Aujourd'hui les jeunes ne se reconnaissent plus dans les directives de l'OFAJ. Il ne s'agit aujourd'hui ni de réconciliation ni même de venir apprendre à vivre ensemble car ces objectifs leur semblent aller de soi. Pour eux, même l'Europe n'est plus à faire, elle est faite, qu'ils s'en sentent partie prenante ou non. Même le monde vibre au même moment au Mondial, au passage de l'an 2000. Les enjeux sont dans les questions transversales, la pollution, l'exclusion, le racisme, le Sida, l'humanitaire, la bio-éthique
Il s'agit de créer du sens commun et des solidarités transversales et non plus de mieux se connaître et de développer des capacités de communication interculturelles pour se mettre en capacité de coopérer, de construire ensemble.
Sil y a 20 ans le politique et l'historique étaient absents car ils dérangeaient par les questions qu'ils auraient nécessairement soulevées sur la vision du passé et les projets d'avenir, aujourd'hui ils sont considérés comme superflus puisque les jeux sont faits.
La circulation des personnes, des biens, des services, des informations qu'on nomme mondialisation a fait fondre les distances et accroître les vitesses de transmissions. Cela pourrait faire croire à la victoire de l'homogénéisation des cultures. Dans ce cas seules les questions "trans" (celle qui sont communes) sont intéressantes et non plus les questions "inter" (celles qui nécessitent des ajustements réciproques).
Mais au fond en posant les questions "trans" comme la conférence mondiale de Rio sur l'environnement l'a montré, on achoppe bien sur les questions "inter" et sur le réseau de causalité des "dysfonctionnements". Seulement on les prend trop souvent pour des résistances épisodiques des cultures. A l'autre extrême, il existe un pôle de contestation mettant en cause la conquête insidieuse des modèles culturels et économiques nord-américains sur le reste du monde que l'on retrouve chez les Verts, dans les ONG, le mensuel Le Monde Diplomatique, les partisans de la taxe Tobin et des réfractaires de l'OMC. Le "franco-allemand" vu de cette échelle semble également dépassé.
Les deux pôles opposés légitiment chacun à sa façon le niveau européen comme le premier où Français et Allemands devraient réfléchir et se concerter. Les échanges bilatéraux relèveraient désormais du loisir ou du premier étage des relations internationales devant être rapidement dépassés car inadéquats pour traiter des questions d'aujourd'hui.
L'OFAJ vient de se doter pour la première fois d'un rapport d'orientation pluriannuel (2000-2002). Le rapport, intitulé "Un nouveau dialogue franco-allemand", convient implicitement de ces difficultés. Dans la conclusion on trouve résumés les objectifs suivants :
"
- favoriser l'engagement personnel et le sens des res-ponsabilités en partant de l'actualité qui nourrit les discussions politiques et sociales de nos deux pays,
- donner des impulsions nouvelles à une amélioration de la compétence internationale dans les systèmes éducatifs et de formation.
Tout cela ne pourra pas se faire sans un effort de renouvellement, dont font aussi partie l'histoire et la mémoire, qui plus que jamais donnent un sens à des relations franco-allemandes redynamisées. Sans une connaissance des spécificités et des origines des traditions nationales, mais aussi sans une prise en compte des transferts culturels qui se sont opérés entre la France et l'Allemagne au cours de l'histoire, il n'y aura pas de fondations solides pour la construction de la maison européenne."
Le rapport d'orientation donne raison à nos analyses. Ce qui était impossible hier deviendrait possible aujourd'hui : partir des intérêts des jeunes pour les questions d'actualité, favoriser l'auto-organisation et la prise en compte du temps historique comme le montrent les résultats des recherches de lOFAJ depuis la fin des années 70. Cela suppose bien sûr de visiter à nouveau les actions de formation des animateurs et de recentrer l'animation sur son pôle d'éducation non formelle propre aux situations et problématiques interculturelles des jeunes d'aujourd'hui.