Retour Texte de travail

Réflexions à propos d'une formation des animateurs et des responsables des rencontres
PROMOUVOIR LES APRENTISSAGES INTERCULTURELS


VII. SE FORMER, C'EST AUSSI DESAPPRENDRE


Ce qui vient d'être dit des orientations et des objectifs d'une démarche interculturelle met en évidence qu'il ne s'agit ni d'un complément ni d'une légère modification à apporter à nos comportements et nos manières de penser habituels qui ont notamment pour fonction d'assurer la reproduction de notre propre culture. En temps normal et dans notre contexte de vie habituel, l'héritage culturel n'est pas remis en question et la vision du monde plus ou moins consciente qui en découle reste la référence autour de laquelle s'organisent nos perceptions, et ce y compris lors de contacts avec "l'étranger".

Une approche interculturelle nous apprend par contre à considérer notre propre culture comme relative, à la regarder avec un oeil extérieur et à accepter de la comparer à d'autres pour en voir les particularités. Il n'est pas non plus sans intérêt de se rendre compte que d'autres cultures disposent de concepts plus affinés, plus nuancés pour dire leur relation au monde dans certains domaines. Par exemple, le fait que la langue allemande utilise couramment beaucoup plus de mots différents pour décrire des bruits que la langue française renvoit à une habitude différente de différenciation auditive.

En raison d'une socialisation nationale généralement monoculturelle (dans le sens de la culture dominante), nous sommes tous limités par les horizons de notre ethnocentrisme, ce qui signifie que nous voyons automatiquement tout au travers du prisme de notre propre culture. Dans ces conditions, il est très difficile par exemple lors d'échanges internationaux de s'exercer à des comportements différents. Prendre conscience de cet automatisme, apprendre à vivre avec de manière lucide, voire à le modifier, est bien plus difficile que l'apprentissage premier d'une culture, car il s'agit, en fait, de modifier des données profondément ancrées dans nos consciences et dans nos inconscients.

Dans cette démarche, le "partenaire" de l'autre culture est essentiel, qu'il s'agisse d'un individu, d'un groupe ou même d'une institution (association, comité de jumelage, etc.). Il est un miroir qui me dit les effets produits par mon comportement et mes réactions. Il peut m'en demander les raisons. Il peut réagir à mes interprétations et ainsi contribuer à me faire prendre conscience que mes perceptions de ce qui m'est étranger sont superficielles, que mes lectures de sa culture dues aux schémas de la mienne sont insuffisantes ou même impropres. En retour, cela pourra m'aider à être plus conscient de ma propre culture, et à mieux savoir comment elle est perçue de l'extérieur.

Des partenaires institués peuvent très bien, malgré toute leur bonne volonté, ne pas réussir à entrer dans un tel processus interactif de connaissance et de compréhension réciproques. Les raisons peuvent en être très diverses, sans que cela relève de la "faute" ou de "l'échec". Même dans la vie "chez soi", il existe des incompatibilités : tout le monde ne peut pas vivre et travailler avec tout le monde. Cependant, il faudra accepter d'en faire le constat et d'en tirer les conséquences.

Retour page precedente

Sommaire

suite