Arbeitstexte de travail

POUR LE DEVELOPPEMENT D'UNE COMPETENCE INTERCULTURELLE EN EUROPE.
QUELLES FORMAT
IONS ?
QUELLES SANCTIONS QU
ALIFIANTES ?

Sommaire

II. COMMENT LA DIMENSION INTERCULTURELLE A-T-ELLE ÉTÉ PRISE EN COMPTE JUSQU'ICI DANS LES CYCLES D'ÉTUDES NATIONAUX ?
Otto Lüdemann

1. Le modèle des équivalences se prête particulièrement bien à la solution du problème de la reconnaissance des diplômes pour les matières universitaires classiques

Dans le domaine de l'éducation interculturelle, il n'y a pas encore, à notre connaissance, de formation que couronnerait un diplôme validé à l'échelle nationale. Par contre, la dimension interculturelle trouve souvent place dans divers types de formation, implicitement ou à titre complémentaire. Il est donc bon de se demander, tout d'abord, comment les cycles d'études existants dans le système éducatif et relativement proches de la problématique interculturelle ont répondu au défi de l'ouverture internationale et interculturelle. Même si, ce faisant, ce n'est pas encore l'interculturalité au sens visé dans la présente étude qui est thématisée*, il s'agit là néanmoins d'une démarche nécessaire pour une première approche et mise au point.

Sous cet angle, le couple Erziehungswissenschaft / sciences de l'éducation, en Allemagne et en France, est un cas de figure particulièrement propice. Ces matières ont repris l'héritage de la pédagogie (Pädagogik), c'est-à-dire de disciplines solidement installées dans le patrimoine culturel des deux pays. Traditionnellement, les sciences pédagogiques étaient rattachées aux chaires de philosophie, ou aux "Facultés de lettres". En Allemagne, suivant l'exemple et sous l'influence des Etats-Unis, les courants empiriques des sciences sociales se sont rapidement imposés après la Seconde Guerre mondiale. Entre autres conséquences, une nouvelle discipline se mit en place, la Erziehungswissenschaft (Sciences de l'éducation), relevant désormais essentiellement des sciences humaines et sociales. En France, en revanche, il fallut attendre jusqu'en 1968 pour qu'un processus comparable mène à la création d'une série "d'instituts" ou de "départements de Sciences de l'éducation". Cela dit, de par la forte diversité des situations historiques et des motifs politiques à la base dans l'un et l'autre cas, le rôle et le label des deux disciplines ont différé d'un pays à l'autre, parfois même à l'intérieur du même pays. Dans cette mesure, on ne s'étonnera pas que, comme les institutions qui les représentent, ces disciplines soient traversées par de nombreuses contradictions. Ce qui, fondamentalement, ne les voue guère à établir des relations sur le plan international, en vue d'une reconnaissance mutuelle ou d'une harmonisation des contenus de leur enseignement. De ce fait, les stratégies internationales se limitent le plus souvent à des contacts personnels entre enseignants.

Un autre exemple, proche et pourtant, dans une certaine perspective, bien différent, est celui de la formation des "travailleurs sociaux" / "éducateurs spécialisés" (Sozialarbeiter / Sozialpädagogen) dans les deux pays. Dans ce cas aussi, il y a eu au cours de l'histoire seulement peu de contacts, et par là même, peu d'influences réciproques. Il n'empêche que la similitude des problèmes sociaux dans les sociétés industrielles a manifestement déclenché des réactions analogues : celles-ci ont inspiré des pratiques professionnelles voisines ; pour ce qui est de la préparation au métier, elles ont aussi mené, dans l'ensemble, à des contenus et à des méthodes comparables. Qu'il y aille des problèmes du chômage, de la toxicomanie, de la délinquance ou de la xénophobie, les causes sont pour l'essentiel les mêmes dans tous les pays occidentaux, les ressources et le savoir dont on dispose pour aborder ces problèmes ont des points communs - même si les prémisses culturelles et institutionnelles présentent des différences considérables.

Le savoir pratique spécifique au travail social dépend relativement moins de l'héritage culturel de chaque pays, il a plutôt à répondre à des défis actuels et à venir. De ce fait, il devrait en principe aussi se prêter davantage à une harmonisation dans le cadre d'une coopération internationale. C'est dans le détail, toutefois, que se révèlent les difficultés. Même de simples nuances dans la manière qu'a chacun de comprendre son métier peuvent se révéler comme autant de barrières infranchissables, en particulier lorsqu'elles se rattachent en profondeur à des différences culturelles dont souvent les personnes concernées ne sont pas conscientes. On part de l'idée, par exemple, qu'un Gemeinwesenarbeiter allemand, un community worker britannique et un "animateur de quartier" français sont confrontés, dans leur pratique quotidienne, à des problèmes sociaux relativement comparables. Il arrive pourtant que, abstraction faite des difficultés de compréhension dues à la différence de langue, ces collègues passent des heures et des jours à controverser l'idée qu'ils se font de leur métier -sans jamais parvenir à une conclusion. Assurément, d'un point de vue interculturel, cette difficulté pourrait justement constituer tout l'intérêt et l'attrait d'une rencontre ; d'un autre côté, c'est bien ce point de vue qui ne va pas de soi.

Situé, certes, sur un autre plan, un obstacle plus sérieux à la réalisation de rencontres et de contacts internationaux dans ce domaine, est la dépendance des institutions vis-à-vis des systèmes nationaux respectifs d'éducation et de formation. En France et en Allemagne, la formation des travailleurs sociaux (Sozialarbeiter) est confiée à des institutions de niveau extrêmement différent, ce qui complique la coopération. Les différences entre standards scientifiques, les écarts en termes de prestige social ou de politique de la formation sont autant d'entraves quand il s'agit simplement de s'asseoir à une table pour communiquer, et cela malgré l'intérêt évident de tout un chacun pour un abord en commun des problèmes de leurs disciplines respectives.

Malgré toutes ces difficultés, la Communauté Européenne -devenue entre-temps "l'Union"- a adopté une décision sage, adaptée à la situation, en proposant des solutions souples et ouvertes au problème des équivalences.

L'idée d'un modèle unitaire de formation et de diplômes européens a été définitivement rejetée. Au lieu de quoi, c'est aux institutions disposées à coopérer avec des partenaires d'autres pays de l'Union qu'a été confiée la responsabilité de définir la qualification requise et le niveau de formation universitaire et professionnelle.

Cette option n'est pas restée, et de loin, un simple "tigre de papier", elle a même conduit, entre autres, à la constitution du programme Erasmus dont un des principes fondamentaux est représenté par les équivalences. De nombreux réseaux de coopération inter-universitaires Erasmus témoignent aujourd'hui de l'accueil positif réservé à cette évolution.

Que, pour l'essentiel, le principe de l'équivalence en matière d'accès aux carrières connaisse aujourd'hui en Europe une application satisfaisante, on le doit aussi à une directive européenne. Deux raisons à cette réussite : d'une part, dans tous les Etats-membres, une durée minimale de formation a été prescrite cas par cas, d'autre part, et sous cette condition, le principe même de l'équivalence des formations a été reconnu, certaines mesures d'adaptation indispensables étant laissées à l'appréciation des autorités et institutions responsables dans chaque pays. De fait, qui pourrait juger de ces questions de manière plus compétente que ceux qui, de par leur expérience professionnelle, sont responsables de la qualité et du niveau de la formation dans leur propre pays !

Autant il y a lieu de se féliciter de ces évolutions, autant il convient de noter que l'expérience interculturelle d'un étudiant n'est pas une garantie pour la compréhension approfondie et interactive de sa propre culture et de la culture étrangère. Cela vaut, même si l'expérience s'étale sur une période relativement longue et même si, par le jeu des équivalences, elle débouche sur une reconnaissance de diplôme. Des possibilités d'expériences universitaires et professionnelles équivalentes dans un autre pays sont des préalables de poids, mais ne garantissent pas, en soi, l'acquisition d'expériences et de compétences interculturelles au sens où nous l'entendons ici.

 

2. Le modèle d'intégration de la thématique de la dimension interculturelle dans les cycles d'études (premier et second cycles) et dans la formation professionnelle continue pour différentes disciplines

Les remarques qui précèdent pousseront peut-être le lecteur à se demander si le système des équivalences ne serait pas tout de même le type de formation interculturelle européenne le plus approprié, en supposant que les différents pays de l'Union assurent des formations analogues, centrées exclusivement ou pour l'essentiel sur la problématique interculturelle ; or, manifestement, ceci n'est pas le cas. En fait, en général, la dimension interculturelle est liée à des domaines et à des problèmes spécifiques pour lesquels des cursus sont d'ores et déjà prévus. Traditionnellement, il s'agit, d'une part, de la formation d'enseignants en langues étrangères, d'autre part, du secteur des disciplines linguistiques appliquées, liées à des études interdisciplinaires sur l'histoire et la civilisation d'un pays.

Sous l'enseigne de "Cycles d'études en communication interculturelle" (Studiengänge Interkulturelle Kommunikation), l'Université de la Sarre à Sarrebruck -que sa situation en région frontalière franco-allemande prédestine à ce type d'activités- a mis au point un ensemble de modules de formation particulièrement diversifié et adapté aux différents besoins. Plus précisément, la présentation de ces cycles est formulée comme suit :

"Insérés prioritairement dans les études romanes, les cycles d'études 'Communication interculturelle' préparent, à travers un programme d'enseignement théorique et d'orientation pratique, à une meilleure compréhension des particularités économiques, sociales, culturelles et mentales de la France, et visent à promouvoir les compétences interculturelles dans les relations franco-allemandes. Ils mettent particulièrement l'accent sur les possibilités de transfert des connaissances et des compétences acquises dans le domaine de l'histoire de la civilisation et de l'interculturalité dans l'univers francophone."

Au total, les possibilités offertes aux étudiants comprennent :
- un cycle d'études complémentaire de quatre semestres, "Etudes françaises interdisciplinaires et communication interculturelle", cycle qui présuppose comme condition d'accès un diplôme de faculté ou de formation professionnelle supérieure (Fachhochschule) et que couronne à son tour un diplôme ;
- un programme d'études de formation continue à deux composantes, "Communication et média, analyse comparée des cas allemand et français" et "Management interculturel" (également cen-tré sur une analyse comparée des sociétés allemande et française) ;
- un cycle de maîtrise, "Théorie de la culture française et de la communication interculturelle".

Connaissances transmises :
- une compétence linguistique et communicationnelle à orientation professionnelle ;

- une compétence en matière de civilisation (études françaises interdisciplinaires) ;

- une compétence interculturelle.

Un stage pratique et des études à l'étranger doivent faire partie intégrante des cycles universitaires Communication interculturelle.

Outre les départements universitaires de linguistique, de langue et de civilisation, on compte aussi d'autres lieux destinés à faire connaître des aspects et des thèmes spécifiquement culturels et lesquels se prêtent à la thématisation de la dimension interculturelle. Sans prétendre être exhaustif, citons ici quelques exemples :

Non seulement il est dans l'intérêt du tourisme international de créer des conditions optimales pour l'apprentissage des langues étrangères dans le pays de la langue-cible, mais encore ce même tourisme ne saurait se passer, quant à la formation de ses personnels, de la bonne connaissance, acquise sur place, de la culture quotidienne des pays d'accueil. Il en est de même pour la formation de journalistes et de spécialistes des médias, mais aussi, et toujours plus, dans le domaine de la gestion, du commerce et du marketing. Cette observation est tout aussi valable pour l'ingénierie, car les macroprojets techniques et les chantiers d'échelle planétaire, telle l'infrastructure informatique du globe, la prévention climatologique et la lutte pour la protection de l'environnement réclament de plus en plus des hommes et des femmes qui soient des experts dans leur domaine, et qui de plus sachent relever les défis de la communication et de la coopération interculturelles.

Les stratégies dont la formule "le management interculturel" résume au mieux l'orientation générale sont représentatives de l'ensemble de ce domaine. Outre les grandes écoles, institutions typiquement françaises, ainsi que des établissements analogues en Allemagne et dans d'autres pays européens, on compte des institutions, des associations et des consortiums indépendants des universités et qui se consacrent de plus en plus au management interculturel. Citons ici, entre autres, le Deutsch-Französisches Institut de la Robert-Bosch-Stiftung, à Ludwisbourg, qui propose des formations de ce type, en coopération avec des partenaires allemands et français. Une documentation détaillée est disponible2. Depuis longtemps les économistes se sont avisés que les problèmes de communication interculturelle provoquent des effets négatifs sur le fonctionnement des relations internationales des entreprises, et par là-même sur leur chiffre d'affaires. Il n'est donc pas étonnant de voir se développer des initiatives privées (conseil et training en management) en matière de communication interculturelle, source d'activités lucratives dans ce domaine. Comme nous le montrerons plus loin, c'est bien là qu'on trouve les stratégies les mieux élaborées concernant l'analyse et la maîtrise des problèmes interculturels, certes, sous l'angle limité du fonctionnement bien rodé à donner aux relations d'affaires et du profit qu'on peut en attendre.

De par l'intérêt de la société dans son ensemble, le domaine du management environnemental représente un champ d'action qui relève partiellement de ce contexte, mais qui est également spécifique et interdisciplinaire. A l'Université de Trêves (associée à de nombreux partenaires européens), un cycle d'études complémentaires particulier relève ce défi, éminemment d'actualité. Il s'agit du diplôme European Master in Environmental Management.

"L'objectif de ce cycle d'études complémentaires d'un an est de fournir des connaissances et des perspectives débordant le savoir du spécialiste, dans le secteur du management environnemental, de l'étude des causes politiques, sociales, économiques et culturelles de la destruction de l'environnement, des stratégies permettant d'éviter ou de réparer les dégâts infligés à l'environnement grâce aux méthodes d'un management stratégique adéquat -et en tenant compte des conditions juridiques fixées par l'Union Européenne et ses Etats-membres pour de meilleures conditions de vie et d'environnement en Europe."

Comme cette description le souligne, la transmission de stratégies globales, basées sur un plan technique et juridique, prend le pas, dans un cycle d'études de ce genre, sur l'importance à accorder à un savoir-faire interculturel personnel. Il n'empêche que, même pour de telles études, la dimension interculturelle ne manquera pas d'être constamment présente car la notion de "management environnemental" présuppose, par la force des choses, que l'on se confronte au comportement humain à l'origine des problèmes d'environnement, comportement, en partie du moins, culturellement déterminé ; inversement, l'analyse des comportements culturels devrait aussi contribuer à la solution de ces problèmes.

Comme nous l'avons déjà suggéré, pour diverses raisons, le domaine d'intervention du travailleur social et de l'éducateur spécialisé présente quant à lui des affinités particulières avec les problèmes de l'interculturalité. Deux champs de la pratique où les problèmes interculturels ont une signification primordiale peuvent clairement l'illustrer :

- le domaine du travail social interculturel avec des travailleurs migrants, des émigrés des pays de l'Est et des réfugiés ;

- le domaine des échanges et rencontres internationaux et interculturels.

Dans tous les Etats industriels européens, la pratique du travail social exige que l'on s'affronte aux implications et aux conséquences durables des vastes flux d'immigrés et de réfugiés politiques de ces dernières décennies. La plupart des institutions sociales ne sont pas préparées à prendre en compte les problèmes spécifiques, problèmes à dominante le plus souvent culturelle, de concitoyens d'origine étrangère ou de membres de minorités ethniques ; elles sont encore moins préparées à utiliser la question des différences culturelles comme ressource et élément constructif. Dans ce contexte, on notera à titre d'indice significatif un sondage mené par la "Fachhochschule" de Cologne au cours de l'année 1994, sondage portant sur "l'ouverture interculturelle des départements Sozialwesen" (Carrières sociales) dans la République fédérale4.

Soumis à discussion au cours de la rencontre qui fit suite au sondage, les résultats de ce travail montrent que, d'une part, de tous côtés, on perçoit le besoin d'une telle ouverture et que quantité d'initiatives tentent d'y répondre ; que, d'autre part, les paramètres régionaux, locaux et institutionnels du traitement du problème sont très divers. A tout cela s'ajoute une incertitude théorique quant à la question de savoir ce que signifient les notions "d'ouverture interculturelle" ou également de "compétence interculturelle". Sur ces entrefaites, dans le cadre de l'assemblée plénière de la "Journée d'études des départements 'Travail social'" (3-5 mai 1995, Magdebourg), cette enquête a mené à la constitution d'un groupe de travail permanent "Travail social interculturel". Les tâches essentielles en sont la promotion et l'extension des propositions faites à trois niveaux : - enseignement théorique, développement de cursus d'études - recherche et développement - coopération avec les gens du métier.

Mentionnons dans ce contexte le programme d'études conçu par le département Sozialpädagogik de la Fachhochschule Koblenz, en coopération avec l'Université de Mayence et avec un large partenariat d'institutions européennes. Dans le domaine du travail social, c'est sans doute le modèle d'ouverture interculturelle le plus ambitieux qu'on ait connu à cette date et aussi celui qui ait donné lieu à un maximum de résultats concrets. La coordination du réseau relève de l'Association universitaire ECCE (= European Center for Community Education). On propose un certificat com-plémentaire au niveau des études initiales en Sozialpädagogik (EUROPE-ACCESS) et une option approfondie en vue d'une spécialisation (EUROPE-COMES). Entretemps EUROPE-AC-CESS peut aussi être choisi au niveau de la formation continue.

Ces certificats se composent d'attestations de présence à une série d'enseignements comprenant différentes options. On peut les obtenir successivement, en les cumulant, et aussi, en partie, dans le cadre de séjours d'études et de stages pratiques dans une des nombreuses universités européennes associées, ainsi que dans le cadre de séminaires bi- ou multilatéraux organisés à cet effet et portant sur des questions européennes ou interculturelles dans le domaine du travail social.

Au Département Sozialpädagogik de la Fachhochschule Hamburg, l'examen complémentaire de spécialité "Europäische Interkulturelle Studien" (= Etudes Interculturelles Européennes) se présente comme une approche analogue, même si elle est plus restreinte pour le moment. Dans le cadre d'une Chaire Européenne Jean-Monnet, et après un séjour d'études ou d'un stage dans une université européenne associée (un semestre au moins) les étudiants ont la possibilité de consacrer, soit leur mémoire de diplôme, soit un travail complémentaire à une thématique interculturelle. Sur cette base, ils peuvent obtenir ensuite le certificat complémentaire "Europäische Interkulturelle Studien". Actuellement en discussion dans le cadre d'une réforme du cursus, un projet vise à faire valider à l'avenir le stage pratique dans un des pays-partenaires, et cela, en coopération avec les universités associées, tant sous l'angle de la pratique professionnelle que sous celui de la thématique interculturelle. (voir plus loin chapitre IV. 4.)

 

3. Le modèle du double diplôme : une perspective pour une future formation interculturelle en Europe ?

Outre les nombreuses variantes d'intégration de la formation interculturelle dans les cycles d'études existants (certificat complémentaire, études complémentaires, programmes de formation professionnelle continue), il existe depuis quelque temps une forme approfondie de la coopération internationale et inter-institutionnelle : le double diplôme. Celui-ci doit son existence, entre autres, à l'instauration du programme Erasmus et de son corollaire franco-allemand, le Collège Universitaire Franco-Allemand (CUFA).

L'idée consiste à harmoniser, au niveau des contenus, certains cycles d'études similaires dans différents pays et à le faire de telle manière qu'il soit possible de décerner aux candidats ayant étudié à l'université-partenaire, outre la simple équivalence des études, le titre même du diplôme de l'université-partenaire. Alors que le programme Erasmus tient ce modèle pour souhaitable sans y voir un préalable absolument indispensable à l'attribution de subventions, le CUFA a fait du double diplôme l'objectif explicite de sa stratégie. Autrement dit, à partir d'une phase de démarrage limitée dans le temps, la politique d'aide ne sera prolongée que si l'objectif de l'institution d'un double diplôme est atteint.

Rien d'étonnant à ce que, jusqu'à présent, ce soient des universités abritant des départements de mathématiques, de sciences naturelles, des départements techniques -ou encore dans certains cas de sciences économiques- qui aient institué des doubles diplômes ou s'y efforcent encore. De fait, les connaissances de base en sciences naturelles et l'infrastructure technique des sociétés industrielles occidentales ont imposé depuis longtemps une harmonisation très avancée des programmes d'études de ces disciplines. Si l'on rencontre des difficultés, elles sont plutôt de nature institutionnelle ou organisationnelle -difficultés surmontables donc, pour autant que la volonté politique s'y prête. Comme on l'a vu ci-dessus dans le cadre de la réglementation des équivalences, les disciplines marquées par des contenus spécifiquement sociaux ou historico-culturels ont du mal, et cela est explicable, à harmoniser leurs contenus. Les difficultés sont encore plus grandes quand il s'agit d'harmoniser les structures institutionnelles et les méthodes d'approche organisationnelle, car les traces de l'Histoire et de la culture se font surtout sentir sur ce point.

Quant à savoir si le modèle du double diplôme peut ouvrir une solide perspective à une future formation interculturelle européenne, la question reste liée à de nombreuses incertitudes, d'autant que, pour le moment, il est difficile de déterminer quelles institutions pourraient entrer en partenariat pour un tel diplôme. D'un autre côté, il convient de souligner que, contrairement à toutes les autres disciplines spécialisées, la formation interculturelle n'a un intérêt que fort limité à harmoniser les programmes d'études, puisque, pour des parties essentielles, elle dépend précisément de l'expérience approfondie des différences culturelles comme d'une ressource de formation. Il faudrait donc rendre ces ressources accessibles dans un cadre institutionnel approprié. Cela présuppose :

1. que se regroupent certaines institutions de formation similaires, qui disposent déjà d'une méthode d'approche interculturelle ;

2. que ces institutions ne se donnent pas -ou pas seulement- comme objectif stratégique un double diplôme dans telle ou telle matière, mais un double diplôme interculturel ;

3. que le cadre institutionnel de ce double diplôme ne soit pas fixé une fois pour toutes par mesures administratives, mais reste en permanence l'objet d'un processus de négociation dans le cadre de la coopération.

Ce sont, certes, des exigences fortes, mais tout de même réalistes, à condition qu'il existe la volonté politique d'y répondre.

Juste avant de clore la rédaction de la présente brochure, des informations complémentaires nous parviennent concernant la mise en place d'un double diplôme pour le cursus EUROPE COMES au département Sozialpädagogik de la Fachhochschule Koblenz. Il en résulte que cette initiative tente d'être à la hauteur des exigences en question. La présentation sommaire du cursus qui suit permettra d'en juger.

Nouveau cursus :
"European Community Education Studies" (EUROPE COMES)

Le cursus intégré "European Community Education Studies" comprendra huit semestres (dont deux sous forme de stages pratiques).

La répartition sur le premier et le deuxième cycle suivra les directives officielles concernant les cursus Sozialwesen an Fachhochschulen (Situation 1994) :

Le premier cycle "European Community Education Studies", de quatre semestres, présentera de fortes analogies avec le cursus "Sozialpädagogik" mais comportera des enseignements obligatoires en langues étrangères et en méthodologie de recherche : approches empiriques / études statistiques. (On renoncera, en contrepartie, au stage pratique)

Dans le cadre du deuxième cycle "European Community Education Studies", (également de quatre semestres), il est prévu un séjour dans une institution partenaire ( c'est-à-dire un semestre d'études théoriques plus un semestre de stage pratique, le contrôle continu sera assuré par l'institution partenaire).

Les enseignements qui regroupent les étudiants de différents secteurs d'intervention seront centrés sur une thématique européenne, "l'étude de projet" (Projektstudium) aura comme centre d'intérêt "European Community Education". Les enseignements obligatoires en langues étrangères et en méthodologie de recherche seront poursuivies (On renoncera, comme au premier cycle, au stage).

Le mémoire de diplôme peut aussi être rédigé en concertation avec l'institution partenaire.

A titre de certificat de fin d'études les étudiants ayant satisfait aux exigences de contrôle obtiennent le si nommé "double diplôme". (c'est-à-dire, en dehors du diplôme de la Fachhochschule, le diplôme équivalent de l'institution partenaire (Bachelor's / Master's Degree).

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