Arbeitstexte de travail

Jeunesse, Défense et Sécurité en Europe

avec des contributions de : Johannes Maria Becker, Pascal Dubellé, Jean-Paul Kieffer
Paul Klein, Patrick Mignon, Ulrike C. Nikutta-Wasmuht, Anja Seiffert

 

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Ulrike C. Nikutta-Wasmuht
L’ethnométhodologie, un moyen au service du dialogue interculturel

Le "dialogue interculturel" va bien au-delà de la simple traduction, dans une autre langue, d’une discussion ou d’une intervention et au-delà de l’attente mise en elle pour établir la compréhension. Ce point s’éclaire fort bien par la polémique engagée en Allemagne pendant l’été 2000 autour de l’idée d’une "Leitkultur" allemande. Interrogé sur l’existence d’une culture dominante en France, Alfred Grosser, politologue, répondit : "Bien sûr que ce concept existe", ce qui ne l’empêchait pas de trouver ce débat "très allemand". "Culture-pilote" fut la traduction de "Leitkultur" qu’il proposa. Lorraine Millot, correspondante de "Libération" à Berlin, suggéra, quant à elle, "culture de référence", et son collègue du "Figaro" : "modèle culturel allemand". 1) En réalité, cette dispute autour de la traduction technique d’un terme - malgré ses prétentions au dialogue, à la compréhension - n’était rien de plus. Un dialogue interculturel suppose une compétence interculturelle, c’est-à-dire "l’extension de notre propre faculté de percevoir ce qui est étranger et l’aptitude… à accepter ce qui est autre comme tel". 2) Cette capacité est essentielle parce qu’elle touche en profondeur et interroge, non seulement l’"ego" collectif, mais aussi notre propre moi. Que l’on soit en voyage ou dans son propre pays, ce qui est "étranger" constitue une provocation, une remise en question de notre vision du monde, de notre système de normes et de valeurs, et des acquis de longue date qui nous permettent de discerner le normal de l’anormal, ce qui est acceptable de ce qui est dédaignable. Ainsi, ce qui est familier est "normal" – du moins jusqu’à ce jour – et peut, au contact de ce qui est "autre", devenir "anormal" ou "étranger". Je serais donc "étrangère" ? J’aurais des idées "étranges" sur le monde et sur son fonctionnement ? La force requise pour assumer ce type de provocation met le moi à rude épreuve, de même que la confiance en soi et la capacité de vivre avec les ambiguïtés et donc aussi les contradictions. "La confrontation permanente (avec nos propres normes et valeurs, et avec notre moi imparfait) 3) nous insécurise car elle est ressentie comme une remise en question de nos valeurs et de notre mode de vie. En pratique, au lieu de répondre à cette provocation, nous avons souvent tendance à la repousser, à la dénigrer ou à la refouler. Notre sentiment de supériorité et de force en sort intact, mais ceci masque, en réalité, un manque d’assurance et de confiance en soi. En rabaissant ce qui est étranger, on essaie souvent de transformer sa propre faiblesse en supériorité, une supériorité en réalité illusoire. On ne recherche pas la confrontation critique, on se protège. Car la prise en compte de ce qui est étranger entraîne, dans le domaine personnel, un examen de tout ce que l’on a refoulé, nié et donc aussi des zones d’ombre de notre personne". 4)

C’est pourquoi il est fort difficile de réussir un dialogue interculturel. Celui-ci suppose en effet : a) un travail dans un groupe qui soit le plus restreint possible, b) des rencontres régulières sur une longue durée afin de créer un climat de confiance, c) des compétences linguistiques réciproques, d) la volonté chez les participants de découvrir "une autre réalité" et de faire la connaissance "de l’autre", e) l’aptitude à accepter les "provocations" sans se sentir personnellement visé, f) la volonté de réexaminer, le cas échéant, ses préjugés et de faire de nouvelles expériences avec l’autre, g) la volonté de se mettre à la place de l’autre et d’essayer de le "comprendre" pour se faire de lui une opinion la plus juste possible.

Une entreprise difficile, comme nous avons pu en juger tant dans notre travail entre chercheurs qu’avec les participants : il y eut en effet des provocations, des blessures, des réconciliations, une volonté de comprendre les idées de l’autre, des changements d’attitude mais aussi des "durcissements de position". Nous avons appris que le dialogue interculturel représente un défi. Mais comment établir ce dialogue ? Je propose, comme moyen d’y parvenir, "l’ethnométhodologie". Cette méthode s’intéresse aux hommes et aux femmes avec leurs expériences personnelles et collectives en tant que membres d’un espace national donné. Qu’est-ce que cela implique en pratique ? Comment procéder ? Ma réponse s’articulera autour des points suivants :

- l’ethnométhodologie comme outil au service du dialogue interculturel ;
- le quotidien et l’expérience du quotidien dans le travail interculturel ;
- l’utilisation de l’ethnographie au sein du groupe.

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