Arbeitstexte de travail

A propos des échanges bi, tri et multilatéraux en Europe

Jacques Demorgon

 

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Les tiers et les espaces d’intérité dans les rencontres

2. La circularité du tiers séparateur-médiateur

L’ensemble des remarques précédentes issues de divers travaux de recherche nous permet une première généralisation fondamentale concernant le travail interculturel. La distinction entre des rencontres bi, tri, pluri ou multinationales mérite certes d’être faite. C’est que concrètement ces rencontres ne peuvent pas se dérouler de la même façon. C’est qu’elles ne peuvent pas viser les mêmes résultats. Mais elles ont toutes leur intérêt à partir du moment où nous parvenons à les articuler au lieu de les opposer. Pour y parvenir, il est indispensable de mettre au jour les processus qui soutiennent le travail interculturel. Nous avons vu précédemment que les rencontres franco-allemandes s’étaient progressivement constituées et développées en se référant le plus souvent possible à un tiers conçu comme séparateur et médiateur. La rencontre franco-allemande comme dynamique de l’un et de l’autre peut, nous l’avons dit, s’égarer doublement. Elle va vers l’affrontement : on n’a rien à faire ensemble sinon chercher à réduire l’autre. Elle va vers la complicité, vers la fusion : on est bien plus semblable que différent et on se renforce ensemble. Dans les deux cas, il n’y a qu’un travail interculturel limité qui ne prémunit en rien contre les difficultés déjà là ou à venir. Par contre, la présence d’un tiers séparateur des fusions faciles et médiateur des affrontements entêtés est une condition indispensable de tout travail interculturel réel. Condition nécessaire mais pas suffisante car l’un et l’autre vont chercher à récupérer le tiers. Ce peut être pour l’empêcher d’être médiateur. Dès lors le couple conflictuel sera reconstitué et l’affrontement repris, poursuivi, étendu, approfondi. C’est le phénomène des coalitions dans les triades bien étudié par le psychosociologue américain Caplow (1971). Mais récupérer le tiers cela peut être aussi pour l’empêcher d’être séparateur afin de retrouver et d’étendre cette fois l’unanimisme, la fusion du groupe. De ce fait, la fonction du tiers ne doit donc pas être confondue avec quelque tiers réel. C’est dans la mesure où il y a circularité de cette fonction qu’elle peut jouer son rôle mixte de séparation-médiation. Aucun tiers (ou même ensemble de tiers) n’est en soi garant car leur récupération conflictuelle ou unanimiste semble toujours tentante et possible.

C’est la circularité du tiers qui apparaît comme offrant au travail interculturel les meilleures conditions de son instauration et de son développement. On peut le comprendre en se référant aux processus mis en œuvre. La séparation constitue les conditions permettant à chacun de prendre conscience des différences et ressemblances qui fondent sa singularité éprouvée au contact de la singularité de l’autre. La médiation permet à chacun de prendre conscience de ce travail de reconnaissance mutuelle à la fois inventaire de ce qu’est chacun mais aussi invention de ce qu’il devient dans la relation de réciprocité.

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