Arbeitstexte de travail

Jeunesse, Défense et Sécurité en Europe

avec des contributions de : Johannes Maria Becker, Pascal Dubellé, Jean-Paul Kieffer
Paul Klein, Patrick Mignon, Ulrike C. Nikutta-Wasmuht, Anja Seiffert

 

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Pascal Dubellé
Les cultures militaires de la France et de l’Allemagne :
deux conceptions, deux histoires parallèles

"C’est seulement en comprenant leurs passés que les Français et les Allemands pourront vivre la plénitude de leur appartenance à l’union de l’Europe. Car si l’avenir se nourrit de l’histoire, c’est l’avenir seul qui confère à l’histoire son véritable sens."
J. Rovan : Histoire de l’Allemagne des origines à nos jours. Éditions du Seuil, 1998.


Avant-propos

Favoriser le rapprochement des Français et des Allemands est le fondement politique de l’Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ). Cet organisme s’emploie ainsi à mettre en oeuvre rencontres et échanges afin que, se connaissant mieux, s’atténuent les rancoeurs historiques, les préjugés et les peurs qui, si longtemps et si douloureusement, opposèrent Français et Allemands et qui, peut-être, les séparent encore.

Notre projet de recherche a donc choisi d’approcher sous l’angle interculturel franco-allemand la délicate question militaire. Dans le début des années 1990, pareille initiative pouvait apparaître comme une gageure, là où, quelques années plus tôt, elle eût été considérée comme provocatrice. Mais la France et l’Allemagne étaient sur la voie du rapprochement affichant une volonté commune de tourner la page d’une ancestrale rivalité qui fut intellectuelle et culturelle en un premier temps, politique et militaire ensuite avec l’édification de l’Etat Nation.

Des gestes, à forte portée symbolique, avaient été accomplis afin d’asseoir la réconciliation des peuples. Tout le monde gardait en mémoire l’image du président français tenant la main du chancelier allemand devant l’ossuaire de Verdun. Tout le monde se souvenait aussi de la présence d’éléments de la Bundeswehr défilant sur les Champs-Élysées lors des cérémonies militaires du 14 juillet à l’invitation du président Mitterrand, invitation controversée à l’époque, rendue intolérable à certains - l’ex-président Valéry Giscard d’Estaing, bien qu’européen convaincu, étant de ceux-là - car leur était ainsi évoqué trop directement le douloureux et fâcheux précédent de 1940.

Lorsque ce projet prit forme, le bloc communiste venait de s’effondrer créant un nouvel équilibre des forces dans le monde qui confirmait la prééminence politique et militaire des États-Unis d’Amérique. Autres réactions d’importance : l’Allemagne trouvait le chemin de sa réunification alors que, dans le même temps, la Yougoslavie explosait sous l’effet de revendications nationalistes, étouffées par l’ère communiste ; des guerres d’un genre nouveau faisaient leur apparition : des guerres à fort potentiel technologique, initiées par la "guerre du Golfe" en 1991 et poursuivie dans l’intervention au Kosovo en 1999, des guerres dites humanitaires posant de nombreuses questions éthiques (le mot est à la mode), morales, militaires et politiques, des guerres, enfin, où s’exprimaient les nationalismes forcenés et leur volonté d’épuration ethnique qu’on croyait d’un autre âge.

L’établissement de ce "nouvel ordre mondial" eut pour effet de renforcer la coopération franco-allemande autour du projet de construction européenne ; il entraîna aussi d’importants changements au niveau militaire avec la suppression de la conscription obligatoire en France et la participation progressive de la Bundes-wehr aux conflits armés, puis son engagement effectif au sein des forces de l’OTAN lors de la dernière intervention dans les Balkans.
Dans ce contexte, l’expérience de la brigade franco-allemande appelait un développement et une collaboration plus étroite encore de nos deux pays. Mais quelle forme et quel contenu pouvait prendre cette collaboration qui rencontrerait nécessairement de multiples difficultés politiques, juridiques, mais aussi d’ordre relationnel, pour ne pas dire culturel, et d’autres tout à fait pra-tiques ? N’allait-on pas devoir régler d’épineux problèmes de coordination après que la France eût choisi d’engager ses armées sur la voie de la professionnalisation et alors que l’Allemagne désirait garder une conscription censée lui servir de caution morale et de garantie démocratique pour la Bundeswehr ?

Au sortir de l’ère des oppositions idéologiques et à l’heure où la construction de l’Europe communautaire entrait dans une phase plus active avec les accords de Maastricht, il parut donc opportun à l’OFAJ de faire le point sur l’état des cultures militaires de la France et de l’Allemagne. Le moment semblait propice, il serait révélateur. Aussi notre projet allait-il tenter de prendre la mesure des spécificités culturelles de ces pays en matière militaire et, partant, de concevoir comment intégrer dans une vision communautaire des spécificités qui, par essence, sont nationales.

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