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X. Le travail sur les conflits
61. L'animation existentielle suppose un travail sur les conflits. L'élaboration, c'est-à-dire la prise de conscience pleine, des conflits avec soi-même et avec les autres, est nécessaire au mûrissement et à l'engagement dans un projet personnel.
62. L'élaboration des conflits s'effectue, et peut se lire, sur plusieurs plans simultanés :
- celui des rapports imaginaires réciproques entre les figures d'autorité et de pouvoir (animateurs professionnels ou figures privilégiées dans le cas d'un groupe autogéré, institutions et leurs représentants), et les participants ;
- celui des rapports de pouvoir entre eux ;
- celui des rapports entre participants ;
- celui du rapport à soi-même ;
- celui de l'élaboration et de l'explicitation des projets.
Elle est jalonnée par plusieurs étapes que nous appellerons la soumission, la contestation, la revendication, la confrontation, la confrontation généralisée. Ces étapes, bien sûr, se chevauchent sans frontières absolues, et il existe par ailleurs des décalages entre l'évolution des divers individus.
63. La situation de départ, celle de la soumission, se caractérise par le refoulement des enjeux personnels et des conflits.
L'attente des participants pour le groupe se définit par l'attente que les animateurs et les institutions ont pour eux. Elle est codifiée dans leur langage, ce qui les dispense d'exprimer un projet personnel. Le rapport à soi est vécu comme non-conflictuel et non-problématique, ou plutôt les contradictions personnelles sont entièrement projetées sur une demande, socialement acceptable, dirigée vers les animateurs et que ceux-ci vont combler. Les autorités et les pouvoirs sont construits inconsciemment comme des divinités tutélaires et bienfaisantes dont on attend une protection mythique. Ils exercent sur le groupe un pouvoir absolu, que l'on reconnaît et auquel on se soumet. L'agression et le conflit envers eux sont complètement refoulés. Eux-mêmes poursuivent sans obstacle un rêve de toute-puissance dans leurs rapports avec les participants. Le contrat de dépendance joue des deux côtés, avec son plein effet. Les rapports entre participants sont complètement dominés par les rapports avec les animateurs. Ils se caractérisent par l'indifférence, ou la méfiance, et une rivalité inconsciente pour obtenir l'attention et la faveur des animateurs.
64. Lorsque les conflits avec les autorités et les pouvoirs commencent à s'exprimer, ils prennent d'abord la forme de la contestation. C'est, par exemple, souvent le silence, la passivité, l'obstruction, l'absence ou le départ. Ou bien des demandes vagues et indéfinies qui conservent un caractère abstrait. Les autorités et les pouvoirs répondent à la contestation par diverses manoeuvres de pouvoir (reconnaissance formelle des demandes, simulacres de satisfaction, "bonnes relations" avec les participants...) dont aucune ne remet vraiment en question leur pouvoir, ni ses fondements psychologiques.
Dans cette période l'attitude envers les autorités et les pouvoirs est ambivalente : on attend d'eux une protection et on les déteste pour la dépendance qu'ils font régner. Mais le conflit avec eux reste latent, il est bloqué par la dépendance qu'on éprouve inconsciemment envers eux et qu'on ne peut s'avouer.
Cette situation se caractérise par la confusion des enjeux et des risques. Des projets personnels et collectifs commencent à s'exprimer. Mais chacun s'imagine sans se l'avouer, qu'il peut tout obtenir de ce qu'il désire sans risquer réellement de conflit ni avec soi-même, ni avec les autres. Par exemple, pour des participants militants de l'autogestion, obtenir que le groupe soit autogéré sans risquer de perdre la sympathie des animateurs institutionnels du groupe ni la protection de l'institution qui cautionne le projet. Ou pour des femmes de rompre des attitudes de soumission aux conduites masculines sans risquer de perdre l'appui des hommes du groupe. Ou pour un animateur professionnel de s'imaginer qu'il pourra réaliser son projet pédagogique d'autonomie des participants sans risquer de perdre les délices narcissiques qu'il tire de sa situation de pouvoir. Dans cette situation, les enjeux conscients sont contrebalancés par des enjeux et des risques inconscients. Pour les participants, ce sont principalement les satisfactions affectives qu'ils retirent de leurs rapports d'identification et de projection avec les animateurs, ainsi qu'avec les institutions dominantes, la protection qu'ils leur apportent contre leurs doutes, leurs sentiments de manque, de non-identité. Symétriquement, les animateurs et les représentants du pouvoir ne peuvent remettre en question les satisfactions qu'ils retirent de leur position de dominance psychologique et sociale. Pour les uns et les autres, l'enjeu et le risque inconscient, qu'aucun n'est prêt à affronter vraiment, c'est le maintien ou la dissolution du contrat de dépendance implicite. C'est parce que le contrat de dépendance ne peut être reconnu, encore moins remis en question, que les enjeux individuels et collectifs ne peuvent être mis en jeu dans un conflit réel, qui remet en question nécessairement les positions de chacun et les bases de sa sécurité. C'est un pseudo-conflit de part et d'autre, un jeu avec le conflit et non un conflit réel.
Pour la même raison, les conflits avec soi-même sont occultés, en particulier l'ambivalence envers l'autorité et le pouvoir, à la fois sources de réalisation de soi et obstacles à cette réalisation, ainsi que l'ambivalence symétrique des autorités et des pouvoirs envers les participants.
C'est pour cette raison également que les projets individuels et collectifs restent vagues et abstraits. Ce sont des rêves et des utopies de changement, radical et absolu, mais non des désirs de changement concrets, centrés sur des objectifs spécifiques à atteindre maintenant dans la situation. Ce sont des projets de changement imaginaires. La satisfaction imaginaire du désir de changement permet de ne pas engager de conflit réel ni avec soi-même, ni avec l'autorité et le pouvoir. Le changement est attendu d'une manipulation magique opérée par les autres (en fait, sans qu'on se l'avoue, par l'autorité et le pouvoir).
Dans cette période, des rapports d'association entre les participants peuvent s'engager, autour de projets de changement, mais sans donner lieu à une solidarité concrète pour changer la situation, car les rapports d'allégeance inconscients fondamentaux restent ceux qui lient les participants aux autorités et aux pouvoirs, et ils s'interposent en tiers entre les participants. Cela se traduit par la difficulté d'adopter une attitude commune vis-à-vis de l'autorité et du pouvoir.
65. La contestation est suivie en général ou accompagnée par la revendication. On se plaint, on réclame, on attaque personnellement l'autorité et le pouvoir, parfois très violemment. Mais pas plus que dans le cas de la contestation, l'on n'exige de façon précise, en affrontant le risque de la rupture. On ne s'engage pas dans un conflit réel avec l'autorité et le pouvoir ni avec soi-même (avec sa propre peur de perdre la protection). L'attitude envers l'autorité et le pouvoir reste ambivalente, mais cette ambivalence se complique d'une ambivalence non-reconnue envers soi-même. L'hostilité envers eux s'exprime de plus en plus directement, mais ce conflit avec eux cache un conflit interne, intra-personnel, qui reste inconscient. On les déteste pour la dépendance qu'ils font régner, mais à travers cette détestation, c'est sa propre attitude dépendante que l'on déteste aussi, que l'on ne peut s'avouer et à laquelle on ne peut renoncer. On leur en veut d'encourager la dépendance, mais aussi de n'avoir pas su la préserver, de n'avoir pas vécu à la hauteur des attentes mythiques dont on les avait investis. C'est l'ère de la déception et de l'amertume, une déception que l'on ne peut avouer car elle dévoilerait la dépendance. On hait et on regrette sa dépendance, on regrette l'identité mythique qu'elle assurait et pour laquelle on n'a pas de substitut. Le changement est vécu comme destructif, destructif de l'identité de chacun. On construit inconsciemment l'autorité et le pouvoir comme des divinités démoniaques que l'on investit du pouvoir de détruire, car on ne peut reconnaître son propre pouvoir de changement, qui est vécu comme destructeur de l'identité perdue et regrettée, des liens de dépendance perdus.
La confusion des enjeux subsiste, mais en quelque sorte elle change de signe. Ce qui est redouté inconsciemment ce n'est plus tant de perdre les rapports de dépendance que d'y retomber. Et ce risque est projeté sur l'autorité et le pouvoir. Ainsi on guette les animateurs, on est à l'affût de leurs conduites dominatrices, que l'on ressent comme destructrices, car l'on n'est pas sûr de soi. Les désirs de changement que l'on proclame sont ambigus. Ce sont des désirs de changement personnels mais ils sont en même temps dirigés vers l'autorité et le pouvoir. On attend des figures d'autorité et de pouvoir qu'elles cautionnent le changement, le favorisent, à la limite qu'elles l'effectuent elles-mêmes, car on n'est pas soi-même vraiment prêt à changer.
A l'ambivalence des participants, répond l'ambivalence des figures d'autorité et de pouvoir. Les enfants soumis que l'on investissait positivement comme objets du désir de domination sont devenus des démons indociles qui échappent au désir et sapent les bases de sa propre sécurité. On les déteste pour cette raison, et en même temps on regrette les rapports de dépendance perdus, on cherche à les maintenir ou à les restaurer. La conduite concrète oscille entre des manoeuvres de pouvoir récupératrices pour se concilier l'opposition et la répression active de celle-ci, l'autoritarisme, la violence.
66. La confrontation avec les figures d'autorité et de pouvoir s'oppose à la contestation et à la revendication. Il s'agit cette fois d'un acte de volonté concret et engagé, d'une Bürgerinitiative. C'est un acte de volonté personnel, qui sort de l'anonymat, et s'exprime par un Je veux ou Nous voulons. C'est un acte engagé : le conflit cette fois est réel, la possibilité de rupture avec l'autorité et les pouvoirs est assumée. C'est un acte concret : un enjeu précis est déclaré, sur lequel la lutte va porter, et qui est situé dans le temps et l'espace du groupe. Large ou restreint, l'enjeu visera le pouvoir des animateurs et des institutions et consistera à agrandir l'espace économique - politique - idéologique - psychologique du groupe qu'ils s'approprient.
L'acceptation de la possibilité de rupture avec les figures d'autorité et de pouvoir est une condition essentielle de la confrontation. Elle signifie que s'engage en même temps une confrontation avec soi-même, un affrontement des conflits intrapersonnels refoulés dans son rapport à l'autorité et aux pouvoirs, l'affrontement de son ambivalence et du risque de perdre leur protection et leur amour.
La rupture avec l'autorité et le pouvoir n'est pas recherchée, ce qui serait encore une façon de reproduire sa dépendance, mais acceptée. Les liens avec les autorités et les pouvoirs sont toujours désirés, dans la mesure où ils peuvent apporter un concours utile au projet du groupe, ce qui est refusé c'est le pouvoir totalitaire qu'ils s'arrogent, en même temps qu'on renonce à la protection mythique que l'on attendait d'eux. On pourrait dire qu'il s'opère une différenciation entre les personnes réelles détentrices de l'autorité et du pouvoir, les services réels que l'on peut attendre d'eux, d'une part, et d'autre part, l'autorité et le pouvoir imaginaires, c'est-à-dire le pouvoir totalitaire, qui satisfait le délire de toute puissance des dominants, et la protection mythique, qui répond au désir de dépendance des dominés. Le marché est mis clairement en main aux détenteurs de l'autorité et du pouvoir : ou bien vous renoncez à votre pouvoir totalitaire, et nous sommes prêts à collaborer avec vous, ou bien nous nous passons de vous.
Cette position nouvelle par rapport aux conflits intrapersonnels et interpersonnels avec les figures d'autorité et de pouvoir permet d'engager une lutte réelle avec eux, mais elle ouvre aussi à des possibilités de négociation et de compromis, car elles ne sont plus vues comme des divinités ou des démons totalitaires, totalement bienfaisantes ou malfaisantes, mais comme des réalités à la fois utiles et dangereuses, avec lesquelles il peut être avantageux de s'accorder. La conduite envers l'autorité et le pouvoir cesse d'être répétitive et strictement déterminée de façon compulsive par l'inconscient dans le sens de la soumission ou de la révolte. On approche d'un point O dans les rapports avec eux. La conduite que l'on tiendra envers eux dépendra de leur réponse.
On sort de la confusion des enjeux. Les enjeux s'ordonnent. Les enjeux imaginaires dans le rapport à l'autorité et au pouvoir, c'est-à-dire la protection mythique, s'évanouissent ou s'estompent. Les enjeux de développement collectif ont la priorité. L'enjeu de collaboration avec les autorités et les pouvoirs passe au second rang, à condition que les premiers puissent être poursuivis. En même temps, les enjeux de développement collectif sortent de l'imaginaire. On cesse de rêver son salut, et de l'attendre d'une manipulation magique opérée par l'autorité. Ils s'enracinent dans des objectifs concrets, que l'on veut et que l'on peut atteindre maintenant, ou dans un avenir proche, dans la situation où l'on est. C'est l'émergence d'un projet collectif conscient et précis jusqu'alors latent.
Les rapports entre participants s'établissent sur la base d'une solidarité réelle. Il se crée un collectif de négociation, engagé dans l'action, c'est-à-dire dans la lutte et la négociation avec les figures d'autorité et de pouvoir.
Mais par ailleurs les projets individuels ou de sous-groupes restent vagues et indéfinis. Ils sont englobés dans le projet collectif qui est perçu comme la condition de leur possibilité. Ce qui est prioritaire, c'est de changer la situation socio-émotionnelle du groupe tout entier dans son rapport aux animateurs et aux institutions, d'éliminer leur pouvoir totalitaire et la dépendance irrationnelle envers eux.
67. Mais un nouvel imaginaire se construit, cette fois au niveau du groupe tout entier, conçu inconsciemment comme une collectivité mythique, qui garantit l'accomplissement des projets individuels ou des sous-groupes, avant même qu'ils soient formulés. C'est une nouvelle source de protection mythique, et l'origine d'une nouvelle confusion des enjeux. Le collectif mythique camoufle les conflits de pouvoir internes au groupe, et la dépendance qui leur est liée, conflits jusqu'alors dominés par les conflits avec l'autorité et le pouvoir ; il protège plus profondément contre l'affrontement des contradictions internes à chacun, qu'occulte la dépendance aux autres, et contre la quête de l'identité et du projet personnels. La garantie qu'offre le collectif est à la fois réelle et imaginaire. Elle est réelle dans la mesure où elle protège effectivement les individus contre des dangers réels, la menace des pouvoirs et des autorités institués. Elle est imaginaire dans la mesure où elle permet aux individus de faire l'économie de leurs conflits entre eux et avec eux-mêmes. C'est comme un voile protecteur provisoire, nécessaire à la croissance de l'individu, dans sa lutte interne et externe avec l'autorité et le pouvoir.
68. Les figures d'autorité et de pouvoir peuvent persister dans la répression auquel cas la rupture se consomme (avec le risque que le groupe régresse vers la revendication), ou bien elles peuvent s'engager elles aussi dans la confrontation. Dans ce cas leur cheminement est parallèle. Il implique l'acceptation, mais non la recherche, de la rupture avec les participants, le renoncement au pouvoir totalitaire et aux satisfactions imaginaires qu'il procure, la clarification et l'ordonnancement des enjeux, la disponibilité au compromis et à la négociation. L'enjeu prioritaire n'est plus un enjeu de pouvoir, lié à la réalisation d'un projet pour le groupe (leur projet pédagogique initial), confondu avec leurs projets personnels, c'est un enjeu personnel, encore vague et informulé, qu'ils pourraient poursuivre sans le groupe, ou avec d'autres, mais dont la réalisation optimale est liée pour eux à un accord de travail collectif. La confrontation est donc l'opposé de la répression, comme elle est l'opposé de la revendication. C'est un conflit qui n'exclut pas, mais au contraire, appelle un changement interne des deux parties.
69. Dans le cas d'un groupe autogéré, un processus analogue se retrouve vis-à-vis des figures privilégiées, notamment des initiateurs du projet, car répétons-le, ni le pouvoir, ni la dépendance ne peuvent être éliminés d'emblée, mais seulement réduits au cours d'un processus de conflit. Ce qui est en cause dans ce cas, c'est notamment le pouvoir idéologique et psychologique des figures privilégiées, et la dépendance qui s'y attache, le pouvoir dont elles disposent et souvent abusent par leur prestige intellectuel et social, leur charisme, leur charme, leurs manoeuvres de séduction.
70. La confrontation avec les figures d'autorité et de pouvoir crée une situation véritablement nouvelle dans le groupe. Elle change l'espace socio-mental du groupe, en changeant à la fois les rapports de pouvoir et les rapports imaginaires réciproques entre les détenteurs du pouvoir et les participants. Elle permet à tous ceux qui y ont participé de s'engager dans un projet collectif concret. Elle ouvre enfin la voie au traitement des conflits entre les sous-groupes et entre les individus, jusqu'alors masqués par les conflits avec les autorités et les pouvoirs centraux.
71. A partir de là, le groupe peut s'engager dans un processus de confrontation généralisée. Il consiste à déchirer le voile protecteur du collectif mythique, à s'engager dans les conflits entre les sous-groupes et entre les individus, à dissoudre les centres locaux de pouvoir et de dépendance, à affronter des niveaux plus profonds du conflit intra-personnel propre à chacun. La dépendance renvoie toujours à des contradictions internes, à l'impossibilité de se confronter à une identité contradictoire, qui est vécue comme une absence d'identité, et que l'on unifie dans un rapport de dépendance à autrui. La possibilité d'émergence de projets personnels, ou plutôt leur clarification progressive, est liée à la possibilité, à travers la confrontation aux autres, de dissoudre les liens de dépendance qui nous attachent à eux, d'affronter nos contradictions internes, ultimement d'affronter la solitude et la mort. Le projet personnel émerge alors comme une synthèse provisoire de ses contradictions, que l'on effectue pour soi, dans un rapport avec d'autres souhaitable mais non nécessaire, sur une base de liberté réciproque.
72. On peut résumer schématiquement les différentes étapes de cette évolution sur le tableau suivant :
Travail sur les conflits
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Soumission |
Contestation |
Revendication |
Confrontation |
Confrontation généralisée |
| Rapports imaginaires |
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- des figures d'autorité et de pouvoir envers les participants
- des participants envers les figures d'autorité et de pouvoir |
rêves de toute-puissance
images tutélaires désir de protection mythique |
ambivalence
ambivalence désir de protection/ hostilité |
ambivalence refoulement de la dépendace envers les participants
images démoniaques refoulement de la dépendance |
Réduction des images inconscientes, Acceptation de la possibilité de rupture Rapports de réalité |
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Rapports de pouvoir |
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- des figures d'autorité et de pouvoir envers les participants
- des participants envers les figures d'autorité et de pouvoir
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Pouvoir totalitaire
Soumission |
Manoeuvres de pouvoir récupératrices
Obstruction |
Répression
Demandes, plaintes, attaques |
Lutte, négociation, Compromis |
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| Rapports à soi-même |
Non-problématique Refoulement de l'hostilité envers les images d'autorité |
Refoulement de l'ambivalence envers les images d'autorité |
Refoulement de l'hostilité et de l'ambivalence envers soi-même |
Affrontement de l'ambivalence envers les images d'autorité et envers soi-même |
Affrontement des conflits de dépendance avec d'autres images d'autorité. Confrontation avec contradictions internes |
| Rapports entre participants |
Indifférence, méfiance compétition inconsciente pour les faveurs de l'autorité |
Amorce d'association, instabilité, manque de solidarité |
Collectif de revendication |
Collectif de négociation, solidarité |
Confrontations entre les sous-groupes et entre les individus. Réduction des centres locaux de dépendance et de pouvoir |
| Elaboration des projets |
Refoulement des enjeux personnels Codification de la demande |
Confusion des enjeux. Projets de changement individuels, imginaires, impersonnels et utopiques |
Confusion des enjeux Projets de changement concrets et discordants |
Réduction des enjeux imaginaires envers les figures d'autorité, ordonnancement des enjeux. Projet collectif concret |
Emergence des projets, des sous-projets et des projets individuels |
| Lieu des conflits |
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Domination des conflits avec les figures et les images d'autorité et de pouvoir sur les conflits entre participants
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| Influence |
Influence unilatérale des figures d'autorité et de pouvoir sur les participants |
Refus d'influence mutuelle
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Réciprocité des influences |
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| Répétition/ changement |
Prédominance de la répétition et de la reproduction
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Prédominance du changement
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73. L'important de notre point de vue est de saisir les liens entre ces différentes dimensions, en particulier les suivants :
- Le lien entre les rapports imaginaires entre les figures d'autorité et de pouvoir et les participants et les rapports réels de pouvoir entre eux. L'évolution des deux phénomènes est liée et produit un changement de l'espace socio-mental, c'est-à-dire à la fois des rapports réels de pouvoir et des projections phantasmatiques qui les soutiennent.
- Le lien entre les changements des rapports de pouvoir réels et imaginaires et l'élaboration des projets. C'est la réduction des rapports de pouvoir réels et imaginaires qui permet aux projets de sortir de l'imaginaire (c'est-à-dire de la satisfaction magique attendue des détenteurs du pouvoir), qui permet de sortir de la confusion des projets et l'émergence progressive des projets collectifs, des projets des sous-groupes et des individus.
- Egalement le lien entre les conflits externes avec les autres et les conflits internes avec soi-même. La confrontation est productive parce qu'elle est à la fois un conflit externe et interne, elle permet à la fois un changement de l'environnement et un changement psychologique interne. Elle produit un changement de l'espace socio-mental. Les autres formes de conflit, la contestation, la revendication, la répression, quelle que soit leur violence, sont des pseudo-conflits, car elles sont fondées sur la fuite et le déplacement des conflits internes. Il n'y a de conflit réel selon nous que dans la réciprocité des deux termes en conflit ce qui implique pour chacun d'eux l'affrontement d'un conflit interne provoqué par le conflit avec l'autre.
74. Cette conception et cette approche nous différencient des approches politiques du changement, qui privilégient le conflit externe, sans le lier de manière nécessaire à l'affrontement des conflits internes. Elles peuvent provoquer des changements des structures sociales, mais elles conduisent aussi à la reproduction sous des formes nouvelles, de rapports de pouvoir similaires aux rapports antérieurs, en raison de l'action reproductrice des phantasmes inconscients.
75. Notre approche se différencie aussi des diverses approches thérapeutiques qui, elles, refusent de lier le travail sur les phantasmes au changement des structures de pouvoir auxquelles ils sont pourtant associés. L'animation existentielle est psycho-sociologique. Elle ne sépare pas ces deux aspects. Elle vise un changement local, mais réel et profond, de l'espace socio-mental de toutes les personnes qui s'y engagent quel que soit leur statut. Il est prématuré de discuter de sa portée politique au niveau d'une société globale. On peut penser que si elle se généralisait, elle provoquerait (par une action locale et décentralisée à tous les niveaux du pouvoir, en exerçant une influence de transformation personnelle sur les détenteurs locaux de pouvoirs et en les impliquant, partout où cela est possible, en tant que personnes chargées d'une fonction institutionnelle) une dissolution et un dépérissement des "appareils" organisés de pouvoir, plus sûrement peut-être que par une attaque frontale, qui nuit aux assaillants autant qu'aux assaillis. Si elle ne dispense pas des changements politiques globaux, elle doit au moins, nous semble-t-il, les accompagner nécessairement. |
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