Arbeitstexte de travail

Jeunesse, Défense et Sécurité en Europe

avec des contributions de : Johannes Maria Becker, Pascal Dubellé, Jean-Paul Kieffer
Paul Klein, Patrick Mignon, Ulrike C. Nikutta-Wasmuht, Anja Seiffert

 

Sommaire

Johannes M. Becker
La légitimation du militaire en France et en Allemagne

5. France : Les crises de légitimation françaises

5.1 De la défaite de 1940 à la libération de l'Allemagne

La Seconde guerre mondiale finit également pour la France le 8 mai 1945. La France se trouvait, bien que submergée en 1940 par la Wehrmacht, tout de même du côté des puissances vainqueurs. Face à la guerre de mouvement dans le Nord du pays - et comme cela apparut à quelques observateurs, de façon trop complaisante - la classe politique et à sa tête la direction militaire avaient capitulé quelques semaines après le début de l'attaque allemande, en grande partie avec l'espoir d'un rôle privilégié de la France dans la période (d'après) guerre du fascisme allemand. Le pays était divisé entre les défenseurs d'une collaboration et ceux de la Résistance.
30) A l'aide décisive des troupes de la coalition anti-Hitler et à la fin aussi avec la participation active des militaires français, les occupants allemands furent largement chassés hors du pays jusqu'à la fin de 1944.

Le problème central de la société française, comme des militaires français dans les années après 1944, fut de surmonter la division de la société entre les anciens partisans de la Résistance et ceux de Vichy. A la fin de la guerre et pour de nombreuses raisons, la France avait fait des pas en avant pour résoudre cette grave crise de légitimation du militaire de 1940 :

* Le fait de guerre, comprenant l'occupation de la France, rendait impossible en premier lieu un traitement politique de l'"étrange défaite" (M. Bloch). Le déplacement des actions centrales de guerre en Union soviétique fit le reste.

* L'Allemagne nationale-socialiste avait laissé à la France de Vichy l'administration de ses colonies et par là même aussi des troupes stationnant sur place. Ainsi et dans une certaine mesure, une "culture militaire" pouvait s’y maintenir.

* Une part croissante aussi des militaires français s'était ralliée, au cours de l'occupation de la France, surtout après 1942, aux rangs de la Résistance.

* Les troupes françaises avaient pris part, dans une mesure croissante, à la libération du pays, comme à la libération de l'Allemagne et de l'Autriche. Les chefs militaires comme le Général de Lattre, Koenig ou encore Bethouart furent très populaires en France durant les années de la Libération.

* Le pays comptait, bien que contraint à la capitulation par la Wehrmacht en 1940, parmi les puissances vainqueurs en 1945.

* Toutefois, tous ces arguments furent recouverts par la personnalité d'un militaire promu au rang d'homme politique couronné de succès. Le Général de Gaulle personnifiait pour la France, dans l’immédiat de l’après-guerre, l'insoumission à l'occupant allemand ; il incarnait la volonté de résistance militaire et même la faculté de s'imposer à l'encontre des Etats-Unis très présents politiquement et militairement en Europe de l'Ouest. De Gaulle, semble-t-il, avait rendu à la France son honneur et particulièrement à son armée.



5.2 La guerre d'Indochine et Diên Biên Phu

Dès 1946 s'érigea en Indochine un mouvement d'indépendance. La France, avec ses vielles prétentions coloniales, fut rapidement impliquée dans la guerre. La guerre contre le mouvement révolutionnaire socialiste des Viêt-minh, "la sale guerre" (1946 - 1954), commença. Dans la société française, tout comme dans l'armée, la phase de collaboration et celle de la Résistance passèrent à l'arrière-plan : la division psychosociologique du pays ne pouvait se réduire. Les besoins nationaux, en première ligne les problèmes socio-économiques, suite aux quatre années de saignée de la France au profit de la direction militaire allemande, tinrent le pays en haleine.

La défaite militaire de Diên Biên Phu, en 1954, fut certes enregistrée douloureusement en France. Cependant, la crise de légitimation qui en est issue n'est pas comparable à celle de 1940 pour les raisons suivantes :

* La guerre d'Indochine fut menée très loin et dans une région avec une faible densité de colons. L'intérêt pour la guerre fut ainsi faible dans la mère-patrie.

* Parmi les près de 180.000 soldats se trouvaient beaucoup de non Français, en première ligne de pays nord-africains, et aussi les troupes de la Légion Étrangère.

* Les appelés n'ont pas participé aux combats. Les charges financières de la guerre furent aussi supportées à partir de 1950 par les Etats-Unis.

Finalement, les critiques de la guerre d'Indochine furent relativement isolées : à côté du Parti communiste français ne se trouvaient au début que quelques intellectuels et catholiques de gauche.



5.3 La guerre d'Algérie et les Accords d´Evian

La guerre d'Algérie, qui éclata tout de suite après la défaite en Indochine, avait pour la société française, comme pour l'armée, un autre caractère. "L´Algérie Française" fut la seule colonie de la France avec une forte densité de colons et avec une importante pénétration de l’économie et des personnes. Au début, les nombreux gouvernements changeants de la IVème République banalisèrent leurs opérations contre le mouvement d'indépendance algérien, en les appelant des "actions de police". Cependant, en 1956, ils passèrent ouvertement à une confrontation massive. Cette guerre fut également menée avec des appelés, elle coûta finalement la vie de près de 175.000 hommes, parmi eux 25.000 citoyens français.
31)

Au cours de la guerre, l'armée employa, dans quelques cas, des pratiques de torture et de mort et finit par là de susciter un mouvement populaire croissant en France où, au départ, une opposition ne se développa que de façon hésitante. L'armée fit perdre à la France beaucoup de crédit en politique extérieure notamment par sa politique de guerre parfois arbitraire, ainsi - à côté des tortures - par l'enlèvement du chef de la résistance Ben Bella, par le bombardement d'un village frontalier tunisien. Alors qu’en mai 1958 un putsch militaire des troupes françaises contre la IVème République n’étant même plus exclu, le Général de Gaulle prit le pouvoir, après s’être entendu avec le Général Massu, commandant en chef des (fortes) troupes d’occupation françaises en Allemagne.

De Gaulle, toujours pourvu de l’aura du chef militaire et du combattant de la Résistance, représentant de surcroît un maillon dans la césure toujours non surmontée dans le pays, suite à la défaite et à l’occupation, était pour l’armée, à cette époque, encore le garant du maintien du statut de l’"Algérie Française". Au cours des mois suivants, il réussit toutefois à faire comprendre en France, y compris à la grande majorité de la direction militaire, que l’Algérie ne pouvait plus être tenue. Après de longues négociations de paix, elle obtenait, en mars 1962, son autonomie. Auparavant, en avril 1961, un putsch de quatre généraux stationnés en Algérie contre le gouvernement à Paris avait encore échoué. L’armée ne se résigna, comme l’ensemble du pays, dans son importante majorité que difficilement à la perte de l’Algérie et, bien sûr, à la guerre perdue. (Dans certaines parties de l’armée, de Gaulle fut considéré comme un traître. Beaucoup ne croyant pas la guerre en Algérie perdue, se sentaient plutôt, une fois de plus, abandonnés par la politique). Le 19 mars 1962 se termina avec les Accords d´Evian pour la France un état de guerre de plus de deux décennies ayant débuté le 9 septembre 1939, le jour de la déclaration de guerre de la France au fascisme allemand.

Après la crise de l’"étrange défaite" de 1940, la perte de l’Algérie signifiait pour l’armée française la plus profonde entaille. Aujourd’hui, cette crise ne semble pas encore surmontée. Les sciences également ne trouvent que lentement la voie pour travailler la sale guerre. Dans de nombreux colloques
32), les raisons suivantes m’ont été citées :

* Les archives en question ne furent rendues que lentement accessibles au public.

* De nombreux témoins de l’époque de la guerre d’Algérie et de son arrière-plan politique, comme l’OAS, sont encore en vie (ce qui a des répercussions à l’égard de la situation des archives).

* Le traitement sans réserves de la guerre d’Algérie se com-plique encore plus par l’existence de millions de "Français d’Algérie", c’est-à-dire des Algériens ayant collaboré autre-fois avec les colons français, qui, après leur émigration, en partie fuite, vivent aujourd’hui en France.

* La situation politique actuelle explosive en Algérie est citée comme un argument supplémentaire.

A la fin des années 60 ce fut, à première vue, une fois de plus Charles de Gaulle 33), qui surmonta la crise. Sa, d’abord, très mauvaise image dans l’armée suite aux Accords d´Evian s’améliora avec les évènements politiques de l’année 1968. De Gaulle survécut non seulement à cette crise, mais il gagna même par la suite les élections législatives en juin 1968 : ceci avec la majorité absolue pour le mouvement gaulliste. Son slogan "moi ou le chaos" doit avoir paru plus que clair à la société civile française après la forte instabilité de mai 1968. A l’intérieur de l’armée également, mai 68 avait laissé temporairement des traces : notamment les groupes trotskistes avaient, par exemple, avec la mise en place de comités de soldats, attisé la braise.


5.4 Le "consensus militaire national" en France
34)

En se confrontant à la théorie du complexe militaro-industriel Wilfried von Bredow a évoqué comme l’une de ses caractéristiques que s’estompent "des lignes de séparation traditionnelles entre le civil et le militaire", ou pour reprendre l’expression de Monika Medick : c‘est l’"érosion de la séparation entre les secteurs civil et militaire de la société".
35)

Les deux phénomènes s’éclairent, pour l’histoire de France après l’effondrement de la IIIè République en 1940 et notamment pour sa période d’après-guerre, par une longue chaîne de développements :

* La phase de Résistance avait déjà brouillé les lignes de séparation. D’une part, la distinction entre la résistance militaire et non militaire avait déjà été très difficile à opérer. D’autre part, dans la conscience des masses, l’armée française avait, à travers ses passages successifs déjà mentionnés dans les rangs des troupes de la Résistance durant la guerre, et à travers le fait que la France compte parmi les puissances vainqueurs après 1945, considérablement regagné le crédit perdu en 1940. Grâce à sa participation active à la libération et à l’occupation de l’Allemagne, l’armée avait probablement encore gagné en estime dans une large partie de la population.

* Après 1944/45, la France connut seulement une courte et légère phase de démobilisation : l’occupation de l’Allemagne et de l’Autriche, mais surtout la guerre d’Indochine qui commença à la fin de l’année 1946, contribuèrent à tenir le pays en état d’une (bien que délimitée) militarisation. A la guerre d’Indochine suivit sans transition la guerre d’Algérie.

* Dans l’intervalle déjà, les préparatifs secrets et illégaux pour un programme d’armement atomique avaient commencé : il fut poursuivi avec force après sa prise du pouvoir par le Général de Gaulle.

A la suite des défaites ressenties comme honteuses dans les guerres coloniales, la bombe atomique, incarnée dans la Force de frappe, devait jouer un rôle essentiel dans la conscience de masse française pour regagner, dans les décennies qui suivirent, l’autorité mondiale perdue. D’autant plus que de Gaulle semblait réussir à résister à la saisie de cette arme nationale 36) par les Etats-Unis et l’OTAN. En 1966, il quitta, après une longue période de pression politique à l’intérieur de l’OTAN, l’intégration militaire de l’Alliance atlantique. Un acte d’armement avait, semble-t-il, aidé à rétablir dans la conscience de masse la souveraineté de la politique française (seuls les communistes et une partie des socialistes s’opposèrent).

* L’arme nucléaire est aussi, avec la production de plutonium, au centre de la confusion économique entre le politique (ici de l’énergie) civile et militaire ; la forte proportion du nucléaire au budget de la défense dans la phase d’élaboration de la Force de frappe renforça cet effet.

* Finalement, l’exemple le plus significatif pour les fonctions ci-dessus technologique, de recherche, d’emploi et conjoncturelle de l’armée et par là même pour l’"érosion de la séparation entre le secteur civil et militaire" : l’exportation d’armement. Celle-ci subit une forte augmentation sous le Président de la République Giscard d'Estaing (1974 - 1981), la France devint le troisième exportateur d’armes au monde.

D’autres facteurs connus renforcent ces propos et mettent en lumière de grandes différences entre les cultures militaires française et (ouest) allemande jusque dans les années 90 :

* Les forces armées ont en France aussi un fort poids en politique intérieur ; cela s’exprime par exemple dans - empreinte de fierté nationale - la commémoration de la libération de la France, cela s’exprima en relation avec la prise de pouvoir du Général de Gaulle en 1958 et avec le rôle important à l’époque de l’armée, qui est mise en évidence de nouveau chaque année à l’occasion du 8 mai ou du 14 juillet avec de grandes parades militaires ; celles-ci trouvent un large consensus ;

* A travers le principe du service militaire, l’armée a aussi en France influencé jusqu’à ces dernières années, (le service militaire est arrêté à partir de 2002) le point de vue politique et social d’un grand nombre de jeunes hommes surtout : Jusque dans le milieu des années 90, parmi les 500.000 soldats environ, près de 210.000 furent des appelés, ils formèrent ainsi bien 40 % des forces de l’armée dans son ensemble.

Dans ce dispositif global de la politique de sécurité de la France dans la période d’après-guerre, en particulier pendant la Ve République (depuis 1958) les deux grands partis de gauche le PS et le PCF (plus le MRG, l’appendice du PS) accédèrent, à leur propre surprise, à la responsabilité gouvernementale. Déjà quelques années avant mai 1981, les socialistes et communistes français avaient accompli des changements considérables dans la question centrale de la politique de sécurité, dans la problématique de l’armement nucléaire stratégique. Tout d’abord : des positions de refus radical, encore au moment du Programme commun (à partir de 1972) y compris la promesse de diminuer la Force de frappe dans le cas d’une victoire électorale ; puis : son acceptation de bon cœur (PS) ou de façon plus réticente (PCF) ; son acceptation en tant que garant de la souveraineté nationale française. 37) Le consensus dans la politique nucléaire, militaire comme soi-disant "civil", entraîna ensuite après 1981 la politique gouvernementale du consensus militaire national dans son ensemble. Les socialistes et les communistes français agrandirent énormément les forces nucléaires, accrurent les exportations d’armes, stationnèrent les instruments de navigation dans l’espace interstellaire, etc.


5.5 La renaissance gaulliste en France sous Jacques Chirac

L’élection du néo-gaulliste Jacques Chirac à la présidence de la République française en mai 1995 devait activer la politique de sécurité parisienne. Chirac ouvrit son bilan politique avec un coup de timbale, en reprenant encore à l’été 1995 les essais nucléaires, abandonnés par son prédécesseur social-démocrate Mitterrand, dans le Pacifique sud. Malgré une importante vague inattendue de protestations internationales (le Parlement européen lui-même condamna la politique de Paris), malgré la menace d’atteintes aux exportations françaises, enfin malgré le risque d’une amélioration de l’image de la gauche politique en tant que défenseurs de la détente et du désarmement, Chirac et son Premier Ministre Alain Juppé, également gaulliste, restèrent sur la ligne des essais.

Dans la politique de sécurité des successeurs de de Gaulle survint un mouvement nouveau, quand la direction de l’Etat français au printemps - apparemment temporellement impressionnée par les protestations des alliés (le gouvernement de Bonn restait en retrait) - a laissé entendre deux réflexions tout à fait non-gaullistes :

1. Dans l’avenir proche, il serait concevable que la couverture par l’arme nucléaire de la France, à l’optimisation de laquelle les essais de Mururoa de 1995/96 devaient servir, puisse être étendue à la République fédérale, voire par la suite être intégrée dans la structure de l’Union européenne ;

2. La France laissait entrevoir qu’elle pourrait considérer de réintégrer aussi militairement l’alliance de l’OTAN.

Les deux points furent accueillis avec beaucoup d’attention par les cercles de politique de sécurité, et même avec euphorie par la plupart des cercles conservateurs non français. Une analyse plus précise faisait apparaître des préalables décisifs : Chirac et ses conseillers voulurent renforcer les intégrations uniquement dans le cas d’une plus grande autonomie précisément des structures européennes, aussi bien dans les structures de la politique européenne de sécurité et de coopération de l’Union européenne (PESC), qu’au sein d’une re-définition des missions de l’OTAN en Europe.

3. Dans un troisième temps, le Président Chirac s’est fait remarquer dans son domaine réservé, la politique de sécurité. Dès la première année de son mandat, il annonça la suppression, plus précisément la cessation du service militaire et la création d’une pure armée de métier jusqu’en 2002.
38) Cette décision, tout à fait comparable au débat naissant en Allemagne, n’est pas à imputer non plus à une perte de légitimation de l’armée française. Au contraire, une armée de métier paraissait à la cohabitation Chirac (RPR)/Jospin (PS), bien plus qu’une armée d’appelés apte à répondre aux intérêts mondiaux d’intervention de la France, c’est-à-dire aux prétentions de la France de compléter l’unilatéralité actuelle (dominée par les Etats-Unis) par une composante soit plus française, soit plutôt (selon aussi les conditions politiques) européenne.

Le consensus militaire national est devenu comme une grandeur de décision pour la France de la Vème République, en particulier - ceci après que les partis de gauche se soient conformés, dans la question des armes atomiques. Et il distingue ainsi la culture militaire française - au moins jusqu’à la fin des années 90 - clairement de l’allemande. Spécifiquement français est le vaste lien ininterrompu de la grande majorité de la population à l’armée nationale et également le poids spécifique des militaires à la consolidation de la position aujourd’hui contestée de la France dans le jeu des forces politiques mondiales, ce qui fait le consensus de tous les grands partis et des groupes d’intérêts politiques. L’armée française ne connaît, jusqu’à aujourd’hui, aucune césure décisive comme son pendant allemand par exemple en 1945. Ni la défaite controversée de 1940, ni les guerres coloniales et les crimes de guerre ne ternirent durablement la place de l’armée nationale dans la conscience des masses. Les gouvernements français d’après-guerre, contrairement au gouvernement fédéral allemand, firent les intégrations militaires, volontairement, en tout cas pas sous la pression de la légitimation de leur existence propre. Au contraire : le Président de Gaulle accentua la souveraineté nationale politico-militaire en 1966 à travers le retrait (conflictuel) de la France de l’intégration militaire de l’OTAN.

La revue Armées d´Aujourd´hui publia en 1995 le résultat d’études sur les attitudes vis-à-vis de l’armée française de 1984 à 1995. Durant cette période, la part des Français ayant une bonne opinion de l’armée augmenta continuellement de 65% à dernièrement 74%. Sur l’ensemble de la période de l’enquête, entre 23% (1985) et 17% (1993) seulement avaient, aussi de façon assez constante, une mauvaise opinion. En 1995, le taux était de 22%.

Or ces tendances actuelles en France, autrement qu’en République fédérale d’Allemagne, ne sont pas à attribuer à la suppression d’une image de l’ennemi. La stratégie nucléaire "Tous azimuts - y compris évidemment la distance géographique à la frontière entre les systèmes est et ouest sur l’Elbe - a fait que la période entre la chute du Mur de Berlin et l’implosion de la Communauté du Pacte de Varsovie n’avait même pas pour conséquence de provoquer ne serait-ce qu’un début de crise de légitimation de l’armée. Les images hostiles liées à l’Union soviétique, au socialisme et au communisme furent, autrement que chez nous, des concepts d’ennemi parmi d’autres. Le rapport problématique avec certains pays arabes comme la Libye ou l’Algérie poussèrent aussi au centre des craintes anti-islamiques. En second lieu : le souci de la France de supranationalité et d’européisation dans le domaine militaire est, entre autres, le résultat du nouvel unilatéralisme dominé par les Etats-Unis, et d’autre part, sans doute de la recherche d’une réaction appropriée au nouveau rôle politique et militaire de l’Allemagne réunifiée.

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