La Bundeswehr et les dirigeants politiques réagirent au début des années 90 de nouveau de façon offensive à la nouvelle qualité de la crise de légitimation : ils prennent pour motif la réunification de la RFA et de la RDA pour revendiquer une sorte de "normalité" de la politique de sécurité pour la nouvelle Allemagne réunifiée. De la part de l'étranger, ainsi l'injonction des cadres politiques du pays, la prise en charge de plus de responsabilité politique au niveau mondial serait attendue de la part de l'Allemagne. La classe politique conservatrice de la République fédérale, et de manière exemplaire sa presse, firent l'éloge du gouvernement d'Helmut Kohl à Bonn en rapport avec les discussions sur les missions futures de la Bundeswehr au début des années 90 pour avoir (ainsi dans le FAZ du 10.01.1992) "fait ses adieux du recoin tranquille de la province ouest-allemande".
Le premier test pour le retentissement de cette stratégie de légitimation fut la guerre du Golfe de 1991, à laquelle la République fédérale contribua surtout financièrement outre des apports logistiques. Quelque temps après que les discussions sur la guerre du Golfe se soient calmées, au début du conflit armé dans les Balkans, l'Inspecteur général de la Bundeswehr de l'époque, le Général Naumann, exigea, au 34ième congrès des commandeurs, un, comme le titra le Frankfurter Allgemeine Zeitung (6.10.1993), "nouveau soldat". Naumann déclara : ""Innere Führung", instruction rigoureuse au combat et la disponibilité de faire face demain à une intervention à lextérieur de lAllemagne, ne sont pas des contradictions, au contraire." Le FAZ déclara ensuite à l'égard de la déclaration normative de Naumann : "La guerre (en ex-Yougoslavie) montre également qu'un mandat de casque bleu seul sur la base du maintien de la paix sans l'usage de la force ne suffit pas. Le cas normal devra être dans les futures missions de maintien de la paix de l'ONU un "mandat robuste", qui autorise l'emploi de la "riposte contrôlée." Cette déclaration de l'Inspecteur général essuya de vastes observations en raison de son importance significative pour la mutation en cours du climat politique de sécurité de l'Allemagne réunifiée : le pays européen, mesuré comme ayant la plus grande population et comme étant le plus fort économiquement, se détacha clairement de la logique civile des décennies de l'après-guerre pour accorder plus de place à la logique militaire.
L'expansion des activités politiques de sécurité des Nations Unies (ONU) à la suite du conflit en Somalie et ensuite surtout dans la Yougoslavie en décomposition, servit, concernant la politique intérieure à partir de 1992, de champ central des discussions sur le nouveau sens d'une armée allemande, des missions de la Bundeswehr vers l'humanitaire et finalement aussi vers des activités militaires à l'extérieur de l'Allemagne en dehors du domaine d'influence résolument restreint de l'OTAN. Une discussion, qui fut également menée en public en raison des revendications de restreindre efficacement l'armement en République fédérale dans le cercle de l'opposition politique. L'argumentation des conservateurs en Allemagne affirmait quelle ne devait pas se replier pour toujours sur son rôle spécifique (sous-entendu : Etat, berceau du nazisme, de la persécution des juifs et de destruction massive, tout comme cause de la deuxième guerre mondiale). "Le public mondial" a un "droit" à une participation équitable d'une Allemagne, à laquelle les grandes puissances auraient "offert", avec l'unification, la souveraineté complète, à la résolution des éventuels conflits sur la terre. (Au milieu de la guerre aérienne de l'OTAN contre la Yougoslavie, le discours sur "Auschwitz" devait, seulement quelques années plus tard, en 1999, servir aux Ministres Scharping et Fischer pour légitimer la participation aux bombardements).
Retour à la recherche de la "nouvelle" Allemagne après un non moins nouveau rôle concernant la politique de sécurité : Un regard sur le développement du nombre de demandes d'objecteurs de conscience dans la première moitié des années 90 peut mettre en lumière le succès douteux des efforts de Bonn auprès des appelés, aux fins dune nouvelle légitimation de la Bundeswehr en tant quinstrument politique "normal".
Fin 1987, 63.000 appelés avaient fait une demande d'objection de conscience, mais ce chiffre augmenta à près de 74.000 au cours de la Perestroika et de la Glasnost en Union soviétique jusque 1989. En 1991, l'année de limplosion de l'Organisation du Pacte de Varsovie comme à la suite de la deuxième guerre du Golfe, il y eu déjà 151.000 demandes (en comparaison : sans les nouveaux Länder le nombre se situerait à 132.000) ; dans l'année suivante, en 1992, il était encore de 134.000 (sans les nouveaux Länder : 109.000). En dehors de la "perte" de l'Union soviétique en tant qu'idée préconçue de l'adversaire, une grande peur de la guerre (du Golfe) de la part des appelés allemands fut ici d'une grande importance : les missions de la Bundeswehr dans les territoires en crise signifièrent -contrairement au service de jadis que lennemi soit coloré en rouge ou en orange - sans doute un risque beaucoup plus fort pour le corps et la vie.
Dans les années suivantes, la courbe des demandes d'objection de conscience s'aplanit, également dû à des années de moins forte natalité, tout dabord de manière significative : elle était en 1993 à 130.000, en 1994 à 126.000. En 1995, année de la décision, fortement controversée dans la classe politique, du Bundestag pour reformuler les missions de la Bundeswehr, le nombre de demandes d'objection de conscience augmenta à nouveau fortement, cette fois jusquà près de 161.000 (Frankfurter Allgemeine Zeitung du 8 mars 1995 et du 1er février 1996), pour, jusqu'en 2000, rester à ce niveau élevé. La guerre en Yougoslavie a dû montrer clairement à beaucoup d'appelés que la nature de la Bundeswehr s'est fondamentalement transformée que, maintenant, il faut compter avec de nombreuses interventions et la guerre. 23)
Un sondage de l'Institut des sciences sociales de la Bundeswehr (SOWI) sur les appelés au sujet du "sens du service militaire pour l'individu" a également connu un résultat absolument catastrophique pour la période du "tournant" allemand 24). En 1972, 28% des appelés trouvaient toujours le service militaire plein de sens ; à partir de 1977, cette valeur oscilla encore entre 10 et 16% (En 1992 dans les anciens Bundesländer (ABL) : 17%, dans les nouveaux Länder (NBL) : 11%). Le service militaire était tenu, au contraire, pour vide de sens, entre 52 (1972) et 36% (1989). Les valeurs pour 1992 étaient à 41% (ABL) et 50% (NBL).
Influencée, d'un côté par le nombre important, de façon persistante, des objecteurs de conscience, d'un autre côté par le débat analogue dans la France voisine, la classe politique de la République fédérale discute de temps en temps de projets visant à supprimer le service militaire au profit d'une armée de métier. En ce moment, le service obligatoire nest pas remis en question par des institutions renommées ou des partis politiques, excepté Bündnis 90/DIE GRÜNEN comme le parti libéral et démocratique (FDP), ne serait-ce quil reste des réserves auto imposées en matière de politique de sécurité. Et compte tenu de la signification du service civil des 150.000 appelés.
En même temps, les planifications à moyen et à long terme pour la Bundeswehr envisageaient déjà des structures suggérant la professionnalisation d'au moins une partie de l'armée : au milieu des années 90 fut commencée, au cours de la réduction du nombre de soldats de la Bundeswehr à seulement 340.000, la restructuration d'un côté des Hautes forces de défense (prévu à 260.000) et les forces de réaction de crise (KRK). 25) Les derniers furent envisagés comme étant des "brigades aéroportées et très mobiles de soutien au combat", qui, ainsi affirmées par le Ministre fédéral de la défense, avaient pour but "la défense du pays et de l'Alliance dans des conditions de sécurité améliorées de façon notable et la participation convenable et efficace à l'apaisement de crises internationales". 26) Un autre chapitre de la différentiation de la Bundeswehr intervint avec l'installation dun commando de forces spéciales de combat (KSK) à Calw à partir du 1er avril 1996, comprenant 1.000 hommes, qui, ainsi le journal "Die Welt" (du 28.1.1995), devait prendre le rôle d'une "brigade de commando pour le combat de guérilla". 27) Les changements de structures les plus récents furent engendrés au milieu de l'année 2000 à travers les rapports de la commission Weizsäcker et à partir des projets de réforme du Ministère de la Défense sous Scharping. Je reviendrai sur ces points ci-après.