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En hommage à mes grands-mères, témoins d’une période difficile à vivre où dominait la haine de l’autre mais qui ont malgré tout réussi à me transmettre des valeurs de fraternité et de respect au-delà du climat d’hostilité qui régnait entre la France et l’Allemagne.
En remerciement à tous les « Ofajiens » et toutes les « Ofajiennnes » dont j’ai eu la chance de croiser le chemin et qui ont été de véritables tuteurs dans cette grande famille franco-allemande où j’ai grandi et ai fait mon apprentissage de l’interculturel pendant de longues années…

Enfant de l’OFAJ : - ich war 4, als das DFJW gegründet wurde -, dès ma petite enfance , à travers les récits de ma grand’mère, l’amitié franco-allemande m’est devenue familière… …Liens tissés au cœur de la guerre entre Mariele, une jeune fille allemande de 20 ans envoyée malgré elle comme couturière à Rennes en novembre 41 « Mit 19 wurde ich nach Frankreich nach Rennes versetzt » …et ma grand-mère contrainte de travailler « pour les Allemands » afin de pouvoir nourrir ses 5 enfants, son mari se retrouvant sans travail…

…Echanges humains, liens profonds entre deux êtres qui communiquaient grâce au « Lexikon » …Echanges de regards, d’émotions malgré le barrage de la langue entre cette jeune fille allemande et celle qu’elle appelait sa « Mama de France »

Mariele me raconta plus tard cette rencontre extraordinaire qui fut un vrai rayon de soleil dans son triste quotidien…

« Anfang 43 ging eines Tages die Tür auf und deine Oma stand da und schaute mich an. Vom ersten Augenblick an haben wir uns trotz der Sprachbarrieren sofort verstanden! In meinen Augen war diese ganz liebe Frau wie eine Mutter für mich und wir erlebten in diesen schlechten Zeiten so viel Schönes zusammen... »

C’était avant tout la transmission d’un message fort à la petite fille que j’étais et qui à 8 ans essayait de comprendre cette relation de cœur entre « meine Oma » et sa « petite Mariele » dont elle était devenue la confidente. Histoires vraies et empreintes de beaucoup d’émotion que me contait ma grand-mère : après avoir perdu de vue Mariele, elle retrouve un jour sa trace au début des années 50 : c’est là que recommence une véritable correspondance entre ces deux femmes que le destin avait de nouveau rapprochées. Puis vint le moment des retrouvailles très émouvantes dont je fus témoin que je revois encore des années après, tant l’émotion était grande, et qui furent maintes et maintes fois évoquées en famille.

Mariele faisait désormais partie des nôtres, de notre grande famille où elle avait trouvé tout naturellement sa place. Il ne se passait pas un seul anniversaire, une seule fête à laquelle elle ne soit invitée et fit même le voyage pour les 80, 85 et 90 ans de ma grand-mère qu’elle embrassait à chaque fois si chaleureusement.

Envie d’en savoir plus sur cette dame magique à mes yeux dont chaque courrier faisait la joie de la famille : choix de la langue allemande dès la 6ème pour traduire ces fameuses lettres si joliment décorées et qui commençaient toujours par "Très chère Mama de France… » Mariele n’oubliait aucun anniversaire, aucune fête de famille et nous lui adressions pour son « anniversaire Schnapszahl vom 02.02.22 » chaque année une carte signée de tous, petits et grands qui voyaient en elle les uns, les autres ,une sœur, une mère, et moi , « eine deutsche Tante »

Images d’une rencontre très chaleureuse ou le mot « Umarmung » avait pris toute sa dimension à mes yeux d’adolescente qui rêvait de découvrir ce pays et sa culture….

A 13 ans, premier séjour à Munich chez Mariele « Tagebuch auf Deutsch » où je consignais tous mes « Erlebnisse ». Je me souviens avoir ressenti au plus profond de mon être des mots comme « Freundlichkeit, Gemütlichkeit, deutsche Mutti, Zärtlichkeit …und Mutterliebe »

L’adolescente que j’étais alors fut fascinée par ces liens tissés entre ma grand-mère et cette Allemande qui toutes les deux parlaient le langage du cœur : à travers les récits en allemand dont je percevais le sens grâce l’émotion qui s’en dégageait, je compris la dimension humaine de cette rencontre, bien au-delà des mots et de la complexité de la langue dont la douce musique me berçait. Cette langue étrangère aux sonorités si particulières dont les films sur la guerre donnaient une image austère et violente devint pour moi le langage de l’amitié et de l’amour maternel : cette correspondance entre deux Ames, cette « Seelenfreundschaft » m’avait conquise ; comme par magie, je fis mien cet accent qui me devint familier.

„Von nun an beschloss ich, Deutschlehrerin zu werden..“

« Einige Jahre später », rencontre de l’OFAJ par les CEMEA et formation d’animatrice puis nombreux stages et séminaires où des anciens de l’OFAJ ont su comme ma grand-mère, me passer le relais, me transmettre leur vécu franco-allemand.

Participation à la grande famille « Ofajienne » en quête comme beaucoup d’autres jeunes de cette génération d’une identité franco-allemande …et européenne… Puis nécessité de faire partager à mon tour toutes ces expériences interculturelles à travers mon enseignement, les échanges, les projets…. Tous ces liens tissés initiés par ce récit d’amour maternel, ces « maux/mots croisés » au-delà des frontières et des préjugés, véritable fil conducteur tout au long de ma vie, je me tenais de vous les faire partager car je dois beaucoup à tous ceux et celles de cette grande famille franco-allemande sans lesquels je n’aurai pu progresser aussi fort sur le chemin de la Vie, de l’amitié et des échanges.


Brigitte Trubert