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L’Europe un mythe politique ? Klaus Eder, professeur à la Humboldt-Universität zu Berlin |
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La construction d’un démos européen 6 Eléments de construction d’une identité européenne Le codage universaliste d’une communauté cherche à résoudre le paradoxe de la fermeture d’un espace par principe ouvert en introduisant des règles d’inclusion. C’est par exemple l’inclusion dans un contexte commun de mémoire et de partage de responsabilités avec des obligations morales particulières. Cela peut être l’inclusion dans un contexte particulier de solidarité exigeant la reconnaissance de règles de redistribution. Ou encore l’inclusion dans un contexte discursif reconnaissant l’autre comme participant à part entière au discours. L’identité collective se construit dans la reconnaissance de tels contextes. Ils impliquent cependant des niveaux différents d’exigences. Les communautés de mémoire peuvent vivre avec des frontières assez fluides. C’est ce que montre l’exemple du Conseil de l’Europe qui peut suspendre l’appartenance d’une société européenne en cas de violations manifestes des principes moraux. Les communautés de solidarité requièrent des frontières plus stables pour permettre de mieux contrôler ceux qui voyageraient sans billet au frais de la communauté. Celui qui veut se soustraire aux obligations de cette communauté ne devrait être en mesure de le faire qu’en payant un prix fort, plus fort que le fait d’y demeurer. Ici la logique d’inclusion se déplace vers la question de savoir si oui ou non on veut prendre ces engagements. C’est également la raison pour laquelle en particulier les pays riches hésitent à s’associer à une communauté de solidarité. L’exigence qui va le plus loin est celle de l’inclusion dans une communauté discursive. Car elle implique d’abandonner le principe constitutif de l’État national : celui de sa souveraineté. Celui qui s’engage dans la voie d’une communauté discursive à caractère politique accepte la dissolution de la souveraineté nationale dans un contexte supérieur d’action. C’est adhérer à des décisions prises collectivement dans la communauté discursive. Cette implication peut s’atténuer avec l’idée du principe d’unanimité. Plus le principe de majorité prime plus s’accentue le problème de l’abandon de la souveraineté. Compte tenu de ce qui précède, on peut s’attendre à ce que les identités collectives s’enracinent là où le paradoxe de la fermeture d’un espace ouvert est le plus facile à dénouer. La construction d’une identité européenne commence là où les implications sociales et politiques interviennent le moins : dans la construction d’une communauté transnationale de mémoire. C’est là qu’il faut souligner le rôle particulier, souvent sous-estimé, du Conseil de l’Europe, qui dans ce processus pourrait reprendre le rôle joué par les intellectuels au 19ème siècle dans la construction de l’identité nationale : celui de définir une communauté d’Européens se soumettant à des standards explicites et universalistes, par exemple la condamnation de la peine de mort. 43) C’est seulement sur cette base que peut se créer une identité collective plus vaste capable de servir de support et de modèle à une communauté de solidarité et/ou discursive. Il ne fait donc guère sens de vouloir résoudre le problème de l’identité collective d’en haut dans le cadre de l’abandon de souveraineté par les nations. Une telle démarche dépasserait non seulement les ressources identitaires collectives mais encore elle pourrait s’avérer contra-productive. Ainsi le projet d’élaborer une constitution pour l’Europe représente un préalable pour une communauté de droit à caractère universaliste. Mais ce projet ne permet pas, à lui seul, de résoudre en même temps le problème de la construction d‘une identité collective préalable à l’élaboration même d’une constitution politique. Une identité politique européenne et avec elle l’idée d’un peuple européen ont encore beaucoup de chemin à faire : la création d’une société de mémoire commune et collective ainsi que la création d’une société de solidarité. Une fois ces fondements et préalables réunis, il deviendra aussi possible de « penser » une identité collective politique en Europe. Avec la quête identitaire collective, l’Europe s’engage dans une entreprise à risques car, dans ce processus, le national n’arrête pas de ré-émerger. Les vieux clivages remontent à la surface et avec eux les codages traditionnels de l’identité. Ainsi l’hésitation des pays de l’Europe du Nord et du Royaume-Uni devant l’abandon de souveraineté nationale fait réapparaître la vielle scission entre l’Europe carolingienne et l’Europe du Nord. Ce sont alors les codages traditionnels d’identité transnationale qui fondent les points communs au-delà de toute particularité nationale. De ce fait, une Europe transnationale ne saurait échapper, elle non plus, aux contraintes structurelles qui ont fait échouer d’autres tentatives de construction identitaires transnationales (telles que les États- Unis ou l’ancienne Union des Républiques Soviétiques). Un dernier argument s’ajoute : chaque identité codifiée de façon universaliste doit faire ses preuves, à sa manière singulière, face à la mondialisation de l’économie. Car les identités ouvertes ont, lorsqu’elles sont en concurrence avec des identités fermées, toujours un désavantage. Elles ont un besoin plus grand de consensus, elles sont soumises à des coûts de transactions plus élevés dus aux décisions collectives. Dans le cadre d’un projet néo-libéral de mondialisation, ce désavantage dans l’espace-temps se laisse exploiter par des concurrents sur le plan économique, politique et culturel ; ce qui diminue les chances de survie des identités transnationales universalistes. Il nous reste à attendre pour savoir si les conditions sociales en Europe sont suffisamment favorables pour tenir, malgré ce désavantage et sans retour à la nation, le pari d’un projet identitaire universaliste. (traduit de l’allemand avec le concours de Nicole Gabriel)
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