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Jeunesse, Défense et Sécurité en Europe avec des contributions de : Johannes Maria Becker, Pascal Dubellé, Jean-Paul Kieffer |
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Ulrike C. Nikutta-Wasmuht Le "dialogue interculturel" va bien au-delà de la simple traduction, dans une autre langue, dune discussion ou dune intervention et au-delà de lattente mise en elle pour établir la compréhension. Ce point séclaire fort bien par la polémique engagée en Allemagne pendant lété 2000 autour de lidée dune "Leitkultur" allemande. Interrogé sur lexistence dune culture dominante en France, Alfred Grosser, politologue, répondit : "Bien sûr que ce concept existe", ce qui ne lempêchait pas de trouver ce débat "très allemand". "Culture-pilote" fut la traduction de "Leitkultur" quil proposa. Lorraine Millot, correspondante de "Libération" à Berlin, suggéra, quant à elle, "culture de référence", et son collègue du "Figaro" : "modèle culturel allemand". 1) En réalité, cette dispute autour de la traduction technique dun terme - malgré ses prétentions au dialogue, à la compréhension - nétait rien de plus. Un dialogue interculturel suppose une compétence interculturelle, cest-à-dire "lextension de notre propre faculté de percevoir ce qui est étranger et laptitude
à accepter ce qui est autre comme tel". 2) Cette capacité est essentielle parce quelle touche en profondeur et interroge, non seulement l"ego" collectif, mais aussi notre propre moi. Que lon soit en voyage ou dans son propre pays, ce qui est "étranger" constitue une provocation, une remise en question de notre vision du monde, de notre système de normes et de valeurs, et des acquis de longue date qui nous permettent de discerner le normal de lanormal, ce qui est acceptable de ce qui est dédaignable. Ainsi, ce qui est familier est "normal" du moins jusquà ce jour et peut, au contact de ce qui est "autre", devenir "anormal" ou "étranger". Je serais donc "étrangère" ? Jaurais des idées "étranges" sur le monde et sur son fonctionnement ? La force requise pour assumer ce type de provocation met le moi à rude épreuve, de même que la confiance en soi et la capacité de vivre avec les ambiguïtés et donc aussi les contradictions. "La confrontation permanente (avec nos propres normes et valeurs, et avec notre moi imparfait) 3) nous insécurise car elle est ressentie comme une remise en question de nos valeurs et de notre mode de vie. En pratique, au lieu de répondre à cette provocation, nous avons souvent tendance à la repousser, à la dénigrer ou à la refouler. Notre sentiment de supériorité et de force en sort intact, mais ceci masque, en réalité, un manque dassurance et de confiance en soi. En rabaissant ce qui est étranger, on essaie souvent de transformer sa propre faiblesse en supériorité, une supériorité en réalité illusoire. On ne recherche pas la confrontation critique, on se protège. Car la prise en compte de ce qui est étranger entraîne, dans le domaine personnel, un examen de tout ce que lon a refoulé, nié et donc aussi des zones dombre de notre personne". 4)
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