Arbeitstexte de travail

Communication interculturelle et identité nationale

Sommaire

IV - Le fait national

2) L'identité nationale

Parler des différences entre Français et Allemands nécessite que l'on fasse référence à la notion d'identité nationale.

  Jean-René LADMIRAL, dans un certain nombre d'articles, parle depuis longtemps d'une "nécessaire psychanalyse de la conscience nationale". Faire référence à la psychanalyse, à ce sujet n'implique-t-il pas de se poser la question d'in-conscient politique national qui sera au fondement, à la racine, justement de toute identité nationale ?

  L'inconscient politique serait spécifiquement national. Il faudrait nuancer, mais globalement, cette idée est juste.

Comment se structurerait l'inconscient politique ?

  Comme l'inconscient individuel, l'inconscient politique serait le produit d'une histoire, et plus particulièrement de l'histoire de conflits nationaux (internes/externes) plus ou moins résolus. Si les conflits sont nationaux, c'est qu'effectivement l'Etat dans chaque nation fonctionne comme un référent spécifique : c'est ce qui fait la différence entre un méditerranéen français et un méditerranéen italien, par exemple.

  L'Etat fonctionne comme un centre... vis-à-vis duquel chacun de nous, en tant qu'individu, mais aussi en tant que membre appartenant à des groupes, des organisations ou des institutions, doit se situer.

  De même que tout inconscient individuel se structure autour d'un rapport au père et à la mère, tout citoyen se structure dans un rapport à l'Etat. Quel que soit le lieu d'où il est (périphérie), son rapport à l'Etat et plus généralement au noeud d'institutions que structure l'Etat (monnaie, police, lois...) fonctionne comme structuration fondamentale de son moi institutionnel. Disons tout de suite que cet inconscient politique préside non seulement à la structuration des personnes privées (les individus, les citoyens...), mais aussi à la mise en place et à la structuration de toutes les institutions.

Tout le monde n'est pas d'accord avec les remarques précédentes.

  Dans notre hypothèse, l'inconscient politique serait le moteur du phénomène amenant la production, à un moment donné de l'histoire, de l'Etat que nous connaissons.

  L'Etat se constitue lorsque le "Centre" qui représente des éléments de l'inconscient politique prend une autonomie de plus en plus forte et se dissocie de sa périphérie qui, elle, fonctionne aussi comme l'autre élément dans cette dialectique.

La critique souvent formulée est la suivante :

- L'Etat national, oui… mais que faites-vous de l'Europe en construction et des multinationales qui remettent en cause la suprématie des Etats… jouant sur les législations nationales en utilisant et en détournant leur souveraineté… ?

Cette question de l'Europe et des multinationales est effectivement fondamentale, car elle est au centre de tous les débats de la politique internationale et de tous les problèmes économiques actuels. Pourtant, nous pensons que l'Etat national continue pour l'instant à fonctionner comme référent fondamental. C'est lui le véritable "centre".

  Même si nous sommes conduits à revenir sur cette question de l'Europe et des multinationales pour éclaircir le problème de l'articulation économique et politique de ces sociétés par rapport aux Etats, provisoirement, nous nous tiendrons à cette idée que lorsqu'une institution ou une personne se (re)produit, elle le fait toujours en référence à une logique inconsciente ; précisons que cette logique est (encore ?) très majoritairement nationale.

Prenons l'exemple du Nord de la France à la frontière, encore aujourd'hui.

  Le fait de passer la frontière (dans les Ardennes, en principe, la question de la langue ne se pose pas !) désorganise le rapport social au monde. Il est clair qu'un Français ardennais, sur beaucoup de points, est plus éloigné d'un Belge ardennais que d'un Marseillais… Ne serait-ce que par la monnaie que l'on utilise encore (en attendant que l'euro s'impose dans tous les portefeuilles et dans toutes les têtes…), les journaux que l'on trouve, le fait que les timbres français n'aient pas encore cours de l'autre côté de la frontière, etc.

  Le référent central du périphérique ardennais de Charleville continue à ne pas être le même que le référent central du périphérique ardennais de Sugny ou de Bouillon !

D'autres auteurs préfèrent parler d'un sujet collectif et de non-conscience historique et sociale, plutôt que d'un inconscient politique.

  Ils pensent que les mécanismes d'acquisition des connaissances et de la pratique sociale au niveau individuel se déroulent dans un contexte social donné.

  Ainsi, il existerait une interaction permanente entre le sujet individuel et le sujet collectif, c'est-à-dire tout l'arrière-plan national. L'intégration des idéologies, des valeurs, des modes de comportements qui sont communs à une société donnée et qui sont souvent structurés par l'Etat n'est pas consciente. Elle ne le devient qu'au contact avec d'autres sociétés.

  Ces auteurs préfèrent la notion de non-conscience plutôt qu'une référence à l'école psychanalytique. Par exemple, la manière dont les historiens d'un pays donné fabriquent une histoire "habitable" par les citoyens d'un pays donné serait non-consciente et renverrait aux objectifs que l'Etat fixe à l'individu, des intérêts qu'il suscite, des besoins qu'il crée. A la limite, cela renvoie aux commandes de réécriture de l'histoire, ses emphases ou ses silences, selon les obédiences politiques des hommes d'Etat en place.

  A côté de cette structuration verticale, on ne saurait nier l'existence d'une structuration horizontale, celle qui rend compte des différences de classes sociales et où, pour les marxistes en particulier, les convergences de classe sont plus fortes que l'appartenance nationale d'où à pu découler une certaine forme d'"internationalisme".

Dans ce sens l'ouvrier de Charleville a bien des convergences avec son homologue de Sugny.

  Enfin, il faut faire état également des données culturelles qui plongent peut-être dans des couches profondes du psychisme humain actuellement plus ou moins largement recouvertes par les couches de la civilisation étatique et industrielle, et qui peuvent provoquer chez des ressortissants de pays différents des comportements et des valeurs propres à une aire de civilisation telle que la Méditerranée ou l'Europe du Nord, encore que toute délimitation reste imprécise à trancher définitivement, sans parler des particularismes (p. ex. "régionalistes"), c'est-à-dire des caractéristiques spécifiques de (plus) petites entités humaines. Pour ce qui concerne les nouveaux Länder nous avons un cas intéressant et rare à observer. Les jeunes ont connu une socialisation de R.D.A. et toutes les valeurs idéologiques, politiques, économiques et sociales ont changé. Ils seraient à même d'exprimer ce qui se passe en eux ou avec eux dans ce bouleversement. Dans leur grande majorité, ils préfèrent en parler entre eux, pour le moment.

  D’une façon générale, ces distinctions montrent que la seule prise en compte de la dimension nationale serait une réification des personnes et des groupes, car chaque individu peut prendre conscience de ses liens d’appartenance à ces différents niveaux et en modifier les caractéristiques et les orientations.

  On voit que cette problématique est extrêmement importante ; elle est au cœur de toute la vie sociale. En particulier, le travail de rencontre internationale, interculturelle, passe nécessairement par la mise à jour de ces éléments.

  Pour conclure, nous pensons qu’à l’heure de l’européanisation et de la mondialisation des interdépendances, à l’heure de la communication en temps réel par les médias il ne faut pas confondre les évolutions rapides et les évolutions lentes.

  Les évolutions rapides semblent faire adopter à la terre entière des comportements uniformisés, des flashs successifs d’information sans causalités repérées, une désintégration du lien social et une perte d’identité ainsi que des réactions de toute nature à ce processus.

  Suivre l’évolution de groupes franco-allemands sur plusieurs années fait battre en brèche cette vision dévastatrice. Elle nous permet d’approcher celle des évolutions lentes.

  La question nationale reste fortement structurante et on pourrait dire que les effets des évolutions rapides sont filtrés et interprétés sur un mode pluriel, celui des cultures.

retour
Sommaire
suite