Retour Texte de travail

Réflexions à propos d'une formation des animateurs et des responsables des rencontres
PROMOUVOIR LES APRENTISSAGES INTERCULTURELS


IX. QUELQUES THEMES - ELEMENTS D'UNE PRATIQUE DE FORMATION DANS LE DOMAINE DE L'APPRENTISSAGE INTERCULTUREL


7. Des processus de décision n'induisant ni réductions ni nivellements

Dans les rencontres internationales, les décisions sont prises souvent, selon le mode parlementaire, par le vote. Ce recours ne paraît pas particulièrement favorable à une démarche interculturelle, car il donne nécessairement une plus grande valeur et une plus grande légitimité à l'opinion de la majorité par rapport à celle de la minorité, et, dans la plupart des cas, sans avoir vérifié auparavant s'il était vraiment nécessaire de passer au vote pour le bon déroulement de la rencontre.

Dans leur envie de tenir compte du désir du plus grand nombre, les animateurs mettent eux-mêmes les stagiaires souvent dans cette situation, sans le vouloir bien sûr, en leur faisant différentes propositions, mais en partant de l'idée qu'elles s'excluent l'une l'autre, parce que "tous doivent faire la même chose en même temps".

Et c'est ainsi que certains participants qui s'intéressent beaucoup à une proposition bien précise, arrivent à considérer les autres, qui ont d'autres préférences, comme "empêcheurs de tourner en rond" - et même comme adversaires à combattre.

Mettre en oeuvre une pédagogie interculturelle ne peut se faire qu'à partir d'un dispositif permettant de choisir entre des propositions parallèles et non pas alternatives. Chacun, individu ou groupe, doit pouvoir se décider en fonction de ses intérêts et non pas contre les intérêts d'un certain nombre d'autres personnes. Une pédagogie de l'apprentissage interculturel qui veut favoriser la multiplicité des formes d'expression ou qui essaie - ce qui n'est pas rien - de ne pas ignorer, niveler, marginaliser les différentes particularités présentes dans le groupe, doit veiller à ce que le déroulement de la rencontre permette le libre choix d'activités aussi différentes que possible.

L'expérience montre que celui qui est sûr de voir ses intérêts personnels pris en compte, est aussi prêt à laisser la place nécessaire à la réalisation d'intérêts différents, voire même divergents. Si pour des raisons pratiques des propositions parallèles sont exclues, il est toujours possible de les réaliser les unes après les autres. Au niveau des décisions à prendre, ce dilemme se présente surtout dans les rencontres dont les responsables ont fortement intériorisé qu'une "bonne" rencontre est celle où tous les participants se retrouvent ensemble le plus souvent possible pour réaliser des activités communes, de préférence dans des groupes bi ou plurinationaux. Vouloir forcer les ressemblances, les similitudes ou la collectivité, ne fait que provoquer trop souvent la volonté de manifester les différences, soit ouvertement, soit en pratiquant la résistance passive. Se rencontrer ne peut se faire sans désir réciproque, et le désir ne se commande pas de l'extérieur. Il peut tout au plus être suscité par un cadre facilitateur qui laisse la place aux évolutions en cours.

Pour ne pas susciter de malentendus : ce plaidoyer pour des processus de prise de décision qui ne soient ni réducteurs, ni nivellants, ne signifie pas que seuls les petits groupes soient valables, et qu'il faille éviter le plus possible les situations de grand groupe rassemblant tous les participants. Le "plénum", le grand groupe, est un des endroits les plus riches pour percevoir les identités collectives et pour apprendre à les prendre en compte. Ce n'est que si plusieurs représentants d'un même pays sont présents en même temps que l'on pourra appréhender notre et leur manière d'être collective dans ce qu'elle a de spécifique en tant que Français, Allemands ou Italiens par exemple, tout en tenant compte des différences INTRAculturelles; c'est donc aussi là que les risques de schématisation abusive seront les plus réduits. Mais, et surtout, ces situations permettent aussi de mettre en lumière les parti-cularités et les différences collectives et INTERculturelles.

Les responsables de programmes de formation devraient donc, chaque fois, choisir les méthodes les mieux appropriées à un travail sur les identités à tous les niveaux.

Retour page 11

Sommaire

suite: Remarque préliminaire