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L’Europe un mythe politique ? Jacques Demorgon, enseignant aux Universités de Bordeaux et de Reims |
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Conclusion L’Europe entre gouvernances et citoyennetés processuelles À mesure qu’étaient écrites, débattues et réécrites les contributions, l’histoire européenne ne s’est pas arrêtée, bien au contraire. Al’issue du présent travail, il apparaît nécessaire, au moment de le conclure, de le situer aussi, en même temps, par rapport aux importants événements historiques de l’année 2005. Sur la base de cette interrogation quant au sens que prennent aussi nos analyses dans les récents contextes, nous pourrons mieux définir les perspectives de leur prolongement.
Évoquons d’abord les événements qui témoignent plutôt d’une poursuite attendue de la construction européenne. Ainsi, l’activité terroriste, qui s’est manifestée en Espagne, aux Pays-Bas et en Angleterre, entraîne plutôt les pays européens à s’unifier davantage afin de mieux répondre collectivement à cette menace. Hubert Védrine souligne que « cinq pays dotés de gendarmeries se sont groupés pour rendre possible l’intervention d’une gendarmerie européenne ». (1) De même, le déroulement de la guerre en Irak est tel, que les oppositions européennes ont perdu de leur acuité d’hier. Ainsi, du fait de l’opinion italienne massivement hostile, mais aussi du meurtre d’un responsable italien, lors d’une libération d’otage, le gouvernement Berlusconi, à l’origine très favorable, a mis en oeuvre un retrait échelonné de son contingent en Irak. Par contre, de nouvelles oppositions se sont manifestées. Ainsi, la crise du budget européen a, de manière spectaculaire, opposé l’Angleterre et la France, engendrant même un « froid » considérable entre Tony Blair et Jacques Chirac. A l’Est, la situation s’est dégradée sur deux points entre l’Allemagne et ses voisins. Le président polonais récemment élu, le conservateur Lech Kacynski, réclame à l’Allemagne 45 milliards d’euros d’indemnités. De son côté, l’Allemagne a signé avec la Russie la construction d’un gazoduc en sous-marin dans la Baltique, écartant le choix, pourtant moins coûteux, d’une voie terrestre par les Pays baltes et la Pologne. Les Polonais ont qualifié ce gazoduc « d’anti-polonais. » En Lituanie, on a été plus amer encore. En se référant à l’abandon de la Lituanie lors de la Deuxième Guerre mondiale, on a parlé d’un « nouveau pacte germano-soviétique ». Ces observations montrent que les grands États européens entendent bien garder en mains leur destin dans leur intérêt et celui de leurs citoyens. On imagine mal le citoyen-paysan français devenant sensible aux arguments de Tony Blair contre la politique agricole commune. On imagine mal un citoyen européen- polonais heureux d’être privé de l’arrivée directe du gaz russe sur son territoire. Bref, dans de tels cas, la prise de position citoyenne ne saurait parvenir à se situer à un niveau européen global. En ce sens, un fédéralisme européen, simplement décrété, resterait fort dépourvu. Une Europe, plus centralisée, verrait sa cohésion constamment menacée.
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