Arbeitstexte de travail

Du quotidien, des préjugés et de l'apprentissage interculturel

Prof. Dr. Hans Nicklas, Frankfurt

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1. Que signifie "le quotidien" et quelle relation y a-t-il entre celui-ci et la situation de stage ?

Dans les rencontres franco-allemandes, la situation de stage provoque une tension par rapport à la vie quotidienne. Cette tension présente des aspects positifs et négatifs. Les aspects positifs reflètent généralement les demandes et les attentes des participants telles qu'elles se manifestent à leur arrivée au stage. Ils voient dans la rencontre avec des jeunes de l'autre pays une occasion de vivre de nouvelles expériences en rupture avec le quotidien, ses obligations et ses conventions. Le stage semble offrir la possibilité d'échapper aux contraintes de rendement de la vie professionnelle et scolaire, de vivre autrement le temps, de ne plus devoir "fonctionner" dans une journée rigidement programmée, de pouvoir lever la séparation travail/temps libre. Parmi les attentes positives, il y a l'espoir d'établir de nouveaux contacts, de faire l'expérience de la vie collective et de l'auto-organisation, ainsi que la possibilité d'exprimer ses besoins affectifs et le souhait de pouvoir s'impliquer en tant que personne entière.

L'aspect négatif que peut avoir la situation de stage par rapport à la vie quotidienne se joue souvent en relation avec les expériences que les participants y font. D'une part, il se révèle que le "nouveau" que l'on attendait du stage ne se produit pas, que les participants ne sont pas capables ou n'ont pas la force de faire surgir la spontanéité nécessaire pour produire les ruptures souhaitées avec le quotidien. Celui-ci resurgit alors sous la forme de "quotidien du stage". D'autre part, la situation de stage est parfois une fuite par rapport au quotidien ; celui-ci est oublié, refoulé, le temps du stage ; il manque alors la tension qui permettrait au stage d'être productif par rapport au quotidien. Le stage n'est plus que l'envers du quotidien ; il n'a rien de qualitativement différent ; il est alors (simplement) investi d'une fonction de reproduction de la vie quotidienne, d'une régénération pour le travail qui attend les participants après la rencontre.

Il n'y a d'expériences communes et mutuelles que si le quotidien des personnes concernées y est intégré. Notre vie quotidienne est le domaine dans lequel nous faisons toutes nos expériences les plus immédiates et les plus marquantes. C'est là que nous acquérons les modèles de perception dont nous nous servons pour interpréter le monde. C'est là que nous acquérons les réflexes et les modèles de comportement avec lesquels nous abordons l'autre. Cette réflexion a joué un rôle important lors de la création de l'Office franco-allemand pour la Jeunesse, qui s'est alors donné pour buts de réunir des jeunes gens dans des situations du quotidien, de leur permettre une vie en commun pendant la durée de la rencontre. Bien sûr l'effet voulu, à savoir le renforcement du sens de la coopération, ne vient pas tout seul1). Il faut un scénario pédagogique prudent pour permettre aux participants de pouvoir travailler de manière productive sur les facteurs inhibants qui entravent la nouvelle expérience, tels que blocages, projections, perceptions sélectives, mécanismes de défense et de fuite devant l'autre, l'étranger. Dans tous les cas, de telles tentatives doivent partir d'expériences de la vie quotidienne des participants ; ce n'est qu'alors que peuvent se déclencher des processus d'apprentissage communs conduisant à des comportements qualitativement nouveaux.

De même les préjugés ont leurs racines dans la vie quotidienne. Ce ne sont pas de simples opinions ou façons de voir des hommes, ils sont au contraire constitutifs des pratiques de leur vie quotidienne. C'est pourquoi on ne peut pas les réfuter et les éliminer à l'aide d'arguments rationnels, il faut les travailler dans le contexte de cette vie quotidienne.

 

Notes
1)  Les recherches exposées ci-dessus font partie d'un rapport : Gordon W. Allport, Die Natur des Vorurteils, Cologne 1971, p. 267-287 (De la nature du préjugé). La conclusion qu'Allport en tire est la suivante : "Dans aucune des recherches auxquelles il est fait référence dans ce chapitre nous ne trouvons que les contacts ont fait diminuer les préjugés des personnes concernées. Cela ne se produit même pas lors de contacts de personnes ayant le même statut ou partageant les mêmes objectifs" (p. 284).

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