L'Animation des rencontres interculturelles |
| 2. La dé-spécialisation de l'animation - Les techniques de l'animation Burkhard Müller Dans l'introduction nous avons déjà souligné le malentendu qui consisterait à prendre nos thèses pour des règles de conduite ou des recettes à appliquer de façon formelle. Nous précisons bien qu'il s'agit de la description d'une certaine démarche, d'une certaine attitude à développer face aux tâches d'animation en situations interculturelles. Nous insistons sur ce point en liaison avec nos thèses relatives à la dé-spécialisation de l'animation. En effet, nous ne voulions ni affirmer que les animateurs seraient superflus et que des groupes laissés à eux-mêmes se tireraient mieux d'affaire, ni prétendre que la formation des animateurs ou même la possession d'un certain répertoire de techniques pédagogiques sont inutiles. C'est au modèle classique de l'expert que nous nous opposions. A l'époque, encore davantage qu'aujourd'hui, la figure de celui-ci était sous-jacente aux idées préconçues de ce que serait une animation compétente. C'est l'idée qu'un bon animateur des rencontres internationales serait un expert des méthodes "allemandes" ou "françaises" (ou mieux encore "américaines") du travail en groupe, tout comme un "bon enseignant" peut être considéré comme l'expert de sa discipline et de sa transmission. Rappelons la dé-spécialisation comme nous l'entendons. Elle implique : - le dépassement des rôles d'animation fixes, définitivement attribués, en faveur d'une incitation à la prise en charge de fonctions d'animation que chacun ou plusieurs participants peuvent, ensemble, remplir de manière différente ; - le dépassement d'un type de valorisation et de répartition du temps qui consiste à distinguer des périodes de travail pendant lesquelles se dérouleraient les "apprentissages interculturels" et des périodes de loisirs qui seraient nécessaires au "repos" après les efforts investis dans ce travail ; - le dépassement de la séparation entre ce qui relève du "thème" et ce qui se passe tout simplement, comme ça, au cours de la rencontre ; Cette orientation donnée au travail d'animation nécessite de faire appel à des personnes ayant des compétentes différentes de celles exigées d'un "expert" : - des personnes qui ont fait des expériences de rencontre avec d'autres cultures, expériences qu'elles ont soumises à un travail d'analyse et de réflexion ; - des personnes capables d'assumer et de rendre créateur le "chaos" momentanément inévitable dans une rencontre interculturelle ; - des personnes sachant ce que veut dire "être déconcerté par l'étrangeté" et capables aussi de se laisser désorienter, troubler par l'étrangeté ; - des personnes ayant appris à regarder leur propre contexte de vie "dans le miroir de l'autre" ; pour ne citer que quelques "compétences" parmi beaucoup d'autres. A l'évidence, et c'est sous-entendu, ces personnes ont aussi besoin d'apprendre un répertoire de savoir-faire pour être en mesure de se comporter avec des jeunes et pour assurer des tâches techniques. Notre intention n'est pas non plus de déclarer comme inutile toute maîtrise de techniques d'animation dans un sens strict. Qu'un animateur sache par exemple jouer d'un instrument de musique, rendre les discussions vivantes, faire du théâtre ou de la mise-en-scène, maîtriser des techniques d'expression corporelle, qu'un animateur soit un sportif polyvalent et passionné, aime jouer et connaisse beaucoup de jeux, ait du talent pour le "show" et le cultive etc., etc. Tout ceci est loin d'être indifférent pour une bonne animation. La formation à l'animation, c'est aussi valoriser ces talents. Toutefois, nous doutons toujours fortement de ce que tous ces talents puissent être rendus fructueux s'ils sont considérés comme un répertoire de méthodes -a fortiori d'un répertoire standardisé- pour atteindre les "objectifs des échanges interculturels" au lieu d'être acceptés comme des moyens facilitateurs de la participation individuelle à ces échanges. C'est aussi le rapport, qui est décisif, que chacun établit entre son répertoire et les expériences avec les autres, comment il ou elle arrive à le valoriser dans ces expériences comme élément d'animation. |