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Réflexions à propos d'une formation des animateurs et des responsables des rencontres
PROMOUVOIR LES APRENTISSAGES INTERCULTURELS


IX. QUELQUES THEMES - ELEMENTS D'UNE PRATIQUE DE FORMATION DANS LE DOMAINE DE L'APPRENTISSAGE INTERCULTUREL


6. Régulation des distances

Une des questions centrales qui se pose en situation de rencontre inter-culturelle, c'est de savoir comment arriver à l'élaboration de projets communs en y faisant entrer la diversité des sensibilités et des comportements culturels en présence. Comment travailler à une réalisation commune sans qu'il y ait réduction des uns aux autres, sans avoir l'impression de courir le risque d'être assimilé, de perdre ce qui fait son originalité, sans la peur de perdre son identité, tout cela remettant souvent tout travail en question, en produisant des réactions de fuite, d'agression ou de repli sur soi.

Une coopération interculturelle ne peut être couronnée de succès que si les partenaires n'essaient pas, en permanence, d'imposer leurs projets les uns aux autres, tant par rapport aux fins que par rapport aux moyens, y inclus les rythmes et les formes du travail. Et il est très improbable que les partenaires en présence issus de systèmes culturels divers puissent se mettre d'accord sur tous ces points.

C'est pourquoi, réaliser des projets favorables à un réel travail interculturel (y compris lors de rencontres de jeunes), c'est d'abord trouver un cadre permettant aux différents intérêts, méthodes et modes d'accès de s'exprimer et de les concrétiser. Dans certains domaines partiels, cela peut aboutir à coopérer directement ensemble sur le plan interculturel, dans d'autres cela peut amener des travaux parallèles en groupes nationaux, et dans d'autres encore, cela peut signifier qu'une seule des deux parties impliquées s'y intéresse. De plus, il est nécessaire de donner l'occasion de réfléchir en commun sur la manière de coopérer ensemble, d'y porter un regard extérieur en tenant compte des phénomènes de pouvoir, en vue de chercher de nouvelles voies permettant leur maîtrise : par exemple le plaisir de l'exercice du pouvoir, les aspirations au pouvoir, la peur devant le pouvoir.

Une rencontre franco-allemande est souvent considérée comme un "échec" si tous les participants n'y ont pas toujours tout fait ensemble. Bien au contraire, en méconnaissant les différences entre les cultures, une telle attitude représente plutôt un très grand obstacle sur le chemin de la coopération. C'est une manière "d'oublier" que ce sont justement les différences (culturelles, nationales, etc.) qui se trouvent au fondement même du désir de se rencontrer.

Dans les rencontres, le fusionnel, la "grande famille" - ou plutôt les fantasmes de fusion et de "grande famille"- ne devraient pas être des objectifs à atteindre. Pour rester dans cette image, il s'agirait plutôt d'organiser des relations de voisinage au sein desquelles il est possible de s'éloigner ou de se rapprocher les uns des autres suivant les moments, les situations et en fonction des sensibilités individuelles et collectives. Une telle pédagogie de "régulation des distances" n'empêche nullement la naissance d'amitiés interpersonnelles. Elle contribue par contre à la formation des participants en leur apprenant à distinguer les niveaux individuels de participation à une rencontre des niveaux collectifs des relations entre sociétés et nations.

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