Arbeitstexte de travail

L’Europe – un mythe politique ?
Identité européenne et citoyennetés nationales

Hans Nicklas, professeur emeritus à la Johann Wolfgang Goethe-Universität, Frankfurt/Main

 

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L’Europe –
une nation des citoyens ou un patchwork des minorités ?

7 Intégration individuelle ou insertion collective ?

Reprenons une fois encore les deux formes fondamentales de la socialité étatique, le modèle du demos et celui de l'ethnos. Comment fonctionnent-elles, dans le cadre de zones d'intrication, avec l'immigration d' « étrangers » dans leur Territoire étatique ? Cela se déroule, à chaque fois, selon les structures à la base des deux modèles. Nous allons prendre l'exemple de l'accueil des groupes musulmans dans différents pays européens. La Grande-Bretagne et la France peuvent passer pour idéal-typiques. 6)

Les arguments « communautaristes » à la manière anglo-saxonne se fondent sur le principe de l'ethnos, donc sur la prépondérance de la protection ethnique des minorités garantie par les Droits de l'Homme. Ainsi il devrait être permis aux minorités musulmanes d'exercer librement et entièrement leurs traditions culturelles et religieuses. C'est pourquoi il est permis aux jeunes filles de porter le foulard à l'école, de ne pas faire de gymnastique ou de nager avec les garçons, l’enseignement d’éducation physique devant être séparé selon les sexes. Dans les écoles et les entreprises, la consommation de viande halal (viande pure selon le rite) doit être garantie, et l'abattage rituel (sans anesthésie des animaux) doit être permis. Enfin il doit être possible d'installer des cimetières islamiques.

Ces règles ethniques peuvent être suivies peu ou prou. Les choses deviennent déjà plus compliquées avec les cinq prières par jour. Un entrepreneur devrait- il permettre à ses ouvriers musulmans de quitter leur poste de travail pour aller prier ? Pour la mise en oeuvre, il serait obligé d'installer des salles de prières et des salles de bains dans son entreprise. Le vendredi, il devrait donner congé à ses ouvriers musulmans afin qu’ils puissent participer ensemble au service dans la mosquée. Pendant le jeûne du Ramadan, d'autres prescriptions devraient avoir cours pour eux. On voit ici les limites du principe ethnique comme celui de l'Islam et les difficultés pour l'imposer dans les sociétés industrielles modernes.

Les contradictions patentes de l'approche communautariste se manifestent lorsque la « protection des minorités » couvrent des rubriques exigeant aussi l’application illimitée de la Chariah, du droit islamique, aux membres de la communauté musulmane. Parmi les commandements de la Chariah, on trouve des punitions corporelles comme le fouet ou la lapidation. On coupe les mains, on suit les règles de la vengeance sanguinaire, on maltraite les esclaves, l'égalité des droits entre hommes et femmes n'est pas respectée et les autres religions doivent être soumises à l'Islam. Si l'on approuve les principes de la Chariah, de telles exigences semblent légitimes. C'est pourquoi différents groupes et organisations musulmans, comme par exemple le « Contre-Parlement » islamique en Angleterre, revendiquent son application pour la minorité musulmane. De telles exigences se déduisent logiquement de la proposition du principe ethnique. Si ce principe doit entrer en vigueur, sa réalisation ne saurait se limiter à des exigences faciles à admettre (le foulard, pas de cours de natation) ou à des pratiques qui ne contredisent pas les principes européens (contraires aux lois). Mais il se pourrait qu’il y ait incompatibilité avec certains points centraux justement d’une communauté religieuse.

A ce modèle ethnique d'insertion collective des minorités culturelles s'oppose l'approche française de l'intégration individuelle dans une société qui se veut laïque et républicaine. Selon le principe du demos, sont prioritaires les droits humains individuels, le traitement égal pour tous indépendamment du sexe et de l'appartenance ethnique et religieuse, la séparation des sphères politiques et religieuses. Toutes les religions, y compris l'Islam, relèvent de la sphère privée. C'est pourquoi il n'est pas possible de tolérer le port d'insignes religieux, comme le foulard, puisque cela signifierait accepter un traitement différent pour l'homme et pour la femme. Principe qui vaut pour tous les symboles religieux y compris la croix. Dans ce sens, l'accueil des minorités signifie que celles-ci ne sont pas intégrées en tant que groupe dans la mesure où il n'existe qu'un droit individuel à l'accueil dans la société française. L'intégration des membres d'une minorité signifie que ceux-ci doivent accepter les principes d'une société séculière, ouverte et démocratique même lorsque cela contredit leurs traditions culturelles ou religieuses.

On pourrait encore ajouter que le strict respect du principe laïc, de la séparation de l'Eglise et de l'État, gagne en importance au fur et à mesure qu'augmente la pluralité religieuse d'une société.

Les actes des conférences prononcées à l'Institut du Monde Arabe, conférences auxquelles des chercheurs du monde entier ont pris part, expliquent pourquoi ces deux modèles se heurtent à des limites. Le modèle ethnique d'insertion des groupes, pratiqué en Grande-Bretagne, ne peut être totalement réalisé à moins que l'on admette une société parallèle islamique. Le modèle français du demos ramène les liens ethniques à la sphère privée et confère à chacun des droits uniquement individuels. Selon les experts ce modèle présenterait un léger avantage. Il serait davantage à même de retenir, à un niveau relativement bas, le potentiel de conflits entre ethnies ou minorités. Ce qui expliquerait pourquoi la xénophobie en France est moins forte qu'en Grande-Bretagne, laquelle arrive en tête des pays européens pour les crimes et délits xénophobes. 7)

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