LA FORMATION DES IMPRESSIONS D'UNE AUTRE CULTURE dans un contexte de RENCONTRES FRANCO-ALLEMANDES D'ECHANGES SCOLAIRES |
|
|
Le système scolaire Le désappointement des jeunes Allemands devant le modèle pédagogique français est manifeste et sans concessions : Ils trouvent l'enseignement trop dur, les enseignants trop autori taires avec leurs permanents gestes d'autorité, rappels à l'ordre et leurs menaces sourdes et diffuses : "Schulen in Frankreich sind viel strenger als in Deutschland. Im Unterricht sagen die Schüler kaum etwas, und sie haben sehr viel Respekt vor den Lehrern besonders der Schulleitung gegenüber." (Les écoles en France sont bien plus sévères qu'en Allemagne. Pendant les cours, les élèves ouvrent à peine la bouche et respec tent beaucoup leurs enseignants et en particulier la direction de l'école). "Außerdem ist der Unterricht anders, da sobald der Lehrer die Klasse betritt, absolute Ruhe herrscht und nicht wie bei uns, daß die Schüler noch weiterreden, etc." (Contrairement à ce qui se passe chez nous, dès que le professeur entre en classe, c'est le silence absolu. Les élèves ne continuent pas à parler comme chez nous). Et ils exècrent véritablement ces trop longues journées passées à l'école : "Wir haben mittags frei und können dann auch noch etwas tun, was uns interessiert. Hier, die haben bis um fünf Uhr Schule und dann immer noch Hausaufgaben auf. Das ist ja schrecklich. Da kannst du überhaupt nichts mehr machen. So etwas wie Freizeit gibt es hier gar nicht. Auch die Stunden sind blöd aufgeteilt. Dann haben sie mal die erste Stunde frei und dann die zweite und können aber nicht weg. So sind sie den ganzen Tag mit Schule beschäftigt." (Chez nous, l'après-midi est libre et nous avons alors le temps de faire des choses qui nous intéressent. Ici, l'école dure jusqu'à cinq heures, et ensuite il y a les devoirs. C'est horrible. On a le temps de ne rien faire. Les loisirs, cela n'existe pas. La répartition des cours est également stupide. Tantôt ils n'ont rien en première heure, tantôt en deuxième, mais ils ne peuvent pas partir. Aussi, sont-ils tout le temps pris par l'école). Quelques élèves s'étonnent de la plus grande netteté des salles de classe en France, mais il n'est pas sûr que cet élément, s'il est perçu, le soit positivement : "Hier, wenn du den Gang hochläufst, kein Fenster, kein Bild, nichts. Bei uns gibt es wenigstens Fenster. Das macht hier so einen düsteren Eindruck. Dann geht man doch nicht gern in die Schule." (Ici, le long du corridor, pas une seule fenêtre, pas de tableau. Chez nous, au moins, on a des fenêtres. Ici, c'est sombre. On ne peut pas aimer aller à l'école). Dans un seul compte rendu, un élève commente l'existence d'une salle de documentation dans les écoles françaises. Comme suit Plusieurs comptes rendus contiennent des commentaires sur le comportement des élèves français : "Dort geht doch der Schüler nicht zum Dialog hin, da macht er den Mund doch nur auf, wenn er gefragt wird, na, und diskutieren mit dem Lehrer, kontrovers gar, darauf läßt sich keiner ein. Sie haben in der Schule nicht den Dialog gelernt, und hier sind sie genauso passiv wie dort !" (Les élèves ne vont pas à l'école pour dialoguer, ils n'ouvrent la bouche que lorsqu'on leur demande de l'ouvrir, et ils n'osent pas discuter avec les profs, surtout pas pour les contredire. Comme ils n'ont pas appris le dialogue à l'école, ils sont ici [dans un autre contexte] tout aussi passifs que là). En général, l'enseignement des professeurs français est jugé ennuyeux et peu stimulant, non seulement par les élèves. Une enseignante allemande s'en est pris ouvertement à l'enseignement pratiqué dans un collège français (incident rapporté en français) : Les réactions des élèves français face au système scolaire alle mand sont quelque peu ambiguës. On peut y relever quelque étonnement à propos du chahut dans les classes allemandes : "Chacun parle comme il veut, met des balladeurs, etc." Mais ils sont aussi quelque peu séduits (propos rapportés tant en français qu'en allemand) : "Quelques élèves faisaient remarquer que les élèves allemands chahutent beaucoup dans les cours, d'autres trouvaient en revanche que les élèves allemands y sont très actifs et interagissent plus souvent avec les profes seurs qu'eux." Ainsi que le fait remarquer l'un des chercheurs : La séduction du modèle allemand (du moins en ce qui concerne son système scolaire) opère également auprès de quelques ensei gnants français. C'est ainsi qu'on lit dans un compte rendu : "Les professeurs français sont d'ailleurs très critiques envers l'enseignement en France. Selon elles, il y aurait non seulement trop de cours en France, mais elles pen sent également que la pédagogie pratiquée en Allemagne est meilleure qu'en France. En France, le professeur dicterait son cours tout en recommandant aux élèves un manuel contenant le même cours, avec une structure légèrement différente. L'élève ne regarderait pas ce manuel car, pour faire plaisir à son professeur, il se tiendrait au cours dicté. Alors qu'en Allemagne, les élèves n'auraient pas de ces épais cahiers contenant le cours du professeur. Les élèves liraient les chapitres indiqués, et pendant le cours, le professeur discuterait avec les élèves vérifiant ainsi la compréhension de ce qu'ils ont lu." "Ce qui semblait quand même les étonner, en dépit de leurs fréquents séjours en Allemagne, c'était le peu d'heures que les élèves passent à l'école, le peu de devoirs qu'on leur demande de faire, "et pourtant ils réussissent le bac". Seuls quelques parents français (seulement deux rapports en font état) ne partagent pas cet enthousiasme, les mères en particulier, ont quelques réserves : Elles appréhendent ce qu'elles considè rent comme le laisser-aller de la famille allemande, où l'on mange n'importe comment, et de l'école allemande, où il n'y a pas de discipline. Ce sont elles, aussi, qui trouvent que les jeunes Allemands sont peu diserts, à table, et un peu tristes : "Je ne l'ai jamais vue sourire." "Dès qu'on rentre de quelque part, elle téléphone à sa mère ou la mère lui téléphone." |