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A propos des échanges bi, tri et multilatéraux en Europe Jacques Demorgon |
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Les tiers et les espaces dintérité dans les rencontres 3. La formation des intérités Chaque personne ou chaque groupe pouvant être tour à tour lun, lautre ou le tiers séparateur-médiateur, un apprentissage se fait. Mais ce travail est souvent inconscient. Nous pensons rester le même et pouvoir définir notre identité comme assez stable. Pourtant nous changeons du fait didentifications diverses dans nos relations aux autres. Entre identité et altérité nous travaillons à nous maintenir identifiable par nous. Nous gommons laltération ou faisons comme si elle était voulue et maîtrisée. En réalité entre lun et lautre, des passages souvrent, des liens se tissent, des redéfinitions opèrent, des actions sinventent. Entre identité et altérité cet ensemble qui prolifère ordinairement nous ne le nommons pas. Son nom nest-il pas lintérité ? Elle est constituée par tout ce qui est entre venant de lun, de lautre, des tiers (personnes et environnements). Cette intérité est davance déniée ou finalement rejetée. Tantôt elle redevient altérité, tantôt elle devient intériorité, partie intégrante de nous oublieuse de son origine en partie extérieure. Quand le Faust de Paul Valéry cherche à penser lamour, Méphistophélès lui souffle la formule Éros énergumène, il oublie vite que cette formule lui vient dailleurs, il la trouve heureuse et conclut quelle est de lui (Valéry, 1945). Nous sommes toujours injuste, ingrat à légard de ce que nous recevons des autres. Nous le faisons nôtre bien vite et, comme Faust, nous le pensons produit par nous-même. En réalité nous sommes tous aussi des Japonais imitateurs. Nous vivons de cette intérité sans cesse renouvelée et sans cesse oubliée, déniée. Nous avons peine à admettre que notre identité soit aussi souvent suspendue, victime dintrusions continuelles voulues ou non, reprise, reprisée, reconstituée et à ce point nourrie daltérité ? Certaines expériences personnelles sont cependant plus propices à cette reconnaissance. Cest particulièrement le cas pour linterprétariat et la traduction. Lorsque nous avons par exemple loccasion de parler en tant quécrivain français avec notre traducteur allemand, il peut apparaître assez clairement que notre texte français contient dimpor-tantes zones de communication implicite qui ne seront pas comprises par la plupart des lecteurs allemands si on les laisse ainsi. Le traducteur insistera pour que nous ajoutions des explicitations. Dun point de vue français cette explicitation pourra nous paraître comme un alourdissement du texte. Mais quoiquil en soit il nous faudra inventer un nouveau texte entre le texte jugé idéal pour des lecteurs français et le texte jugé idéal pour des lecteurs allemands. Un théoricien spécialiste de ces questions, Jean-René Ladmiral a bien souligné la difficulté en montrant que ce texte entre était effectivement écartelé entre deux perspectives opposées. Certains traducteurs font tout pour que les caractéristiques du texte en langue originelle soient transmises dans la traduction. Dautres traducteurs font tout pour que ces caractéristiques disparaissent en se coulant dans les caractéristiques propres à la langue de traduction. Le texte est tiré entre sa langue dorigine et sa langue darrivée. Pour Ladmiral, les traducteurs se divisent en sourciers qui privilégient la langue dorigine et ciblistes qui privilégient la langue darrivée. Mais bien évidemment le texte dans les deux cas sera un texte entre les deux langues Sans cette intérité, la traduction échouerait. Et, sans doute échoue-t-elle toujours en partie mais pas totalement grâce à cette intérité (Ladmiral J.R., & Lipiansky E.-M., 1989). |
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