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Les tiers et les espaces dintérité dans les rencontres
La rencontre internationale trouve sa véritable perspective formatrice dans lespace dintérité quelle peut ouvrir. Et le dispositif fondamental qui y contribue le plus et le mieux est constitué par les fonctions du tiers et la circularité du tiers. Les rencontres bi, tri ou plurinationales y trouvent le lieu de référence qui fonde leur développement conjoint à la fois spécifique et commun. Quant au mot intérité, déjà défini, il simpose dans la mesure où ce qui est produit entre lest entre cultures (interculturel), entre stratégies, entre conduites spontanées. Lintérité est une notion plus ouverte et qui inclue linterculturalité (Demorgon J., 1998 - Hess R., 1998).
1. Identités et adaptations
Les travaux interculturels de formation-recherche soutenus par lOffice franco-allemand pour la Jeunesse ont été extensifs par leur succession (plus dun quart de siècle) et intensifs par leur aspect de stage-laboratoire résidentiel et par limplication de recherche, personnelle et collective, qui sy manifestait. Ces cycles ont permis daffronter les situations interculturelles ordinaires mais aussi les pièges, les fausses pistes, les impasses affectives et cognitives au cours de recherches métacommunicatives sur ces échanges (Demorgon, 1989).
Labord par les préjugés y a montré ses insuffisances (Nicklas, 1994), Müller, 1994); Lipiansky, 1996). Ce sont celles dun emploi exclusif du paradigme identitaire qui oblige à traiter les questions en termes statiques didentité, ce contre quoi sélèvent judicieusement plusieurs spécialistes (Camilleri, e. a., 1992). Les difficultés résultant du primat excessif de ce paradigme ont conduit à la mise en évidence du paradigme antagoniste plus général et qui inclut le précédent à titre de produit dune certaine durée. Le paradigme antagoniste résulte du fait que les situations sont le plus souvent structurées par des directions opposées quil faut prendre en compte ensemble pour une meilleure adaptation. Exemple : réussir une opération minutieuse qui requiert une attention centrée dans un environnement dangereux qui sollicite une attention décentrée. Ainsi, repérer le nom des rues à la fois sur les façades des maisons et sur le plan pendant que lon circule dans un quartier chaud. De telles situations antagonistes se reproduisent constamment. Parfois les adaptations peuvent être inventées. Mais elles ne pourraient pas lêtre de façon constante. Les réponses culturelles représentent des facilitations de nos adaptations. Si elles ont été sélectionnées, conservées, transmises, cest nécessairement dans la mesure où lon pouvait y recourir dans nombre doccasions sans échouer. Même si parfois cet échec se manifeste, il nest souvent que partiel et momentané. Mais à travers lensemble de nos réponses culturelles, cest finalement notre identité qui se constitue.
Un autre point est fondamental. Nous venons de montrer que les antagonismes étaient souvent constitués par des directions opposées de nos conduites quil fallait composer comme, par exemple, lattention centrée et lattention décentrée. Mais ces antagonismes situationnels donnent souvent lieu à des antagonismes interpersonnels, intergroupaux, internationaux. Dès lors, on entre dans le jeu des conflits, des stratégies et des alliances. Cest dans cette optique que les fonctions du tiers prennent toute leur importance. En particulier, les fonctions de séparation, de distanciation, de médiation et de renouvellement. Mais ces tiers ainsi à luvre sont plus des fonctions qui interfèrent, se télescopent, se recouvrent ou se remplacent. Les changements quils produisent ou quils occasionnent sont difficiles à suivre, parfois incertains et vite oubliés, cest pourquoi ils nont pas de nom. Ce sont les intérités. Comme lessentiel est de vite reconstituer notre identité pour être toujours suffisamment assuré de nous-même et de nos réponses, nous navons pas de vraie connaissance de ces intérités violentes ou fugitives. Il en résulte malheureusement une méconnaissance profonde de tout ce qui nous vient des autres dans la composition de nous-même. Il faut les fulgurances dun poète pour nous secouer. Rimbaud écrit : Je est un autre. Mais chacun pour soi veut toujours être lui-même. Dans les rencontres de nations et de cultures qui surviennent dans la mondialisation, nous ne pourrons modérer la violence que si nous prenons conscience de linterdépendance dans laquelle nous constituons nos identités par des intérités successives et permanentes.
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