|
Réflexions à propos d'une formation des animateurs et des responsables des rencontres |
|
Il ne s'agit pas ici, pour les auteurs, de s'engager dans la tentative de donner une (nouvelle) définition - scientifiquement fondée - de "l'apprentissage interculturel". Leur désir est plutôt d'énoncer quelques unes des potentialités - des chances - que les rencontres franco-allemandes et internationales peuvent offrir si elles sont conçues dans cet esprit.
Bien souvent, ce n'est que par "le détour" de l'approche d'une autre culture qu'il est possible de comprendre que la nôtre non plus n'est pas "là" tout simplement, mais qu'elle s'est construite et forgée grâce à des évolutions dans le passé et qu'elle ne représente, en fait, qu'une des organisations possibles de la vie humaine parmi beaucoup d'autres, réelles ou virtuelles. Un tel travail de réflexion sur les cultures peut aussi permettre d'aiguiser, d'affiner ses capacités à percevoir les mutations en cours et de mieux cerner les conditions nécessaires pour mettre en oeuvre des évolutions éventuellement souhaitées et pour en évaluer les chances de succès. Ceci est de nos jours de première importance, car, compte tenu de l'interdépendance de plus en plus forte entre les sociétés, les Etats et les Nations, les choix et les solutions adoptés à l'intérieur d'une culture ont souvent des répercussions immédiates sur les autres. Les échanges franco-allemands, comme un lieu favorable aux apprentissages interculturels, passeraient à côté de leur vocation s'ils ne prenaient en compte que la phase presque idyllique (comparativement à de nombreuses époques de notre histoire commune) que les relations franco-allemandes connaissent actuellement. Les rencontres devraient inclure l'histoire de nos deux peuples, notamment celle qui montre que dans le passé comme dans le présent, les entités étatiques des deux côtés ont toujours été composées de plusieurs ethnies, le concept de "peuple" représentant autant une réalité instituée qu'une réalité issue de la conscience plus ou moins claire des populations concernées. Dans les échanges, il faudrait aborder aussi sur cette base l'histoire commune de la France et de l'Allemagne ainsi que l'histoire des relations que nos deux pays ont entretenues avec d'autres peuples et d'autres cultures, y compris les évolutions globales en cours dont nous faisons partie, qui nous influencent et que dans une certaine mesure nous cherchons à influencer. Il y a tout lieu de penser que les échanges franco-allemands, s'ils sont conçus de manière a-historique pour propager une "amitié" abstraite, ne pourront que passer à côté de toute chance de produire des effets quelconques sur le devenir de nos deux sociétés. |