|
Nations et entreprises
L'économique et l'interculturel
Introduction :
L'entreprise, le mondial et l'interculturel
1. Mots nouveaux, signes des temps.
L'usage des termes "interculturel"et "interculturalité" s'est finalement installé après diverses résistances puristes. Le substantif "interculturalité" a eu quelques difficultés à rejoindre son modèle "internationalité". Ces remarques ne sont pas seulement terminologiques. L'emploi de mots jugés rébarbatifs et qui cependant finissent par simposer indique un changement qui ne relève pas de la seule mode. Il peut toutefois relever du leurre. Nous conclurons en traitant de ce point.
Le terme coexistence avait, pour sa part, marqué toute l'époque antérieure : celle des blocs juxtaposés dans l'équilibre de la terreur atomique. Le mot décolonisation l'avait accompagné. Le processus conduisait à la reconnaissance d'une pluralité de nations ayant des cultures et des stratégies différentes, même si elles n'échappaient pas à des subordinations anciennes ou nouvelles. Mais, surtout leurs spécificités culturelles devenaient objets d'information diffusés à travers les pratiques diplomatiques, commerciales, touristiques et les corps de savoirs les accompagnant.
Aujourd'hui ce sont les mots "globalisation" et "mondialisation" qui insistent de façon quasi-permanente. Le livre de la planète, commence-t-il à s'écrire ? En dépit de certaines apparences ce n'est nullement assuré car ce livre, pour nous donner des informations sur notre monde d'aujourd'hui, ne pourrait nous le faire comprendre qu'à travers une connaissance des interactions entre les sociétés. Un informationnel-mondial est certes déjà à l'oeuvre, de diverses façons, par exemple à travers les indicateurs statistiques et les guides touristiques. Mais l'interculturel mondial qui engendre jour après jour les cultures de demain n'est même pas encore l'objet d'une recherche instituée. La recherche ici n'en est qu'à ses débuts. Il lui fallait pour commencer pouvoir constituer son objet qui est l'unité-diversité du genre humain telle qu'elle est repérable dans les stratégies mises en oeuvre et dans les cultures engendrées et en genèse.
En attendant, précisons seulement qu'il convient de trouver les premières origines de la pensée interculturelle dans un acte décisif : celui de penser unité et non unité du genre humain à travers des unifications-diversifications concrètement repérables dans les organisations religieuses, politiques, économiques, esthétiques ainsi que dans les coutumes et les conduites des divers types de vie quotidienne.
2. Stations sur le chemin de "la" mondialisation
La mondialisation était bien évidemment à l'oeuvre depuis longtemps. On pourrait lui trouver des origines lointaines. En 1493, le pape Alexandre VI avait longitudinalement procédé à un partage du monde entre l'Espagne et le Portugal. A l'est d'une ligne qui passait à 100 lieues des Açores toutes les terres découvertes seraient au Portugal. A l'ouest, à l'Espagne. Les rois catholiques et Jean II de Portugal se rencontrèrent et révisèrent la ligne qui fut fixée à 370 lieues à l'est des Açores, par le Traité de Tordesillas du 7 juin 1494. Le Pape Jules II confirma le traité en 1506.
Ou bien, plus près de nous, on pourrait rappeler la venue des canonnières américaines du Commodore Perry (1853) menaçant de représailles militaires les Japonais s'ils ne s'ouvraient pas aux communications diplomatiques et commerciales.
Les deux guerres de la première moitié du vingtième siècle ont justement été nommées "mondiales". Mais si l'on veut rester plus près de la deuxième moitié du siècle, on rappellera la fin des Empires coloniaux et la floraison de nations nouvelles qui l'ont suivie.
Plus près encore, on a la conquête russo-américaine de la lune puis les chocs pétroliers, du début de la décennie soixante-dix, qui introduisent clairement l'idée d'une gestion d'ensemble des ressources de la planète, au bénéfice d'abord des nations dominantes.
Mais surtout, aujourd'hui, les satellites d'observation et de communication tournent autour de la terre. Un certain "alignement" de la Russie et de la Chine s'est opéré ou est en cours dans l'optique commerciale mondiale. Et enfin, la météorologie planétaire sur plusieurs chaînes de télévision nous présente quotidiennement l'image de la troisième planète du système solaire : la nôtre.
3. Perspectives de la présente étude : diversité des interculturels
Pour commencer, dans une première partie, nous allons découvrir plusieurs exemples de problématiques interculturelles en entreprise internationale. Nous les avons choisis pour leur relative différence. En effet, dans le premier, les trois cultures des usines, britannique, italienne et française, de production d'appareils électriques, sont pensées comme négligeables. Une même culture d'entreprise est d'avance supposée comme facile à mettre en place.
Dans le second exemple, on a une certaine prise de conscience des problématiques interculturelles, d'où la volonté de les anticiper et de les maîtriser. Trop simple, dans les deux cas ! Dans un troisième exemple, nous nous référerons aux travaux bien connus du chercheur américain, psychosociologue E.T. Hall et nous comparerons leurs résultats à ceux obtenus dans la récente enquête menée par J. Pateau dans des entreprises franco-allemandes.
Ces exemples nous aideront à comprendre, dans notre seconde partie, la nécessité d'envisager, de façon moins simpliste, les problématiques interculturelles en entreprise. Nous reviendrons à E.T. Hall pour d'autres aspects de son oeuvre pour lesquels il est un précieux précurseur dans la mesure où il montre qu'une culture est un ensemble de choix d'orientations et d'actions qui répond à des problématiques humaines générales. Par ce à quoi elles répondent, les cultures se ressemblent souvent. C'est là l'objet de l'approche dite synchronique (problématiques générales). Par les réponses apportées, les cultures diffèrent. Mais attention, chaque membre d'une culture n'est jamais tenu à la même réponse. A l'intérieur d'elle-même, une culture peut varier. De ce fait, plusieurs cultures, globalement différentes, peuvent se ressembler à travers certaines de leurs variantes. Ces questions seront, elles, l'objet de l'approche stratégique (choix d'orientations et d'actions).
Mais les deux approches, synchronique et stratégique, doivent être constamment associées. Elles devront l'être avec une troisième, l'approche diachronique ou historique. Les cultures, au cours de l'histoire, se renouvellent à partir du défi : - des contraintes spatio-temporelles - des ressources culturelles antérieurement acquises - des libertés humaines et de leurs stratégies. C'est tout cela qui constitue des histoires différentes qui produisent des cultures différentes. Variations des contraintes, variations des libertés et stratégies, variations des cultures.
Une connaissance des cultures à partir de leurs origines historiques (contraintes et libertés interactives) constituera la base de formations aux situations et aux conduites d'interculturalité d'aujourd'hui. De telles formations, théoriques et pratiques, étendues et approfondies pourraient être offertes à l'avenir aux managers.
Dans une troisième partie, nous nous situerons par rapport à "la" mondialisation économique en cours. Nous montrerons comment des réussites comme celle du Japon ont surpris, en rappelant qu'on a surnommé les Japonais "les Allemands de l'Asie". Un conflit d'interprétation a eu lieu. Les uns référant la réussite japonaise à la culture japonaise. Les autres la référant à la stratégie japonaise. Dans cette seconde hypothèse, il devenait possible d'imaginer pouvoir reprendre cette stratégie gagnante. Tout cela induisit un fort courant favorable à la définition de cultures d'entreprises et un courant défavorable à la prise en compte de la réalité des cultures nationales. Un double coup d'arrêt a été donné à ces simplifications. D'une part, Hofstede a montré dans une étude célèbre que la culture d'entreprise I.B.M. pouvait bien être une, elle n'en était pas moins aussi profondément diversifiée dans chacune des 53 filiales de l'entreprise.
Nombre d'économistes et de sociologues mirent en évidence que les capitalismes aussi sont culturels. Mais le second coup d'arrêt aux simplifications fut donné lorsque le modèle japonais apparut en panne alors que le modèle américain réaffirmait une certaine domination. Il devenait clair qu'on ne pouvait jamais valablement séparer les cultures, les contraintes et les stratégies. A tout moment, chacune de ces données n'était définissable que par référence aux deux autres. Et c'était leur conjoncture qui bénéficiait tantôt à l'Angleterre, aux États-Unis, à l'Allemagne, au Japon ; aux pays du Sud-est asiatique, demain peut-être à la diaspora chinoise ou au Brésil.
Dans une quatrième partie, nous essaierons d'analyser la conjoncture présente comme un conflit de plusieurs mondialisations. D'un côté, une mondialisation économique et financière bien évidente qui utilise le progrès informationnel. Mais, de l'autre, plus cachée, une mondialisation informationnelle générale qui n'est pas toujours d'avance orientée. Elle n'exclut pas -et même elle peut favoriser si des acteurs y aspirent- le développement de possibilités de mieux connaître et de mieux comprendre les systèmes culturels et stratégiques présents sur la planète. Une connaissance et une compréhension qui ne manqueront pas d'être aussi aux prises avec des difficultés qui continueront à les dépasser. L'interculturel qui résulte des mondialisations en interaction définit une genèse permanente extrêmement complexe, inévitablement conflictuelle. Nous nous interrogerons donc sur les guerres de cultures, de nations, d'entreprises.
Enfin, au coeur de cette dynamique, auto(des)organisationnelle, nous tenterons cependant d'indiquer les limites mais aussi les possibilités et la portée générale d'un nouvel interculturel franco-allemand. |
|