Arbeitstexte de travail

L’Europe – un mythe politique ?
Identité européenne et citoyennetés nationales

Jacques Demorgon, enseignant aux Universités de Bordeaux et de Reims

 

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Conclusion

L’Europe entre gouvernances et citoyennetés processuelles

2 Un rejet citoyen du Traité constitutionnel européen

Plusieurs autres événements sont venus menacer la construction européenne, du moins telle qu’elle s’est déroulée jusqu’ici. Singulièrement, la nonratification du projet de Traité constitutionnel. Ouvertement rejeté, par voie référendaire, en France et aux Pays-Bas, il a été reporté en Angleterre et retardé partout ailleurs. Un accord unanime des pays étant requis, on voit mal qu’il puisse être possible de revenir sur ce rejet. Après Giscard d’Estaing qui, dans les jours qui suivirent, s’exprimait dans Le Monde (2), de nombreux analystes ont, comme lui, mis en évidence la raison, selon eux principale, de cet échec : l’absence de véritable projet européen.

Selon Paul Thibaud, l’Europe s’est construite comme « une société audessus des États, sans direction, sans identité, oublieuse de son passé ». (3) De son côté, Jean Pierre Le Goff, évoque « un mouvement indéfini, sans but ni sens, devenant à lui-même sa propre fin ». Il poursuit : « Fuite en avant, langue caoutchouc, pouvoir informe…tendent à réduire la démocratie à une coquille vide… sur fond de crise des projets et des grandes idéologies politiques ». (4)

Pour ces auteurs, l’Europe se construit bien loin des grands récits. Marcel Gauchet va même jusqu’à écrire : « En dehors du fonctionnement d’un marché de plus en plus étendu et de la prospérité supposée en découler, quelles sont les finalités collectives qui s’incarnent dans l’Europe ? Poser la question, c’est y répondre. Elle débouche sur le silence et le vide ». (5)

Dans ces conditions, comment développer une véritable citoyenneté ? Les autorités européennes en ont-elles seulement l’intention ? Paul Thibaud ne le croit pas et le souligne : « Tout est fait dans l’Union pour que l’individu (consommateur, entrepreneur, plaignant) l’emporte sur le citoyen ». (6)

Certains pourraient ne voir là que réflexions d’analystes à distance du terrain. Or, une étude de Th. Courcelle montre que des remarques semblables ont été faites lors du douzième Congrès des pouvoirs locaux et régionaux, instance du Conseil de l’Europe ; même si, ensuite, elles ont été censurées sur Internet, pour ingérence dans les affaires de l’Union. Le président du Congrès, Giovanni Di Stasi, a publié, avec le soutien unanime du Congrès, une déclaration regrettant que « la construction européenne se soit faite, depuis de nombreuses années, avec un vrai déficit de dimension humaine et de dimension sociale... en négligeant le rôle éminent que les élus locaux et régionaux peuvent jouer dans la revitalisation démocratique, du fait de leur proximité avec les citoyens ». (7) Pareillement, René Van Der Linden, président de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, appelle, lui aussi, « à réduire le fossé entre citoyens et dirigeants. » (8)

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