Arbeitstexte de travail

A propos des échanges bi, tri et multilatéraux en Europe

Jacques Demorgon

 

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Les tiers et les espaces d’intérité dans les rencontres

5. La reconnaissance de la généralisation de l’intérité

Les exemples que nous venons d’étudier brièvement, nous montrent que la relation duelle sous quelque forme que ce soit s’appuie sur des réalités tierces qui permettent les passages, les échanges. Ne serait-ce que des tiers spectateurs, tels ceux qui, en 1621, regardent de l’extérieur les calvinistes au siège de Clairac (Lot et Garonne). Ils voient là des „parpaillots“ : les calvinistes portaient en effet des uniformes blancs. (parpailhol est issu du latin papilio, papillon). Et, finalement ce nom sera reconnu par tous.

Dans les rencontres, la circularité du tiers séparateur-médiateur est ce qui ravive l’espace d’intérité sans cesse recouvert et dénié. Elle nous conduit à une conscience plus lucide de ce que nous devons sans cesse de nous à l’altérité. Elle est la base humaine fonctionnelle du travail interculturel quelles que soient les cultures concernées: continentales, nationales, régionales, groupales, familiales, personnelles, d’âge ou de sexe. C’est elle qui nous permet de comprendre que nous disons quelque chose de sérieux et de profond lorsque nous soulignons que le travail interculturel masculin-féminin par exemple ne peut pas être laissé en arrière (Varro, 1995). Certes, on n’avance pas partout en même temps. Les choses se passent différemment : c’est telle avancée ici qui profite le moment venu à telle avancée ailleurs. La séparation-médiation tierce ou „triangulation“ nous permet de comprendre que le travail interculturel international est toujours nécessairement aussi de l’ordre de l’existentiel et non simplement de l’ordre d’un simple savoir ni même d’une habitude. En fait, cette donnée fondamentale commence avec la vie même. Le tiers séparateur-médiateur du lien mère-enfant (qu’il soit père ou/et groupe social) est indispensable à la naissance de l’individuation psychique base de l’autonomisation personnelle. Comme nous l’écrivions dans „L’exploration interculturelle“ (Demorgon, 1989) : „Ce n'est pas non plus un hasard si l'on retrouve cette triangulation aussi bien dans le domaine religieux (figuration du Triangle divin, ou concept de la Trinité chrétienne, par exemple) que dans le domaine profane de la psychologie interpersonnelle avec, en par-ticulier, la triangulation œdipienne. Nombre de travaux fondamentaux de notre siècle y ont insisté et il faut nous y référer" (Dufour, 1990).

Pour conclure ici sur le travail interculturel dans les diverses sortes de rencontre internationale disons que la circularité du tiers séparateur-médiateur peut théoriquement être mise en œuvre et développée dans toutes les sortes de rencontre. La rencontre trinationale ne garantit pas par elle-même mais facilite davantage le processus. La rencontre binationale est plus obligée de le „cultiver“. Dans la rencontre pluri-nationale le processus n’est possible qu’à partir d’un travail de restructuration comparative des cultures nationales co-présentes. Il n’en demeure pas moins que le passage par l’épreuve de la rencontre bi-nationale impliquée (Lourau, 1998), reste un passage obligé. De plus en plus de responsables avisés s’en rendent compte. C’est sur cette perspective encourageante que nous terminerons cette étude.

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