tous les plans (sportif, culturel, touristique, technique). Faire ensemble n'est pas encore exister ensemble.

Qu'est-ce qu'un participant ? Le modèle latent de l'animation est la participation "sérieuse", intensive, adhésive de tous les instants.

L'animateur estime de son devoir (ou bien il lui est imposé) de se désimpliquer sur d'autres plans, notamment sur le plan affectif, émotionnel. Il fonctionnalise de cette manière son rôle. Cette façon de voir renforce l'homogénéisation des groupes par classe d'âge, et souvent encore par la séparation des sexes. Il en résulte, dans les programmes officiellement reconnus, un système pédagogique d'exclusion de tous ceux qui, à un titre ou à un autre, "dérangent". Ces exclus ne correspondent pas au compartimentage institutionnel qui lui-même se fonderait sur les enseignements concernant l'importance des groupes de "pairs". Si ces groupes de "pairs" sont nécessaires au développement des jeunes, l'animation ne peut se réduire à ce type de relations sociales. De telles solutions organisationnelles limitent, de plus, l'animation à une fonction. Pour être à tous l'animateur n'est à personne en particulier. Le célibat représente le modèle de la vie publique de l'animateur, l'émergence d'une affectivité de groupe durant la rencontre ne fait que masquer qu'à la fin les individus se retrouvent face à eux-mêmes.

On en arrive à un type de collectivité qu'on pourrait qualifier d'asociale. On retrouve partiellement dans les programmes extra-scolaires la misère affective qui caractérise la vie scolaire.

Il ne s’agit pas ici de prôner une indistinction entre la sphère privée et la sphère publique de la vie des animateurs ou des enseignants mais de suggérer que dans la relation pédagogique devrait apparaître la densité personnelle (culturelle et sociale) des animateurs, eux-mêmes personnes complètes investies d’une fonction. Bien sûr cela nécessite une négociation selon les groupes (plus ou moins explicite) sur le périmètre du "vivre-ensemble" au delà duquel la question ne saurait être posée.

Que signifie mettre ensemble des Allemands, des Français et un encadrement dans un lieu X avec l'arrière-pensée que cela forme un groupe ?

Cela relève d'une conception générale admise et véhiculée par les différentes institutions et qui se fonde sur une fausse interprétation du lexique (une de plus, cf. infra). Il va de soi que cela véhicule aussi une idéologie qui n'a rien de binational d'ailleurs. Il ne suffit pas de mettre ensemble dans un même endroit vingt individus pour qu'ils forment un groupe. On peut le décréter, mais cela est factice. En fait, il n'y a de groupe que lorsqu'il y a un groupe préconstitué. Un groupe a obligatoirement un passé, un présent et éventuellement un avenir commun. Tout autre rassemblement arbitraire dans un lieu X ne peut s'appeler qu'un groupement. Un tel groupement ne peut jamais être défini de façon précise car il se compose d'unités essentiellement disparates, non seulement du point de vue individuel, ce qui est normal, mais aussi du point de vue relationnel par rapport aux autres et au vécu. Il y a des participants qui sont là en isolés et d'autres qui sont venus parce qu'ils connaissent quelqu'un, un participant ou un membre de l'encadrement. Il y a les initiés, ceux qui ont déjà fait plusieurs rencontres et qui sont au courant du rituel et de la liturgie, et les nouveaux qui sont le plus souvent déboussolés. Il y a les indépendants et ceux qui viennent (ou parfois sont envoyés) par les associations, ces derniers ont reçu une formation au sein de leur association, ils reflètent une tendance, une idéologie. Il y en a qui viennent pour le thème, d'autres par besoin ou par ennui ou encore par besoin d'ennui. Arrêtons ici cette liste inépuisable de facteurs qui sont, en outre, des variables partiellement combinatoires et qui soulignent bien le caractère aléatoire et hétéroclite, typique du groupement.

En fait, dans de nombreuses rencontres nationales, binationales ou plurinationales, on se trouve en présence de groupements non seulement au niveau des participants, mais aussi au niveau de l'encadrement. Autrement dit, il y a en présence deux groupements différents, notamment au point de vue du statut qui, ensemble, constituent un groupement plus large.

La raison sociale d'un groupement est l'unité de lieu. Pour s'en convaincre, il suffit de supprimer l'unité de lieu d'un stage pour que le groupement se désagrège. L'unité d'un stage franco-allemand où on a à faire à un groupement est avant tout conditionnée par l'unité spatiale, ce qui est particulièrement révélateur quant à la nature de l'unité. On est bien obligé de constater que ce type d'unité est artificiel, aléatoire, ponctuel, superficiel et sans aucun intérêt à long terme. Le rôle de l'unité de lieu et de son influence sur le déroulement des stages franco-allemands en particulier, et des stages en général, nous semble être une piste de recherche intéressante. Mais quelle institution oserait se lancer dans une telle recherche ? A ce propos, nous pouvons mentionner une expérience faite à Vichy où les stagiaires et l'encadrement étaient dispersés par groupes de trois ou quatre dans différents hôtels et où les repas étaient pris individuellement sur la base de tickets-repas acceptés dans une douzaine de restaurants de la ville. Seules les "unités de travail" se passaient dans deux salles communes. On a pu ainsi suivre, spatialement les choix individuels dans la constitution ou non de petits groupes et de leurs projets.



Les notions de groupe ou le collectif perdu

a) Le groupe supposé
On croit généralement que pour passer du groupement au groupe, il suffit d'une unité d'action ou de réaction. C'est une conception à la fois vraie et utopique. Certes, on ne peut nier que l'unité d'action et surtout de réaction créent une prise de conscience et une solidarité qui initient le processus de groupe. L'histoire du mouvement ouvrier de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle nous a donné des exemples célèbres. Mais elle est utopique dans le cadre de rencontres parce que cette unité d'action ne s'improvise pas. Quand une rencontre démarre sur pourquoi sommes-nous ici ? Qu'est-ce que nous venons chercher ? Jusqu'où pouvons-nous aller ensemble ? Quels sont les problèmes qu'on peut résoudre ensemble et dans quelle forme est-ce possible ? Il y a peu de chance que l'on passe du groupement au groupe car on se heurte à des tas de blocages, de verrous institutionnels ou autres, de clivages français/allemands qui sont très souvent conditionnés par le hic et le nunc mais qui se reproduisent presque invariablement quel que soit ce hic et ce nunc. Dans certains de nos stages de recherche, souvent on ne fait que produire de l'utopie négative :

- de l'utopie parce qu'il est pratiquement impossible de constituer un groupe dans de telles conditions. Il n'est pas possible de définir et de réaliser ensemble en huit jours un objectif commun ni sur le plan du contenu, ni sur le plan de la forme. Il n'est pas possible de rejeter par-dessus bord les rites du quotidien auxquels on se trouve confronté pendant toute l'année, c'est-à-dire d'apprendre à vivre en tant que groupe selon d'autres règles, d'autres dispositifs, d'autres réalités ;

- négative parce que ce genre de stage développe avant tout des sentiments de malaise, d'échec, de la démobilisation, de l'indifférence, du ras-le-bol, de la morosité, de la lassitude, de l'agressivité, des frustrations, du vide et de l'absurde.

Il est clair que dans de telles conditions, il est tout à fait exceptionnel de pouvoir passer du groupement au groupe. La "productionite aiguë" à laquelle on assiste parfois en fin de stage n'arrange rien : elle répond avant tout à un besoin individuel de dépasser une frustration et non à une volonté d'action collective.


b) Le groupe imposé
Pour remédier à cette situation, de nombreux animateurs croient nécessaire d'imposer dès le départ une unité d'action. Les participants s'inscrivent dès lors sur un thème précis où toute action commune aura été programmée du début à la fin. Le simple fait de s'inscrire équivaut dès lors à l'acceptation explicite d'un programme imaginé par l'encadrement. Dans une telle démarche, on ne se préoccupe pas de savoir ce que les participants veulent vivre ensemble, on leur impose d'emblée ce qu'ils vivront ensemble, voire comment ils le vivront. A ce propos, il faut cependant faire une restriction car, s'il est toujours possible de délimiter le cadre du comment, personne ne peut préjuger de la façon individuelle ou collective dont ce comment sera appréhendé.

Cette option vise à court-circuiter ou à nier le groupement en imposant d'emblée le groupe. Mais que signifie dans ce cas "groupe". Le fait que le groupe ne soit pas une création spontanée mais un donné imposé en fait obligatoirement un groupe artificiel. On veut lui donner le plus vite possible un passé commun au niveau de l'unité d'action en croyant que cela provoquera le passage automatique du groupe imposé au groupe tout court. C'est un acte de foi et de pouvoir. Dans ce genre de rencontre, on ne fait que produire de l'utopie positive :

- de l'utopie parce qu'on a le sentiment de former un groupe alors qu'en fait, on est dans l'artificiel, dans le superficiel. On n'aborde pas les problèmes de fonds au niveau du groupe. Le consensus n'est pas négocié. La fixation sur un objectif de travail commun imposé fait de la vie de groupe et des problèmes qu'elle pose un élément subsidiaire qui ne peut affleurer ça et là que par hasard ;

- positive parce qu'à cause du passé commun au niveau de l'unité d'action, on n'a pas le sentiment d'avoir perdu son temps. On a l'impression d'un enrichissement personnel au niveau du thème. On a fait quelque chose, on a appris quelque chose, dans le meilleur des cas, on a réfléchi ensemble. Cela entraîne une certaine satisfaction collective et individuelle, même si on avait pu faire mieux. Il y a même parfois une certaine euphorie. On essaye d'éviter la douleur de la rupture en se promettant fermement qu'on se reverra un jour. On espère prolonger le mirage, l'artificiel.

Dans ce type de rencontre également, il est exceptionnel de pouvoir passer du groupe imposé au groupe réel. L'auto-satisfaction et l'euphorie éventuelle ne sont pas des éléments pertinents d'un point de vue qualitatif au niveau fondamental du groupe.

Ainsi donc, la notion de rencontre "ratée" parce qu'elle a produit de l'utopie négative, ou de rencontre "réussie" parce qu'elle a produit de l'utopie positive, ne veut rien dire ou en tout cas ne dit rien sur la recherche du collectif perdu.


Mais quel est donc ce collectif perdu ou le modèle familial ?

Le fonctionnement de groupe, les prises de décisions devraient être aussi confiantes et simples qu'ils le sont dans le cadre de la famille, mais on a été amené à constater que cela ne marchait pas. La vie familiale est idéalisée : elle ne comporte pas de rapports de dépendance, le dialogue est fluide, ouvert, chaleureux. On constate que le rêve ne correspond pas à la réalité ni dans sa propre vie, ni dans le stage. C'est cela qu'on est venu apprendre.

Tous les conseillers conjugaux connaissent cette demande de fusion des couples. Elle est irréalisable et est à l'origine de bien des difficultés que rencontrent ces couples. Si Monsieur aime le rugby mais que Madame ne veut pas être seule le dimanche après-midi, il acceptera de renoncer à son intérêt. Si Madame joue du violon mais que Monsieur n'aime pas le violon, elle arrêtera d'en jouer. Tous deux pensent ainsi enrichir leur couple. En fait, ils se réduisent mutuellement à leurs goûts, idées, intérêts communs. Ils s'appauvrissent. L'agressivité s'accumule et elle explose à propos de n'importe quoi, d'une chose futile. Cette agressivité s'exprime dans les gestes et les paroles les plus quotidiens d'une façon insidieuse et les rapports se détériorent. Pour que cet appauvrissement ne se produise pas, ni dans un couple ni dans un groupe, la volonté ne suffit pas. Il faut trouver les conditions d'une reconnaissance mutuelle d'autonomie.

La demande de reconnaissance, la demande d'amour est très forte. Dans les stages, comme dans les familles, les dissensions sont vécues mais le plus souvent non exprimées. Les différents modes d'éducation peuvent coexister, à condition d'être soigneusement séparés. On prend ses distances vis-à-vis des "autres" en ne les rencontrant qu'au moment des fêtes.

Toute occasion de dialogue et de confrontation sur ce qui sépare est soigneusement détournée. Les plus modernistes disposent d'un répertoire d'attitudes et de règles de communication, qui sont supposées favoriser le dialogue. En fait, ce qui est alors partagé semble être le répertoire et ses règles, plutôt qu'une véritable communication. Sous des aspects tolérants, harmonieux, il se dégage une grande violence, une agressivité rentrée, maîtrisée, une intolérance aux différences.

Ces différents éléments de socialisation nous semblent être en désaccord avec les exigences de sociétés en permanente mutation et avec celles d’un travail interculturel.

L'incapacité de prendre en compte d'autres dimensions que la relation familiale, dans ses aspects psychologiques et avec son souhait d'harmonie, évince définitivement toute chance de différenciation, de dialogue, de changement.

Nous allons décrire ce qui s'est passé dans les groupes pour certains participants, qui n'acceptaient pas le modèle familial ambiant. Ils étaient français et allemands en charge de familles et célibataires. Ils ont, bien entendu, été vilipendés par les "autres" comme rabat-joie, pagailleurs, chaotiques ... Les étapes repérées ont été les suivantes :

Ceux qui, dans les groupes, refusent de se laisser enfermer dans ce type de relations, dont ils participent largement par ailleurs, ceux qui proposent des alternatives, ne sont pas d'emblée en mesure de les mettre en œuvre immédiatement mais seulement de dire.

Le premier saut qualitatif intervient au moment où, passant du verbal aux actes, une coupure s'impose. Ils tentent d'échapper à ce qu'ils considèrent comme une fraternité douteuse ; douteuse parce qu'elle repose sur une illusion d'harmonie, parce qu'elle ne reconnaît pas la qualité de sujets réels et différents.

On dépasse l'impossibilité de faire plus longtemps semblant de vivre en harmonie, on dépasse le conflit verbal. On accepte la séparation, la dissymétrie, la divergence d'intérêts dans l'ensemble du groupe. On n'accepte pas encore le fait de ne pas se comprendre : tant que les sous-groupes n'ont de cesse de récupérer les "autres", de les comprendre, c'est-à-dire de les prendre, de les intégrer, la principale prise de conscience n'est pas faite.

Les sous-groupes sont alors fermés sur eux-mêmes et restent impérialistes. Le prochain saut qualitatif intervient lorsqu'on accepte de ne pas se comprendre, c'est-à-dire lorsque, paradoxalement, les "autres" apparaissent comme des sujets à part entière, ayant leurs choix, même si on ne les partage pas. C'est à ce moment seulement qu'on peut parler d'une "humanité partagée". La reconnaissance de sujets réels différents constitue à nos yeux la seule forme acceptable d'humanité. C'est pour-tant ce que proposent toutes les finalités éducatives. Quelle est donc cette découverte ? Nous sommes obligés de constater qu'aucune institution éducative, ni la famille, ni l'école, ni l'église, ne nous ont appris à vivre avec les différences à tous les niveaux dans notre pays même.

Poser en principe d'action la tolérance, consiste trop souvent à apprécier que tous les goûts étant dans la nature, à toutes choses égales, etc.

En fait, il s'agit alors d'un relativisme laxiste, voire d'une indifférence, d'une autre forme de non-différence, ou d'un nouveau racisme. La prise en compte des différences suppose donc un processus dynamique de sujet à sujet et non plus de sujet à objet. Cela implique que l'on cherche constamment à dépasser les rapports de domination. Ce n'est pas en les niant, mais en les travaillant, que le processus du dépassement peut s'engager. Notre humanité consiste peut-être justement à rechercher ce dépasse-ment par l'établissement d'accords révisables, aménageables pas à pas. Car on n'assume pas les différences par décret ou injonction morale. Il s'agit d'un travail de longue haleine, sans fin.

De plus, il est fréquent qu'au moment de la reconnaissance des sujets, on découvre aussi que les antagonismes ne sont pas aussi définitifs, tranchés, dogmatiques qu'ils sont apparus dans la phase de contact et que, malgré la complexité des situations, il est possible de trouver des solutions communes pour l'action.

Les solutions préconisées perdent leur caractère inconciliable, l'imagination se développe pour trouver différents types de solutions qui satisferont l'ensemble par leur diversité même, sans exiger de reniement.

Peut-on, à notre époque, élever ses enfants selon un code unique de valeur ? Ne doivent-ils pas s'insérer dans une société pluraliste multilatérale de valeurs ? Elever son enfant dans une confession, une appartenance politique, qui par définition se veulent universelles, semble, pour la plupart des parents, la meilleure réponse à apporter à la vie pluraliste. On peut se poser la question de savoir si ce n'est justement pas cette prétention à l'universalité qui porte en elle son contraire.

Si la majorité des parents refusent d'envisager lucidement la question de savoir comment résoudre le problème d'éducation que pose l'existence d'influences diverses qui traversent leurs enfants, ("bonnes" et "mauvaises", vrai/faux, en terme de protection), si la marche vers l'autonomie progressive de l'enfant n'est envisagée qu'en termes de reproduction des valeurs familiales, ce qui nous semble nécessaire mais non suffisant, si l'école propose à son niveau un système assez semblable, si l'histoire et celle des "autres" y sont décrites en partant de ce que la collectivité nationale dit d'elle-même, avec ses silences et ses emphases, comment, dans ces conditions, rencontrer d'autres peuples ? Comment rencontrer les autres (régions, classes sociales, handicapés ...) ?

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