Arbeitstexte de travail

A propos des échanges bi, tri et multilatéraux en Europe

Jacques Demorgon

 

Sommaire

Les tiers et les espaces d’intérité dans les rencontres

4. Le cas de l’intérité linguistique

Le domaine des langues avec l’étymologie est sans doute un lieu privilégié pour mettre en évidence l’intérité. En effet les mots d’arrivée dans une langue ne peuvent pas toujours faire oublier leurs origines dans une autre langue. Dès lors leur comparaison peut témoigner des modifications de signifiant ou de signifié qui ont eu lieu avec le passage. Il y a de nombreux cas de figure. Le mot français salon est emprunté par l’anglais et devient saloon pièce de réception puis en anglais des États Unis il prend le sens de bar, tripot et il est, dans ce sens, réemprunté par le français. La langue anglaise fabrique „to dance“ avec le français danser. Cela entraîne dancing-house ou hall, maison où l’on danse. Par abréviation la langue française reprend „dancing“, lieu de danse, faux anglicisme car dancing seul en anglais signifie l’action de danser et non le lieu. Il en va de même pour parking lieu pour garer et non comme en anglais: action de garer. Et, à l’origine on avait le mot français parc. Les allers-retours France-Angleterre sont innombrables. Le mot français comité vient de l’anglais committee qui signifie commission mais il s’est répandu avec le sens de réunion de personnes désignées. En effet c’était le sens du français committé lui-même à l’origine du mot anglais (aujourd’hui un commis, d’office ou pas).

C’est seulement à partir de 1875 que le mot parlement prend en français son sens constitutionnel actuel. Auparavant il désignait l’action de parler puis les cours de justice et le seul Parlement britannique. On le sait, l’invention d’un parlement politique est bien d’origine britannique. Sport nous vient de l’anglais mais venait du vieux français desport, divertissement. Guerre vient du francique weira. Politologie nous vient de la langue allemande. Même quand il paraît facile de se souvenir de l’origine d’un mot nous n’y pensons pas. Ainsi le piano est emprunté à l’italien piano-forte (doux-fort) double possibilité qui était celle du piano pas du clavecin. On n’en finirait pas puisque les dictionnaires des mots d’origine étrangère comporte pour chaque langue des milliers d’entrée (Walter & Walter, 1991).

retour

Sommaire

suite...