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L’Europe un mythe politique ? Hans Nicklas, professeur emeritus à la Johann Wolfgang Goethe-Universität, Frankfurt/Main |
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L’Europe 10 Une issue : le cosmopolitisme ? On peut retracer l'histoire du cosmopolitisme depuis la Grèce antique. Selon Cicéron, Socrate aurait dit de lui même qu'il était mundanus, c'est-à-dire un citoyen du monde. Durant l'époque hellénistique l'idée d'une appartenance globale de tous les hommes se trouve au centre de la pensée politique. La loi de la raison, valable pour tous, divine et immanente au monde englobe, pense-ton, tous les hommes et en fait des concitoyens. Marc Aurèle écrit que tous les hommes sont citoyens de la polis la plus haute dont les autres polis seraient pour ainsi dire les maisons. Au cours des temps modernes, le concept de citoyen du monde devient une des paroles programmatiques des Lumières. Puis le cosmopolitisme devient un élément de la perception de soi des intellectuels qui croient laisser loin derrière eux les limitations induites par les frontières nationales et vivre dans la perspective mondiale de l'esprit. « Aucun écrivain, si grandes soient ses dispositions au cosmopolitisme, n'échappera à sa patrie dans son mode de représentation » (Schiller, lettre à Gottfried Körner du 28 novembre 1791). Le cosmopolitisme est une attitude individualiste d'intellectuels « sans racines » comme le disaient les nazis pour les diffamer, qui s’élève en esprit au-dessus de barrières qui existent dans la réalité. L'attitude cosmopolite n'est pas généralisable. Elle n'est pas en mesure de fonder une identité européenne forte, bien qu'elle en soit un ingrédient important. Le début de la Première Guerre mondiale a démontré l'impuissance du cosmopolitisme à rassembler les hommes dans la réalité. Les mêmes professeurs français et allemands qui peu de temps avant le début de la guerre s'étaient assurés leur cosmopolitisme mutuel au cours de congrès internationaux, tinrent peu après des discours haineux et nationalistes contre l'autre pays. Il n'en alla pas autrement de l'internationalisme du mouvement ouvrier. La solidarité ouvrière tomba comme un château de cartes dès les premiers coups de fusil. Le cosmopolitisme n'est guère en mesure de remplacer le patriotisme constitutionnel dont un État citoyen européen a besoin. Cependant, on pourrait reprendre la citation de Marc Aurèle et l'image de la polis commune et des différentes maisons. Wilhelm von Humboldt a formulé cette idée avec plus de précision. Contre les tendances à la fusion cosmopolite, il insiste sur le droit à la particularité nationale. Sa thèse est que seule la variété des formes historiques fait apparaître l'idéal de l'humanité (Humboldt, 1969, 337sq).
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