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La dimension européenne dans léducation
et la construction dune identité européeenne.
Une critique.
Le traité dAmsterdam représente, à lheure actuelle, le dernier texte fondateur sur la base duquel quinze pays européens souhaitent faire avancer le processus dunification de lEurope. Mais ce document même sil nest pas encore ratifié, est déjà dépassé (Wernicke 1998 :9). Ce traité devait garantir plus de démocratie, plus defficacité et plus de transparence. Certaines questions décisives concernant par exemple la future forme juridique de lUnion Européenne sont toujours évacuées par les hommes politiques : elles sont discutées de manière controversée par les juristes de lEtat (Bieber 1998 :11ff).
Indépendamment de la forme juridique que prendra la constitution européenne dans un proche avenir : lidentification des hommes et des femmes avec elle pré-suppose des contenus. Seule une telle identification des Européens serait créatrice didentités nouvelles et pourrait conduire à la vision dune Europe unie porteuse davenir, que ce soit sur la base dune ou de plusieurs identités.
Les aspirations à lunification européenne sont anciennes. Elles remontent à lempire de Charlemagne ; mais malgré lhéritage commun culturel et juridique des peuples européens, au cours de lhistoire, les prétentions hégémoniques des différents pays ont souvent menacé cette unité desprit. Et même des penseurs européens, tels que Dante Alighieri, William Penn, Novalis ou Victor Hugo nont pas réussi à changer cette donnée. Malgré les incantations passées à lunité européenne, lEurope contemporaine reste largement marquée par lethnocentrisme des cultures et des caractères nationaux.
Avec les traités de Maastricht et dAmsterdam, lAgenda 2000, une série dautres accords sur la coopération sociale, économique, politique et culturelle et, en dernier lieu, en matière déducation et de formation, le Conseil de lEurope, le Conseil des Ministres, la Commission et le Parlement européens ont entrepris des démarches sur la voie de la construction dune identité européenne. Dans un premier temps, il sagit dune identité qui admet la pluralité des peuples et des cultures européennes dans lunité. Pour aboutir à cette identité, les peuples européens sont appelés à situer dans des contextes nouveaux, à la fois, ce qui les sépare et ce qui les unit : ceci nécessite un processus interculturel.
Les difficultés de ce processus viennent du fait que pour les peuples européens il ny a guère de raisons existentielles de rechercher une identification commune ; tout au moins pour ceux qui, dune part, vivent depuis longtemps avec des constitutions démocratiques (Vaclav Havel) et qui dautre part, au sein des sociétés bourgeoises que ces constitutions impliquent, ont eu accès au progrès et à la richesse. LEurope ne se construit pas comme les Etats Unis dAmérique avec des immigrants qui, ne pouvant plus réaliser leurs désirs de vie dans lancien monde, devaient développer ailleurs de nouvelles perspectives. Il nexiste pas non plus de danger dune menace de lEurope par des puisssances extérieures ; une pression qui dans le passé à souvent renforcé lunité intérieure.
La vision dune Europe unie ne comporte pas de tels facteurs ou dautres favorisant la recherche d'une construction identitaire. Et, au moins pour les Européens de lOuest, il nest même pas facile de décider clairement quels seraient les avantages à tirer dune identité européenne par rapport à lidentité nationale de chacun. LEurope daujourdhui sest construite comme une union de groupes dintérêts politiques et économiques. Cest ainsi quelle est ancrée dans la conscience collective ce qui rend si difficile une identification avec lhistoire culturelle commune comme base dune identité européenne.
Lexpérience du passé récent intervient aussi : la notion de lEurope a ... un triple sens a dit Vaclav Havel dans son discours à loccasion de la remise du prix de la ville dAix-la-Chapelle. Le deuxième sens englobe lensemble des pays épargnés par le communisme et dont la plupart sont maintenant des membres de lUnion Européenne (Vaclav Havel 1996 :17).
Lintégration des anciens pays communistes na pas rendu plus facile le processus dunification. Cest une intégration de systèmes sociaux opposés impliquant une intégration de citoyens avec des projets de vie et des expériences différents. Lévolution de léducation dans cette Europe doit prendre en considération de tels antagonismes ; ce qui nécessite aussi des processus interculturels.
La mise en place du rideau de fer (Winston Churchill 1945) au sein de lEurope et la guerre froide ont impliqué des images hostiles. Aux biens communs historiques (Vaclav Havel) des Européens des blocs de lOuest et de lEst se sont superposées des images dhostilité militaro-politiques et idéologiques ainsi que des systèmes économiques opposés. En plus de la pensée en termes de blocs, ces images ont produit des césures profondes dans les structures des manières dêtre et de la conscience des hommes et des femmes.
Les traits dunion ont été systématiquement ignorés, recouverts et détruits partiellement en privilégiant limportance accordée aux divisions idéologisées. La demande dune constitution commune européenne formulée déjà en 1946 par Winston Churchill à Zurich a exclu pendant 40 ans les pays de la zone dinfluence communiste (Vaclav Havel). Ces pays ont été exclus ainsi de lévolution de léconomie de marché, de la modernisation économique et par la suite du bien-être individuel : ce que les Etats de lancien bloc de lEst souhaitent rattraper aujourdhui. Cest notamment leur intérêt véritable dans lunification européenne (Tymer 1996 :84). Les conditions de départ différentes des Etats et les différences dans les attentes des citoyens représentent des disparités dans la construction dune identité commune.
Déjà lintégration de la Pologne, de la Hongrie et de la République Tchèque dans lUnion Européenne est pour lOuest aussi bien que pour lEst plutôt une question économique et sécuritaire que culturelle. Reste à voir lefficacité des instruments développés pour cette intégration tels que le traité dAmsterdam ou lAgenda 2000. Mais il se dessine déjà que la répartition des coûts inhérents à cette intégration est considérée différemment par les pays membres de la Communauté. Il est peu probable que les citoyens de lUnion accueilleront favorablement les péréquations financières, quelles qu'elles soient.
Malgré tous les efforts déployés autour dune identité européenne, Français ou Polonais, Allemands ou Hongrois, Italiens ou Tchèques en sont tous très éloignés. Sur un plan rationnel beaucoup y sont peut-être favorables mais ils sont peu nombreux à mesurer le processus affectif nécessaire à lancrage de cette identité dans la conscience collective. Dans le cadre de nos sociétés européennes fortement différenciées, on a de plus en plus limpression que les Européens sont, chacun, plutôt prêts à se construire une identité de sexe, de race ou de classe au lieu de développer une identité européenne au détriment de son identité nationale et culturelle (Hylland Eriksen 1993 : 50FF).
Cest lintroduction de lEuro qui a justement mis en lumière de telles attitudes (voir Boyer 1996 :60). Ce sont les craintes de perdre des stabilités économiques et monétaires qui ont provoqué des protestations et des résistances avec des recours de plus en plus fréquents à des caractéristiques nationales identitaires et stabilisantes : par exemple en préférant la stabilité du FF ou du DM à lEuro qui, lui, doit se ré-équilibrer en fonction des instabilités de la Lire ou des pertes de la Peseta.
Ainsi le processus dunification européenne avance sans que lintégration des citoyens soit réalisée. Encore aujourdhui les hommes et les femmes vivent de manière différente lidée dune Europe unie, alors que depuis longtemps, il y a des citoyens du monde : les directeurs des relations publiques de United Colors of Beneton et de Peter Stuyvesant. Couronnés de succès dans lécou-lement de leurs produits, mais échouant sur le plan de la tolérance et de louverture, ils préconisent une multi-culture (Multi-Kultur). Ceux qui, parmi les Européens, sont liés professionnellement très étroitement aux institutions bruxelloises ou strasbourgeoises prônent les avantages de lUnion Européenne pour chacun. Il est difficile de comprendre à Bruxelles et à Strasbourg qu'il y a des problèmes individuels dans lenvironnement local, en raison des déficits structurels et régionaux.
Les craintes, liées à la concurrence sur le marché du travail et à lavenir incertain, se situent du côté des perdants dans la construction de la maison Europe. Cest toujours le groupe le plus nombreux. Pour ces individus, entre létrangeté et la familiarité, les frontières se sont diluées, plus difficiles à identifier de manière précise. Ils semblent se sentir menacés aussi bien par les réfugiés de guerre et les pauvres du Sud que par ceux de lEst. Et ils l'expriment activement.
Par conséquent, louverture des frontières à lintérieur saccompa-gne dune fermeture à lextérieur. En labsence dune réglemen-tation européenne en matière dimmigration, les intérêts nationaux priment. Malgré toute leur européanisation, la France ou lAlle-magne, lEspagne ou lItalie continuent à avancer des arguments nationaux lorsquelles veulent refuser aux Non-Européens lentrée sur leur territoire. Sur cet arrière-fond, lintégration et lexclusion représentent les deux faces dune même transformation sociale et culturelle.
Les débats sur le rôle de lEtat-Nation ont repris, à notre époque, où depuis longtemps des signes indiquent sa dissolution. Ils se sont ravivés, ne serait-ce quà partir des ambitions nationalistes des hommes et des femmes, à lEst comme à lOuest de lEurope, et ce, malgré le fait que lEtat-Nation a perdu sa fonction historique.
La violence dextrême-droite est aussi réelle en Pologne et en France qu'en Allemagne ou en Espagne. Lintégrisme religieux devient de plus en plus problématique. Il ne caractérise pas seulement les différentes tendances islamistes ; il saccroît aussi dans le christianisme et le judaïsme. Lextrémisme, quelle que soit sa forme, semble caractériser les crises de modernisation. Malgré tout il est rarement considéré comme inhérent aux enchevêtrements des sociétés liés à la construction dune Europe Unie.
Même si les institutions nationales et bruxelloises chargées de lintégration européenne ont la conviction de pouvoir construire les superstructures politiques par décret, si elles ne saniment pas à la base des peuples, elles resteront abstraites, théoriques ou, dans le meilleur des cas, peut-être ignorées seulement. La construction dune identité européenne nécessite une recomposition des relations humaines. Elle nécessite la volonté et la capacité de sortir les jugements et les préjugés de leur ancrage déterminé par lhistoire. Elle nécessite dêtre soumise à la réflexion et à lexploration de nouvelles voies. Et enfin, elle nécessite des moyens et leur mise en uvre.
Ces moyens sont à concevoir de façon à pouvoir tenir compte des modes de penser et dagir individuels des Européens y compris de ceux qui ont immigré en Europe au cours des années de prospérité économique au niveau des problématiques soulevées par les évolutions sociales, ethniques, économiques et nationales. Reste la question de savoir si les programmes supranationaux de lUE sont capables dy répondre. Dans son analyse des décisions de la commission concernant la dimension européenne dans léducation et la formation, Hansen souligne la non prise en compte des immigrés et des réfugiés dans le processus de construction dune identité européenne.
Après la Deuxième Guerre mondiale, les intérêts des pays européens pour une coopération intensive sur la base de contrats supranationaux furent marqués, tout dabord, par la reconstruction. Les textes fondateurs des toutes premières institutions telles que lunion de lOuest (1948) regroupant la France, la Grande Bretagne et les pays du Benélux, lOEEC (1948) et lOTAN (1949) comportaient certes des passages concernant la coopération culturelle, mais ils étaient dominés essentiellement par des considérations sur la coopération politique, économique et sécuritaire. Lévolution de léconomie a imprégné les ensembles créés à partir des années 50 tels que la Communauté Européenne du charbon et de lacier (CECA 1952), le traité de Rome entre la République fédérale dAllemagne, la France, lItalie et les pays du Benélux créant la Communauté économique européenne (CEE) et la Communauté européenne de lénergie atomique (lEuratome 1958). Les accords dassociation conclus avec dautres pays dans les années 60 et 70 étaient guidés essentiellement par des intérêts économiques et politiques et des intérêts de défense (Weidenfeld/Wessels 1992).
Dans cette mesure il est difficile de fixer le moment à partir duquel sest fait jour le thème dune éducation visant le développement identitaire dans le processus de lEurope en construction. Parmi ces ensembles créés dans les années 50, le Conseil de lEurope fut lexception. Fondé en 1949, déjà le traité de Paris (1954) a inscrit la coopération des 10 pays associés dans le domaine de léducation et de la culture (Council of Europe 1991/38). Dès le départ, les missions du Conseil visaient les objectifs de protéger et de renforcer la démocratie pluraliste et les Droits de lHomme, de rechercher des solutions aux problèmes des sociétés, de promouvoir lémergence dune identité culturelle européenne véritable. Ces missions sont encore aujourdhui les mêmes.
La Commission Européenne aussi date le développement de la dimension européenne dans léducation à lannée 1959 (Comission of the European Communities 1988 : 6). A la différence des programmes de développement de léducation du Conseil de lEurope, la mise en uvre de cette dimension ne sest faite que successivement dans le contexte du développement économique. Ceci est principalement dû au fait que léducation et la formation représentaient et représentent toujours des facteurs essentiels dans la reproduction des états-nationaux (Bois-Reymond 1992 : 16). Cela concerne aussi lévolution économique des états membres. Dans cette mesure, léducation et la formation sont traitées de manière très sensible par la Communauté (Hansen 1998 : 8ff).
Les ministres de léducation des états membres de la Communauté se sont réunis pour un premier sommet commun en 1971. Depuis léducation et la formation sont considérées comme une tâche commune. A partir de 1975 environ, la dimension européenne dans léducation a été mise en uvre au cours des années par quelques états membres par des programmes destinés à renforcer lenseignement des langues et par la création et lélar-gissement des écoles européennes (Commission of the European Communities and the Council of Europe 1990) en vue de linté-gration de lhistoire européenne et contemporaine dans des pro-grammes scolaires et en vue dune coopération dans le domaine de lenseignement du secondaire. (voir Saerbeck 1991 : 31ff).
A partir de 1976 environ, des programmes déchanges pour des enseignants et des élèves, des étudiants et des enseignants du supérieur ont vu le jour. Cette phase de la dimension européenne reposait sur la déclaration de construction dune identité européenne (Commission of the European Communities 1973). Elle allait de pair avec les programmes daction initiés et soutenus financièrement par la Communauté, tels que Erasme, Petra ou Comett mais aussi avec des initiatives favorisant la formation professionnelle (Commission de la Communauté Européenne Komm (91 397). A cette époque, des programmes interculturels qui auraient été nécessaires pour une construction identitaire répondant aux objectifs culturels étaient inexistants ou peu visibles.
Une comparaison peut se faire avec la décision des pays membres concernant la dimension européenne du 24.5.1988. Elle avait pour objectif :
de renforcer la conscience des jeunes pour lidentité européenne et de mettre en lumière la valeur de la culture européenne et les fondements sur lesquels les peuples de lEurope basent aujourdhui leur évolution, en particulier le maintien des principes de la démocratie, de la justice sociale et le respect des Droits de lHomme ;
préparer la jeune génération à sa participation à lévolution économique et sociale de la Communauté et à la réalisation de progrès concrets dans la mise en uvre de lUnion Européenne selon lActe unique européen ;
de lui faire prendre conscience des avantages aussi bien que des défis à la Communauté par louverture dun espace économique et social ;
de fournir aux jeunes une meilleure connaissance de la Communauté et de ses Etats membres avec leurs aspects historiques, culturels, économiques et sociaux et de les familiariser avec limportance de la coopération des Etats de la Communauté Européenne avec les autres Etats de lEurope et le monde (Commission de la Communauté Européenne SEK 91/1753 : 1).
Comme les déclarations de Stuttgart 1983, Fontainebleau 1984 et Milan 1985, cette décision a un caractère de recommandation. La mise en uvre restait toujours du domaine des Etats membres. En prolongement des déclarations des années 70, les recommandations pour une dimension européenne furent étendues dans les décisions de 1988 à lélaboration de programmes scolaires et de formation denseignants, au développement de matériaux denseignement et au soutien à la mobilité des élèves et des enseignants.
La transmission et la diffusion dinformations, par exemple à loccasion de congrès ou de colloques organisés à cet effet, ont été prévues comme activités communes ainsi que lexamen du matériel denseignement quant à sa teneur européenne.
Dans un texte interne de la Commission sur la construction identitaire, on constate des initiatives des pays membres dans le domaine de la mise en uvre dun idéal communautaire, dun idéal humaniste et d'une perspective dinternationalisation (Commission de la Communauté Européenne SEK 91 : 2). Certes, certains intervenants engagés formulèrent et réclamèrent des recommandations interculturelles qui auraient été particulièrement utiles pour atteindre les objectifs indiqués, mais elles napparais-sent pas dans la décision.
Il nexiste pas non plus dans les années 80 une définition supranationale de ce quune identité européenne devrait contenir. Les enseignants produisent leur propre définition sur la base dune gamme didées et dexpériences différentes (Ritchie 1997 : 291f). Un constat comparable peut se faire pour les programmes destinés aux apprentissages interculturels. Cet apprentissage qui est nécessaire pour favoriser la tolérance et pour développer une identité comportant la pluralité dans lunité, se trouve certes dans les propositions de certains pays membres, dans des programmes de formation et de formation continue des enseignants. Mais, à cette époque, il nexiste pas de programmes au niveau communautaire. Dans le meilleurs des cas il y a des déclarations dintention (Surian 1998 : 307).
Si toutefois on peut parler dapprentissage interculturel, celui-ci se déroule dans la pratique des rencontres, par exemple dans les programmes de mobilité de la Communauté tels quErasme ou Comenius. Ces programmes ont été élargis dans les années 90 à dautres publics que des étudiants ou des élèves. Mais lappren-tissage interculturel nest toujours pas focalisé.
En résumé, on peut retenir que les programmes déducation de la Communauté nont pas contribué, ou seulement de manière limitée, à la construction dune identité européenne. Si, toutefois, il est possible de parler dune telle identité, elle ne trouve que très peu ses sources dans les traditions culturelles et historiques. Dans les documents de l'UE, lidentification avec la puissance économique de lEurope est beaucoup plus fortement développée. Les objectifs formulés dans ce sens visent à faire face à la concurrence dans la mondialisation. Cest pourquoi des éléments essentiels de lidentité européenne à développer sont des valeurs telles que la performance et la concurrence individuelles, la capacité à la flexibilité et la mobilité, le développement de la conscience de se confronter, par lapprentissage permanent, aux défis économiques de lUE, et en particulier laspiration à la richesse individuelle. La considération de la pluralité est sans importance pour cette identité car de toute façon, beaucoup de peuples dun potentiel économique moindre ne sont pas pris en compte.
En comparant les objectifs dans la dimension européenne des années 70 et 80 avec les programmes actuels de la Commission, il est accordé une place propre aux processus dapprentissages interculturels dans la construction dune identité européenne. Cependant les programmes actuels aussi de la Communauté de Socrates à Leonardo et Eurydice, un programme destiné à intégrer les défavorisés (voir Eurydice 1997, jusquau programme pour le maintien et le développement du plurilinguisme en Europe (Commission de la Communauté Européenne Kom (95) dendg. 95/0263 (CNS)) se laissent ramener directement à deux sources : le livre blanc : croissance, concurrence et emploi et le livre vert de linnovation.
Dans les deux documents la dimension européenne de lédu-cation et de la formation est, certes, explicitée dans la perspective de construction identitaire mais, comme pour le processus dunification de lEurope dans son ensemble, les objectifs pour le développement de la dimension éducative résident essentiellement dans la puissance économique de lUE dans un monde global. Cest dans ce cadre quil sagit de situer les mesures visant lavenir (livre blanc a) 1993 : 129f), livre vert 1995 : 36ff).
Malgré les nombreuses observations faites par des experts à Bruxelles même, les visées éducatives de lUnion Européenne, à la fin des années 90 sont formulées, de manière explicite dans le livre blanc sur léducation générale et la formation professionnelle, en termes dobjectifs économiques et demploi. Dans cette publication sont explicités les développements techniques dans le cadre dune société du savoir en engendrement. Et on montre les voies de lEurope unifiée dans un monde globalisé. La société de lavenir sera donc une société cognitive. Dans ce contexte les systèmes déducation ont, à lévidence, à remplir une mission centrale ... Léducation générale et la formation professionnelle seront encore davantage les porteurs les plus importants de lidentité, de lappartenance, de lascension sociale et du développement personnel (libre blanc b, 1995 : 6f). Cest pourquoi le soutien des processus de formation est une mission prioritaire de lUnion.
Les programmes sont formulés selon ces objectifs dordre général. Par exemple dans le Vademecum de lannée 1995 pour le programme Socrates il est précisé : donner aux apprenants de toutes les classes dâge une nouvelle conscience de la dimension européenne... ; en outre, renforcer la conscience de la richesse de la culture européenne dans sa multitude ; créer des possibilités de connaître personnellement dautres pays européens ; et de manière générale, développer une meilleure compréhension de lêtre européen ; et enfin développer chez les apprenants la capacité de participer activement aux changements dans leur environnement économique et social et de sy adapter (Commission Européenne, Bruxelles, 1995 : 10ff).
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La dimension européenne dans léducation a été, comme déjà mis en lumière, élaborée successivement à travers le processus du développement économique de la Communauté. Ce nest que dans cette mesure que les contenus nécessaires à toute construction identitaire se sont transmis. Ce processus éducatif européen a peu à voir avec lapprentissage interculturel tel quil est appliqué dans des formations nationales et pratiqué depuis longtemps avec succès par des organisations binationales.
La construction dune identité européenne, qui veut être plus quune identification avec le bien-être, nécessite une prise de conscience par chacun de ses propres structures de valeurs et de celles des autres : nationales, culturelles, individuelles, construites dans lhistoire. Cela suppose également une prise de conscience des biens matériels et de leurs conditions de production. Une identité européenne véritable, reconnaissant la pluralité culturelle et économique, politique et matérielle des peuples de lEurope doit être capable, pour agir de façon responsable, de placer ses propres évidences à côté de celles des autres et, en jugeant ces évidences, de différencier entre ses propres performances et celles des autres.
Les processus dapprentissages interculturels sont favorables à la construction dune telle identité. Entre-temps cette conscience sest largement installée. En ce qui concerne les programmes éducatifs de lUnion Européenne, les stratégies de mise en uvre restent à développer.
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