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L’Europe un mythe politique ? Hans Nicklas, professeur emeritus à la Johann Wolfgang Goethe-Universität, Frankfurt/Main |
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L’Europe 11 Les fils du patchwork Le modèle ethnique induit de nombreux problèmes en tant que principe de construction et de légitimation d'une Europe unie et soulève nécessairement de nombreux problèmes. Il n'est, en effet, guère concevable que l'Europe ne prenne pas en compte les intérêts et les besoins justifiés des ethnies réunies. La nécessité d'une compréhension de ces données comme caractéristiques centrales pour une citoyenneté européenne sera plus importante encore lors de l'entrée des pays de l'ancien bloc de l'Est dans l'Union Européenne. On peut s'attendre à ce que ces pays qui ont retrouvé leur souveraineté après la dislocation du bloc de l'Est - ou qui l'ont obtenue pour la première fois - éprouvent des difficultés accrues à mettre à la disposition d'autrui ces identités ethniques et nationales nouvellement acquises. Jean-François Lyotard imagine comme principe d'organisation sociale un grand « patchwork » fait de groupes minoritaires (Lyotard, 1977, 37 sq.). Il refuse toute exigence d'universalité, quelle qu'en soit l'instance. Pour lui n'existent que les différentes perspectives des minorités ; conception qui radicalise le principe ethnique. Mais son image du patchwork nous mène plus loin, car un patchwork est, selon ce que nous dit le dictionnaire, « l'enlacement de chutes de textile de différentes couleurs, de formes et de schémas différents ». On pourrait ajouter que les morceaux de tissu sont cousus entre eux ou piqués sur un fond, ce qui est important, car les morceaux de tissu ne sauraient tenir ensemble sans les fils qui les relient : il resterait un monceau de tissus. On pourrait interpréter l'image de Lyotard en partant de l'idée des « fils » qui relient le patchwork et de celle du concept d'harmonie qu'implique la définition entre couleurs, formes et schémas. Les morceaux d'étoffe dans leur diversité (couleurs, formes et schémas) correspondent aux différentes ethnies ; sans les fils cependant, ils ne sauraient constituer un patchwork. Ces fils qui les relient sont nécessaires : ils correspondent aux règles universellement partagées, les Droits de l'Homme, par exemple. L'harmonie des éléments pris singulièrement que nous avons soulignée se réfère à leur accord. Il faut donc qu'il y ait un rapport entre les éléments et une communication capable de faire naître un accord mutuel, quelle qu'en soit la profondeur. Interprétée ainsi, l'image du patchwork s'avère une excellente métaphore d'une citoyenneté européenne possible. Jeanne Kraus en a, un jour, défini l'objectif en ces termes : « Un universalisme tempéré par des particularismes ». On pourrait également retourner la phrase : « des particularismes retenus ensemble par l'universalisme ». (Traduit de l’allemand avec le concours de Nicole Gabriel)
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