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L’Europe un mythe politique ? Hans Nicklas, professeur emeritus à la Johann Wolfgang Goethe-Universität, Frankfurt/Main |
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L’Europe 2 Ethnos et Demos Notre identité nationale nous paraît incontournable. Nous sommes Allemands ou Français, de même que nous sommes hommes ou femmes, catholiques, protestants ou juifs. Elle est devenue notre seconde nature, et même si nous la nions (deux tiers des jeunes Allemands et Français disent que leur nationalité n'a pas d'importance pour eux), elle nous est constamment attribuée. Lorsque nous sommes à l'étranger, nous entendons dire par exemple que nous ne sommes pas typiquement allemands (ce qui flatte les Allemands), comme si c’était une obligation. Ou bien nous passons pour des spécialistes de la politique ou de la littérature allemande et nous nous voyons invités - comme cela m'est arrivé aux Etats-Unis - à chanter des chansons populaires allemandes. A l'étranger, au Japon par exemple, nous nous sentons plus Allemands ou Français que chez nous. Et pourtant le concept d'État-nation est récent, il a environ deux cents ans. Il apparut à la suite de la Révolution française sur les ruines de la féodalité, avec le peuple comme nouveau souverain. C'est alors que les règles d'appartenance nationale devinrent nécessaires. Qui fait partie du peuple, le nouveau souverain ? La réponse fut : le citoyen. C'est un droit exclusif et indivisible ; on ne peut être citoyen de deux États. C'est pourquoi la Constitution de 1791 exclut les autres nationalités : « La qualité de Français se perd par la naturalisation au pays étranger » (en français dans le texte). La nationalité constitue donc l'État comme une association de citoyens, qui libres et égaux, exercent le pouvoir étatique en tant que peuple souverain. C'est là le noyau de la conception française de la citoyenneté, qui d'après la célèbre formule de Renan est « un plébiscite quotidien ». D'après Renan, une nation est un principe spirituel, la convention de mener une vie commune. L'être humain en tant que citoyen n'est ni esclave de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion (Renan, 1992). La nationalité française se fonde, comme l'a écrit le sociologue Pierre-Patrick Kaltenbach, « avant tout sur une décision libre. J'appartiens à la France parce que je le veux. C'est là l'idée universelle de la Révolution française » (Kaltenbach, 1988). Cette conception républicaine de la légitimation de l'État donne à la nationalité une importance et une dignité particulières. Elle n'est pas comparable à l'appartenance à une association. Elle n'est pas non plus un papier permettant d'acquérir de l'État certaines prestations. La nationalité définit l'appartenance à la souveraineté d’un peuple en tant qu'origine et source du pouvoir étatique que les citoyens exercent de concert. Voilà qui peut apparaître comme une fiction au vu de la réalité politique des États européens, mais le fait de tenir à cette promesse contra-factuelle d'une démocratie possible est nécessaire si la critique (nécessaire) des défauts et des échecs des institutions démocratiques ne doit pas se transformer en un mépris cynique pour la démocratie dans son ensemble.
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